Le film primé remet une pièce dans le jukebox de la fable de la prostitution heureuse, masquant la réalité de l’esclavage prostitutionnel. Ajout le 28 mai : 17 associations écrivent au réalisateur.
« Applaudir les femmes qui luttent en Iran et voter pour un film qui magnifie prostitution, cherchez l’erreur ! Cinéma à l’image de la société sous domination patriarcale » : Maud Olivier, ancienne députée, coautrice de la loi de lutte contre le système prostitutionnel de 2016, n’a pas pu retenir ce message sur X à l’annonce de la Palme d’or 2024, décernée à l’Américain Sean Baker pour son film Anora.
« Personnes prostituées », pas « travailleuse du sexe » !
Dès l’annonce du palmarès samedi 25 mai, ce fut un festival de récits à la gloire du système prostitutionnel. Le réalisateur a triomphalement déclaré : « Je dédie cette Palme aux travailleuses du sexe, passées, présentes et futures. » Parler de « travailleuse du sexe » n’est pas neutre. C’est le vocabulaire des proxénètes. Les associations qui aident les victimes de ce système parlent de « personnes prostituées ». Et le réalisateur veut manifestement pérenniser le système… Mais, en écho, tous les grands médias ont repris le terme « travailleuses du sexe » et la déclaration du réalisateur.
Le Front Féministe International est dépité : « La palme d’or a été dédiée « à toutes les travailleuses du sexe passées, présentes et à venir dans le monde » ! Comment faut-il rappeler que le sexe n’est PAS un travail et que la prostitution est la pire des violences contre les femmes! ?»
Dans un autre message sur X, l’ONG @MALImaroc explique : « La prostitution est un système d’exploitation sexuelle. Des hommes exploitent sexuellement des femmes, réduites à n’être que des produits de consommation, des objets sexuels, à la disposition des hommes. NI UN TRAVAIL NI DU SEXE. »
Romantisation et la banalisation de l’esclavage prostitutionnel
Alors que la loi française adoptée en 2016 donnait corps à la position abolitionniste de la France qui devait en finir avec l’esclavage prostitutionnel comme a été aboli l’esclavage tout court, les vents contraires restent toujours aussi violents. Et cette Palme d’or remet une pièce dans le Jukebox de la romantisation et la banalisation de l’esclavage prostitutionnel.
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Depuis la cérémonie cannoise, le collectif de survivantes de la prostitution CAPP ne décolère pas : Samedi soir, il dénonçait un réalisateur faisant « la promotion de l’exploitation sexuelle », ce lundi matin le collectif interpelle la ministre en charge des Droits des femmes Aurore Bergé : « Nous sommes lundi matin et nous ne nous remettons toujours pas de la Palme d’Or décernée à un film qui fait l’apologie de la prostitution, et dont le réalisateur fait la promotion dans son discours. En France. Pays abolitionniste. Et à l’approche des J.O. » Pas de réponse, pas de réaction de la ministre.
La loi s’applique très mollement
Alors que la loi de 2016 a eu le plus grand mal à passer, les moyens de sortir du système prostitutionnel les victimes de trafic d’êtres humains n’ont pas suivi.
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Et à l’approche des Jeux Olympiques, le Gouvernement annonce mollement qu’il va agir pour éviter l’augmentation du trafic, mais le sujet n’est jamais présenté comme prioritaire dans les médias. Et les associations sont très inquiètes. Elles seront peut-être plus tranquilles le jour où des films comme « Noémie dit oui » triompheront dans de grands festivals de cinéma.
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Mais on en est très loin. Après un début de festival de Cannes plein d’espoir avec moult actions #MeToo et du soutien aux femmes qui souffrent dans le monde, la Palme d’or sonne comme une revanche du patriarcat. Le monde du cinéma et les médias propagent toujours la fable de la prostitution heureuse masquant la réalité du trafic d’êtres humains et de l’esclavage prostitutionnel. Comme s’ils n’avaient pas bougé d’un iota depuis 15 ans.
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Ajout le 28/05/2024 : 17 associations abolitionniste ont adressé une réponse à Sean Baker expliquant la réalité de la prostitution qui n’est pas « un travail» mais une violence, la violence d’un système planétaire d’exploitation sexuelle. »
«Être solidaire avec les personnes en situation de prostitution, c’est refuser le cliché du « conte de fées », expression employée dans la presse à propos du film. Ce n’est pas imaginer qu’il y en ait « à venir », car ce serait la pérennisation d’un système qui violente et détruit des millions de personnes à travers le monde, en majorité des femmes et des filles parmi les plus marginalisées»
Les 17 associations : : Amicale du Nid, Chiennes de garde, Conseil National des Femmes Françaises, Élu/es contre les violences faites aux femmes, Encore féministes !, Fédération Nationale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles, Femmes du Monde et Réciproquement, Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, Fondation Scelles, Initiative Féministe Euromed, Maison des femmes de Paris, Mémoire Trauma et Victimologie, Regards de femmes, Réseau Féministe « Ruptures », Réussir l’égalité Femmes-Hommes, SCALE-UP, Zéromacho.
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