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Au PS, les investitures butent sur la parité

par Isabelle Germain

Après les Primaires socialistes vient le temps des investitures pour les législatives de 2012. Le parti respectera sans doute l’obligation de présenter 50% de femmes candidates… Mais beaucoup seront dans des circonscriptions ingagnables.


 

Si l’Etat major du PS fait pression sur ses fédérations pour qu’elles désignent assez de femmes candidates aux législatives, si François Hollande est élu président, si une vague rose le suit à l’Assemblée nationale à tel point que des circonscriptions réputées imprenables tombent à gauche… Bref, si Paris est mis en bouteille rose… Alors, il se pourrait que la parité soit presque atteinte dans le groupe PS à l’Assemblée nationale en 2012. Mais aujourd’hui, à moins d’un mois de la clôture des investitures, ce n’est pas gagné ! Beaucoup de candidates risquent seulement de faire de la figuration dans des circonscriptions acquises à la droite.

Pour elles les circonscriptions ingagnables…

Mardi, un groupe d’élues du Val-de-Marne publiait un appel à la parité très explicite dans Le Plus. En superposant une carte (réalisée par Le Monde) des circonscriptions gagnables par la gauche et la carte des circonscriptions dans lesquelles sont investies des femmes du PS, le tour de passe passe est évident : la fédération a bien l’intention d’investir des candidates socialistes mais, écrivent les auteures de l’appel, « dans le Val-de-Marne, aucune des circonscriptions réservées aux femmes n’est gagnable. Aucune ? Aucune ! »circonscriptions

Et ce n’est pas tout, le PS a abaissé ses ambitions. « Il y a un an, il devait y avoir parité département par département et finalement, il a été décrété que la parité serait au niveau national », grince une élue. Du coup, certains départements comme les Landes, acquis à la gauche, n’ont que des hommes candidats. L’Aude a bien failli être logée à la même enseigne mais la commission d’investiture a fait pression sur la fédération départementale pour qu’au moins une femme soit désignée. En revanche, dans les Yvelines, fief de la droite, les huit circonscriptions perdues d’avance sont réservées à des femmes, et sur les deux gagnables restantes, il se pourrait bien que Benoît Hamon s’impose dans la 11ème circonscription que Catherine Tasca avait fait basculer à gauche en 1997.

… et le retrait au profit des partis partenaires

Autre obstacle pour les femmes du PS : il arrive souvent qu’elles doivent s’effacer lorsque leur parti décide de céder une circonscription à un autre parti de gauche. Le possible « parachutage » de Cécile Duflot, leader d’Europe écologie – les Verts (EELV), à Paris fait grincer en particulier dans la 5e circonscription (IIIe et Xe arrondissement) où le socialiste Tony Dreyfus pourrait ne pas se re-présenter. Pour lui succéder, plusieurs élues sont sur les rangs et en particulier Olga Trostiansky, adjointe au maire de Paris et élue du Xe qui se verrait bien faire augmenter la proportion d’élues PS à Paris. « Je suis élue dans cet arrondissement depuis quinze ans et actuellement il y a six hommes et quatre femmes députés PS, ce ne serait pas idiot d’être à parité » a-t-elle dit à l’AFP.

Un travail de longue haleine

Bien sûr, il est des départements exemplaires comme le Finistère où la parité est respectée depuis 2007. « Et, sur la France, la situation est bien meilleure qu’en 2007 », tempère Gaëlle Lenfant, secrétaire nationale aux droits des femmes, qui va avoir fort à faire. « Le changement est un travail de longue haleine. Si le Finistère a de bons résultats c’est parce qu’il y a un travail des élues en amont depuis de nombreuses années. » Et puis on a vu souvent des femmes partir à l’assaut de fiefs réputés à droite avec énergie et finir par l’emporter, comme Michèle Delaunay à Bordeaux. Mais quelques hirondelles ne font pas le printemps et il faut multiplier les démarches volontaristes pour avancer. « Cette fois-ci, nous aurons parité dans le nombre de candidats », assure Gaëlle Lenfant. « Pour arriver à 50 % d’élues nous devons encore travailler et rester très vigilants. Il faut rester mobilisé jusqu’au bout. Les femmes disparaissent souvent des listes au dernier moment quand ceux qui décident prennent en compte les différents courants ou la place qu’il faut faire aux partis partenaires… A ce moment là, la parité devient un critère mineur. Il faut ouvrir l’œil pour que ce critère ne passe pas à la trappe. »

Mieux que l’UMP

Elle s’enorgueillit en tout cas de faire mieux que l’UMP. En face, le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, reconnaît souvent que la situation n’est pas terrible. Interrogé sur la parité à la dernière université d’été du Medef, il a donné son explication : difficile de dire à un sortant de laisser sa place à une femme et comme son parti est puissant, il a beaucoup de sortants… Et de tacler ses adversaires : « C’est plus facile quand on a peu d’élus ! » Vraiment ?

