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Cinq vieux réflexes contre la vague féministe

par La rédaction

Procès des sorcières de Salem. Par Baker, Joseph E (Litographie, 1892), Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6628992

Malgré la vague féministe qui gagne la France – comme le monde – depuis quelques semaines, le machisme se rebiffe. Ouvertement avec des dinosaures assumés mais aussi et surtout de façon plus ingénue ou en faisant passer des vessies pour des lanternes. Voici cinq exemples de retour de bâton.

 

Le retournement de situation

Un « féminisme victimaire, puritain et essentiellement sexiste », rien que ça ! Cette prose est tirée du Figaro, via sa rubrique Vox qui donne régulièrement la parole à la droite de la droite et ne sait plus comment (dis)qualifier les suites de l’affaire Weinstein. Chez Causeur, en lutte contre le « harcèlement féministe », on retourne aussi les mots « sexiste », « harcèlement » contre celles et ceux qui dénoncent un système d’oppression.

L’inévitable Alain Finkielkraut (pour qui la « victoire » du féminisme est actée), y déplore la « rééducation nationale ».On se souvient que ce mot de « rééducation » (qualifiée de polpotienne) quand, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, entreprenait de mener auprès des ministres des ateliers de sensibilisation aux stéréotypes. Tout change… et rien de change du côté de la vieille garde.

Le choix des mots

Il y a eu, entre autres, ce cri du cœur d’un député LREM : « On ne va quand même pas finir par émasculer tous les hommes ! ».

Dès les débuts de l’affaire Weinstein, des voix tentaient de requalifier les « dénonciations », actes courageux de rébellion contre un ordre établi et les menaces de représailles, en « délation », un mot bourré de sous-entendus négatifs observions-nous. Dans son discours du 25 novembre, le Président de la République lui-même a utilisé ce mot…

Il a également joué la carte du « féminisme à la Julio Iglesias » en revendiquant « l’altérité» entre les sexes là où il est question d’égalité de droits entre hommes et femmes. Un terrain glissant qui peut conduire à revendiquer la complémentarité, laquelle assigne les femmes à certains rôles et les hommes à d’autres.

Le déni

Mais que se passe-t-il du côté de celles et ceux qui sont supposés surfer sur la vague féministe et en faire un projet politique ? Circulez, il n’y a rien à voir… C’est un peu le message qu’a tenté de faire passer le ministre de l’Éducation nationale au micro de France inter, quand il a noyé les mesures à prendre pour l’égalité filles garçons dans une série d’autres mesures qui lui tiennent à cœur. D’ailleurs pourquoi bougerait-il ? Il affirme sans broncher que notre pays est « toujours à la pointe du féminisme ». Tiens, l’école n’apprend pas assez aux enfants que la France a été l’un des derniers pays occidentaux où les femmes ont obtenu le droit de vote. Le coup du « mythe de l’égalité déjà là » : ça fait belle lurette que Christine Delphy, à la pointe du féminisme, le dénonce…

La question fermée qui présume

« Vous aimez les hommes ? » c’est la question qui a été posée à Anne-Cécile Mailfert, co-fondatrice de la fondation des femmes le 26 novembre sur le plateau de BMFTV. Quelle que soit la réponse, la question posée laisse entendre que l’invitée, féministe, ne mène pas un combat culturel pour l’égalité entre les femmes et les hommes, mais une lutte de femmes contre les hommes. De là à rendre illégitime ce qu’elle défend, il n’y a qu’un pas.

Le relativisme

La tentative d’occulter la nécessité d’une profonde réflexion culturelle, c’est aussi ce que révèlent les crispations autour de l’écriture inclusive, ce « péril mortel » aux yeux de l’Académie Française. Des élus EÉLV du Conseil de Paris, le 21 novembre, ont proposé de rebaptiser les Journées européennes du Patrimoine en « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ». Une proposition symbolique qui interroge le fait que l’Histoire ne s’écrit qu’au masculin. Et cela a aussitôt soulevé des cris d’orfraie dans les médias, d’Europe 1 à Marianne. Même Manuel Valls a cru bon d’avoir un avis sur la question, jugeant cette proposition « ridicule », sur l’air bien connu de « il y a des combats plus importants à mener ». Encore une remarque que les féministes entendent depuis tant d’années… ce qui ne les empêche pas de mener de front tous les combats qui importent.

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