Alors que la France traverse une canicule historique, les appels à adapter nos modes de vie s’intensifient. Mais les écogestes reposent de manière disproportionnée sur les épaules des femmes rappelle une étude de la Fondation Jean-Jaurès, jusqu’au risque de décrochage.
Avec la canicule, impossible d’accueillir les enfants dans près de 2000 écoles en France… Et ce sont majoritairement les femmes qui vont les garder à la maison sous des températures éprouvantes. Un poids de plus sur leurs épaules.
Depuis que les températures record rappellent l’urgence climatique, les appels à « faire des efforts » pour la planète se multiplient. Mais derrière ces injonctions, une réalité invisibilisée : ces efforts reposent encore très majoritairement sur les femmes. C’est ce que met en lumière une étude de la Fondation Jean-Jaurès, menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée le 25 juin 2026.
Argent, temps, équipement : ce sont généralement les obstacles invoqués avant d’entreprendre des efforts d’adaptation. Pourtant, l’analyse menée par Diane Blanchard, Marie Gariazzo (L’ObSoCo) et Rozenn Nardin (Citeo) lève le voile sur un angle mort majeur de cette transition : l’éco-citoyenneté se traduit trop souvent par un surcroît de travail domestique invisible majoritairement pris en charge par les femmes.
Fatigue
Faire ses produits ménagers, acheter en vrac, cuisiner davantage ou encore gérer le tri et le compost demandent une organisation complexe et chronophage. Résultat : une fatigue écologique s’installe. Certaines femmes interrogées évoquent un sentiment d’épuisement, voire de décrochage.
« C’est très bien le do-it-yourself, mais qui prend l’initiative de cela ? […] La question environnementale, c’est une charge supplémentaire dans la besace de la charge mentale et dans les tâches domestiques pour les femmes. » note Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès.
Injonctions et culpabilité
L’étude décortique les conditions psychologiques dans lesquelles s’implantent ces nouvelles pratiques : « les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir ». Les femmes sont face à une accumulation d’injonctions : être une bonne mère, une professionnelle investie, et désormais une consommatrice exemplaire sur le plan environnemental
Beaucoup des participantes décrivent un sentiment de fatigue, voire d’épuisement. Elles disent avoir l’impression que leurs efforts ne sont jamais suffisants. Cette culpabilité est renforcée par une inquiétude réelle face au dérèglement climatique, particulièrement chez les mères qui associent directement la dégradation de l’environnement à l’avenir de leurs enfants.
Répartition inégale
L’étude montre que les écogestes sont loin d’être répartis équitablement au sein des couples. Les femmes réalisent encore majoritairement les courses alimentaires, choisissent les produits, surveillent les emballages, organisent les repas et gèrent le tri des déchets. Elles sont aussi les premières à initier de nouvelles pratiques plus durables : achats en vrac, fabrication de produits ménagers, réduction des déchets ou compostage.
Selon les données citées, 72 % des femmes déclarent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre seulement 42 % des hommes.
Travail invisible des femmes
Et cette implication reste largement invisible. Les familles disent volontiers « on » « on trie », « on mange bio ». Les autrices analysent que « ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun ». Derrière cette illusion de partage, elles tranchent : « derrière le « on est écolo », c’est souvent le travail invisible des femmes qui en est à l’origine. Les entretiens montrent que beaucoup de femmes minimisent elles-mêmes cette différence avant de reconnaître qu’elles sont celles qui pensent au compost, surveillent le tri ou rappellent les consignes au reste de la famille.
Politique des écogestes
L’étude insiste sur un point clé : la transition écologique ne pourra pas reposer uniquement sur les efforts individuels, et encore moins sur ceux des femmes.
Le développement du réemploi, par exemple, suppose une réorganisation complète du quotidien -stocker, rapporter, laver les contenants. Cette réorganisation nécessite une réflexion sur le partage des tâches au sein des familles mais aussi et surtout sur les infrastructures avec des points de collecte accessibles, des services adaptés. Faute de quoi, ces nouvelles pratiques risquent d’aggraver les déséquilibres existants et d’être impossibles à faire tenir sur la durée.
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1 Commentaire
A force de lire des études du genre de celle-ci (la charge écolo sur les épaules des femmes), je me pose sérieusement cette question. Si je ne suis pas seule dans mon cas, cela ne signifierait-il pas tout simplement que les femmes sont plus intelligentes et plus capables que les hommes. Un truc m’intrigue depuis des décennies : pourquoi les femmes ont-elles des chromosomes XX et les hommes XY ; cela fait une branche de moins pour les hommes.