 

19 commentaires

Tinette 10 novembre 2011 - 09:30

Ouh Copé; rira bien qui rira le dernier! Ou la dernière d ‘ailleurs 😛

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Circé 10 novembre 2011 - 16:54

😡 Bof…Finalement, pas très glorieux tout cela : un beau discours pendant les primaires et puis après tout est ronronnant et tout reprend sa forme première : c’est à dire masculine !

D’ailleurs il suffit de regarder les personnes qui entourent Hollande – qui ne souhaite pas de Ministère des Droits des Femmes d’ailleurs -, et c’est tout dire.

Il y a donc loin de la coupe aux lèvres !

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De profundis 11 novembre 2011 - 05:26

La loi sur la parité c’est bien en 2000?…. Votée par un gouvernement socialiste non ? Alors, qu’est-ce qu’on attend pour montrer l’exemple au PS ?

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Annie GH 11 novembre 2011 - 11:27

Une fois de plus, je le constate, la parité, réelle j’entends, c’est-à-dire évaluée en termes de résultats probables, la parité donc, ça n’est pas le moment! Il y a toujours plus prioritaire! Et, n’en déplaise à Gaëlle Lenfant, le PS, parti de gauche, ne fait guère mieux que les autres partis.

Le PS me désespére: comment peut-on se référer à des valeurs d’égalité, tenir des discours enflammés sur la réduction des inégalités et si mal considérer les femmes, à commencer par les femmes du parti? Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? C’est ça la morale politique du PS ?

Un tel mépris pourrait inciter les femmes à se détourner du PS au moment de voter. Ce ne serait pas volé !!!!!

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huguettek 12 novembre 2011 - 13:47

il ne s’agit pas de faire mieux que l’UMP. Il faut que le PS propose des femmes dans des circonscriptions gagnables. Gaêlle Lenfant donne l’impression de « couvrir » les agissements du PS sous couvert de « progrès ». L’objectif est la parité réelle.

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Popopo 12 novembre 2011 - 16:18

y a pas de quoi se vanter de faire mieux qu’à l’UMP ! Côté exemplarité ils repasseront 🙂

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Sophia Ammad 14 novembre 2011 - 17:25

Femmes ou hommes,le problème reste le même. La plupart sont déjà élus qu’ont-ils donc fait de merveilleux pour avoir un énième poste ? Rien sinon le droit des femmes n’aurait pas reculé et les discriminations ne seraient pas à un stade digne de Vichy. Les cumulards et les apparatchiks du balai et place au renouvellement !

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Sophia Ammad 14 novembre 2011 - 17:33

Celle là est vraiment pas mal : « , « dans le Val-de-Marne, aucune des circonscriptions réservées aux femmes n’est gagnable. Aucune ? Aucune ! »

Parce qu’il faudrait des circonscriptions facilement gagnable ??? Ou est l’égalité ? Les Femmes ont voulu l’égalité, elles doivent donc démontrer que la difficulté n’est pas un obstacle. Je n’ose imaginer de telles élues confronter à des dossiers de victimes de violence où pour l’emporter, il faudra batailler ferme pour obtenir que justice soit faite. Rien que pour avoir dit une telle chose, elles mériteraient de ne pas avoir d’investiture pour le bien de TOUTES les Femmes.

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Lili 14 novembre 2011 - 19:13

@ Sophia : votre raisonnement est sympathique, mais on ne gagne pas une élection comme on gagne un procès. Les gens votent en fonction de leurs convictions quelque soit le candidat ou la candidate, sauf exceptions. Donc il y a des circonscriptions de gauche, où le candidat est quasi-certain d’être élu. Et si c’est une femme, d’être élue.

« Parce qu’elles doivent avoir des circonscriptions facilement gagnable? » la réponse est en principe non, mais la vérité c’est que les hommes aussi devraient démontrer que la difficulté n’est pas un obstacle. Mais eux on ne le leur demande pas. Au nom de quoi faudrait-il que ce soit plus dur pour les femmes que pour les hommes?

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huguettek 14 novembre 2011 - 19:31

J’aurais du écrire…propose AUSSI des femmes…Quelques soient le parti et les élections,on s’approchera de la parité quand il y aura autant de têtes de liste femmes que d’hommes et autant de titulaires et suppléants des 2 sexes. Il ne faut plus que le féminin de titulaire soit suppléante.

