Accueil Culture Benoîte Groult, ainsi fut-elle

Benoîte Groult, ainsi fut-elle

par La rédaction
Benoîte Groult
Benoîte Groult

Benoîte Groult, 1983. Par Erling Mandelmann

Benoîte Groult, grande figure féministe, écrivaine engagée pour la féminisation de la langue française, est morte lundi 20 juin à l’âge de 96 ans. 


 

Une figure essentielle du féminisme, une écrivaine, une journaliste, une militante. Benoîte Groult, auteure de Ainsi soit-elle, est décédée lundi 20 juin à l’âge de 96 ans à Hyères, a indiqué Var Matin.

Benoîte Groult, c’est l’histoire d’une fille de bonne famille qui s’est émancipée, l’histoire d’une relation conflictuelle avec sa mère qui l’a construite et détruite, l’histoire de mariages et de divorces, mais surtout de militantisme. « C’est elle qui souligna que ‘Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours’ », rappelle Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, rendant hommage à « une grande lumière du féminisme ».


Benoite GROULT : « Je suis née avec zéro droit… par tv5mondelinvite

 

Féministe revendiquée – même si ce fut tardivement – elle collabore pour plusieurs journaux dont Elle et Marie Claire et publie plusieurs romans – Journal à quatre mains, Le féminin pluriel, Les Vaisseaux du cœur – inspirés de sa vie personnelle et de l’évolution du statut des femmes dans la société. Avec son essai Ainsi soit-elle, en 1975, elle a « ouvert le champ d’une écriture et d’un point de vue de femme sur la condition des femmes. Une révolution tant l’œuvre contestait alors la confiscation par les hommes de toutes les formes de discours, du discours politique à l’écriture littéraire », salue Najat Vallaud-Belkacem.

« “Qu’est-ce qui leur prend, soudain, aux femmes ? Voilà qu’elles se mettent toutes à écrire des livres. Qu’ont-elles donc à dire de si important ?” demandait récemment un hebdomadaire qui ne s’était jamais posé la question de savoir pourquoi les hommes écrivaient, eux, depuis deux mille ans et ce qui leur restait encore à dire ! »
(Ainsi soit-elle, 1975)

Benoîte Groult devient alors une des grandes figures de la littérature féministe et s’attache entre autres combats, à celui de la féminisation de la langue française. Elle n’est pas « écrivain », mais « écrivaine », insiste-t-elle, parce que « le langage est symbolique ».

 

« Grâce à ses écrits, Benoîte Groult a largement fait avancer la connaissance et la conscience des inégalités entre les femmes et les hommes. Son féminisme était concret, enjoué et sans tabou : du plaisir féminin aux tâches domestiques, en passant par l’engagement des hommes dans le féminisme ou les violences faites aux femmes », poursuit Danielle Bousquet. 

Benoîte Groult était une battante, et une femme complexe, parfois butée, comme le décrit avec beaucoup de bienveillance la dessinatrice Catel dans Ainsi soit Benoîte Groult – une « bio-graphique » (roman graphique) retraçant la vie de l’écrivaine. « J’admire tous mes personnages, c’est une sorte de modèle de vie », nous confiait Catel en novembre dernier. Une histoire d’amitié entre les deux auteures qui permet d’aller au fond des choses : « Elle a eu le courage et l’humour de mettre en scène des moments intimes de sa vie », raconte Catel.

Des moments où elle avoue considérer la BD comme une « sous-culture », des moments où elle crée la polémique avec cette phrase lâchée à table au sujet de DSK : « Le viol, c’est pas la mort. » Une phrase qui lui a valu des réactions acerbes de plusieurs féministes mais qui montre à quel point Benoîte Groult était libre de sa parole et indépendante de tous courants. 

« Mal baisée : C’est l’injure suprême qu’ils laissent tomber du bout de leur phallus, toujours bien baisant, cela va de soi. Une femme qui se plaint ou revendique ne peut être qu’une frigide ou une affreuse car, si elle était bien baisée, inondée de reconnaissance, elle ne piperait mot. Toutes les féministes ont été un jour ou l’autre traitées de mal baisées. Moi, c’est Maurice Clavel, que par ailleurs j’estime et admire.
Si ces êtres-là avaient un peu de logique, ne verraient-ils pas qu’en traitant une femme de mal baisée c’est d’abord son mari ou son amant qu’ils insultent ? »

(Ainsi soit-elle, 1975)

Une vie de militantisme qui a montré la voie à d’autres : 

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

1 commenter

1 commenter

mcm 21 juin 2016 - 11:56

Et que les américains et les français sans trop attendre réalisent vos voeux (qui sont également les nôtres) :
« J’espère qu’on aura une présidente de la République. Certes, c’est un parti pris, mais symboliquement, il est important qu’il y ait de plus en plus de femmes à la tête des Etats. Cela ne changera pas vraiment la société mais cela changera dans la tête et dans les ambitions des femmes. Se dire ah ! tiens une femme peut être présidente. Prenons le risque ! »

Répondre

Répondre à mcm Annuler la réponse