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Sophia Ammad 16 novembre 2011 - 18:00

« Lili »
@ Sophia : votre raisonnement est sympathique, mais on ne gagne pas une élection comme on gagne un procès. Les gens votent en fonction de leurs convictions quelque soit le candidat ou la candidate, sauf exceptions. Donc il y a des circonscriptions de gauche, où le candidat est quasi-certain d’être élu. Et si c’est une femme, d’être élue.

« Parce qu’elles doivent avoir des circonscriptions facilement gagnable? » la réponse est en principe non, mais la vérité c’est que les hommes aussi devraient démontrer que la difficulté n’est pas un obstacle. Mais eux on ne le leur demande pas. Au nom de quoi faudrait-il que ce soit plus dur pour les femmes que pour les hommes?

Les Femmes ont voulu et même exiger l’égalité; à elles d’éviter de se ridiculiser en réclamant des circos facilement gagnables par voie de presse qui plus est. Si elles sont femmes de terrain avec des convictions et combattantes, la difficulté ne devrait pas les effrayer. A moins de se sous estimer ou de ne pas être compétente pour aller chercher des voix. Par exemple, les féministes, que seraient toutes les prétendantes, conseillent aux femmes de se battre contre les intégristes ou le patriarcat, sans même en mesurer les conséquences, que nos élues montrent que même quand la bataille est difficile, elles n’ont pas peur d’y aller. Surtout qu’elles ne prendront pas le risque de se prendre des coups, ni de lapidation pas même de coup de fouet en cas d’échec. A moins que ce soit plus facile de donner des conseils que de se les appliquer…

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Berenice 20 novembre 2011 - 07:53

« Sophia Ammad »

Les Femmes ont voulu et même exiger l’égalité; à elles d’éviter de se ridiculiser en réclamant des circos facilement gagnables par voie de presse qui plus est.

Une femme ne représente pas TOUTES les femmes.
On ne reproche jamais à TOUS les hommes une réflexion, un acte ou une déclaration absolument STUPIDE, RIDICULE, MESQUIN, MINABLE, PATHÉTIQUE, MERDEUX, et pourtant, combien ils sont nombreux les hommes à en faire et en dire…

De la même façon:
Vous par exemple, vous êtes une femme et vous dites une chose particulièrement stupide : « Surtout qu’elles ne prendront pas le risque de se prendre des coups, ni de lapidation pas même de coup de fouet en cas d’échec. »
Et le fait que vous fassiez des déclarations stupides et ridicules telle que celle-ci n’a aucun rapport avec moi qui suis pourtant aussi une femme. Vous êtes visiblement un peu limité dans votre raisonnement, mais ce constat ne s’étend pas à TOUTES les femmes sous prétexte que cela est vrai pour vous.

De plus vous n’avez pas l’air de vous inclure dans « les femmes ont voulu et même exiger l’égalité » est-ce à dire que vous ne vouliez pas l’égalité et regrettez qu’on ne distribue pas des coups de fouets? Ou que vous faites partie de ces hommes, qui, afin de déverser leurs misogynie sur les forums l’air de rien prennent un pseudo de femme, pour faire semblant?

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VINCENT 9 décembre 2011 - 09:23

[quote name= »Berenice »]

Une femme ne représente pas TOUTES les femmes.
On ne reproche jamais à TOUS les hommes une réflexion, un acte ou une déclaration absolument STUPIDE, RIDICULE, MESQUIN, MINABLE, PATHÉTIQUE, MERDEUX, et pourtant, combien ils sont nombreux les hommes à en faire et en dire…

EXCELLENT : Tout à fait d’accord avec Bérénice, il y a toujours eu des tas d’idiotes (comme il y a des tas d’idiots)
qui par exemple plaidaient pour que les femmes n’aient pas le droit de voter, de divorcer, d’avorter, etc…
Un homme ne représente pas tous les hommes. Moi je suis résolument partisan des droits (et des devoirs) égaux !

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Fanchon 26 décembre 2011 - 14:30

On dirait que la pression des féministes au sein du PS empêche juste la régression qu’on voit ailleurs… et partout en fait !
C’est ainsi qu’Aubry répète pour 2012 ce qu’avait promis Hollande pour 2007 – et juste grâce aux lois de Jospin pour la parité. Mais lui-même a mis toute son énergie à barrer une femme-candidate là où il avait échoué…
Quant aux « jeunes-modernes » du PS, ils ne changent pas les mœurs traditionnelles : porte-paroler en se faisant parachuter sur la circonscription la plus gagnable, en paire d’hommes-titulaire et suppléant – c’est en fait très ringard !

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Annie GH 26 décembre 2011 - 17:36

« Fanchon »

Quant aux « jeunes-modernes » du PS, ils ne changent pas les mœurs traditionnelles : porte-paroler en se faisant parachuter sur la circonscription la plus gagnable, en paire d’hommes-titulaire et suppléant – c’est en fait très ringard !

La jeunesse n’est pas garante de progrès pour l’avenir, au PS comme ailleurs. Regrettable pour un parti de gauche qui prétend combattre les inégalités mais balaye peu devant sa porte!

Quant au porte-parole du PS, Benoît Hamon (et son suppléant Jean-Philippe Malle), cela est d’autant plus désolant quand on connaît le soutien qu’il a souvent apporté aux femmes… A-t-il été rattrapé par le soi-disant principe du « réalisme politique »?

Qu’en pense Caroline De Haas qui gère au sein du PS la communication de Benoît Hamon, et qui fut la porte-parole écoutée d’Osez le féminisme jusqu’en juillet 2011 quand elle a rejoint le staff de Martine Aubry à la primaire ? En novembre dernier, elle aussi a été rattrapée par la real-politik :

« Il y a un travail qui a été fait pour donner la place aux femmes. L’enjeu réside dans le maintien de cet effort. Pour le moment, on compte 26% de femmes dans le groupe PS à l’Assemblée nationale. C’est toujours mieux que les 18,5% de toute l’assemblée », a-t-elle déclaré (Source: l’Express).

Mais bien moins que 50%, ce qui correspondrait à une réelle parité.

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Annie GH 26 décembre 2011 - 17:38

Au PS, selon Christophe Borgel en charge des investitures, 49% des candidatures sont féminines. Mais en projection du nombre d’élues, on en est très loin (autour de 30% d’élues).

Si l’on fait le calcul à la louche, pour gagner, c’est deux fois plus facile pour les hommes que pour les femmes!!!

Un grand classique, partout où les enjeux sont des enjeux de pouvoir! Les femmes qui ont réussi à percer le plafond de verre l’ont vérifié: dans les sphères du pouvoir, à statut égal, les femmes ont dû faire preuve de plus de qualifications et de compétences et franchir plus d’obstacles…

La parité reste un long combat !!!

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Fanchon 26 décembre 2011 - 23:58

@ Annie GH : Il faut absolument faire accepter l’idée que pour arriver de 20 % à la parité, il faudra un jour nettement PLUS de candidates que de candidats : c’est arithmétique – ce sera douloureux pour certains !
Quant à Caroline et Benoît, ils ont programmé « Osez… » dès l’origine pour un soutien défini (Aubry ou DSK si ?). Cela a été une très mauvaise action, de diviser artificiellement les féministes, qui avaient soutenu sans faille Ségolène contre… la droite !

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Annie GH 27 décembre 2011 - 11:36

« Fanchon »
@ Annie GH : Il faut absolument faire accepter l’idée que pour arriver de 20 % à la parité, il faudra un jour nettement PLUS de candidates que de candidats : c’est arithmétique – ce sera douloureux pour certains !

D’accord avec vous. Les hommes bénéficient depuis trop longtemps d’une discrimination positive tacite qu’ils refusent d’admettre, y compris certaines grandes consciences de gauche (et là, ça me fait vraiment râler). Il s’agirait donc de rattraper le retard en privilégiant les femmes puis stabiliser 50/50. C’est le principe de la discrimination positive, consciente et organisée, telle que je l’ai observé pendant mon séjour au Québec il y a déjà longtemps.

En France, chaque fois que cela est évoqué, cela suscite un tollé, y compris chez certaines féministes; rappelez-vous notamment Elisabeth Badinter lors du vote de la loi sur la parité en politique!!! A se demander si certaines féministes fréquentent d’autres lieux que les salons et les studios télé où certaines sont très assidues…

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Annie GH 27 décembre 2011 - 11:42

« Fanchon »
@ Annie GH : Quant à Caroline et Benoît, ils ont programmé « Osez… » dès l’origine pour un soutien défini (Aubry ou DSK si ?). Cela a été une très mauvaise action, de diviser artificiellement les féministes, qui avaient soutenu sans faille Ségolène contre… la droite !

Là aussi je suis pleinement d’accord avec vous. S’agissant de Ségolène Royal, diviser les féministes était une mauvaise action. les socialistes ont été en dessous de tout en 2007. Quand on voit le score qu’elle a réalisée, on peut être quasiment certain que sans les mesquineries de son propre camp, elle aurait été élue.

Compte-tenu de ce qui se profile pour 2012 et 2017, il faudra attendre encore longtemps avant d’espérer voir une femme candidate à la présidentielle avec des chances raisonnables d’être élue.

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