
Baisse de la facture énergétique, hausse des emplois. L’économie verte doit améliorer la vie des Européens. La « feuille de route pour une économie à faible intensité de carbone » et le « plan d’efficacité énergétique » de la Commission européenne présentés le 8 mars sont optimistes et volontaristes sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Moins sur la réduction de la consommation énergétique.
La Commission européenne compte désormais sur une réduction de 25% des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’Union d’ici à 2020 (1). Les Etats membres s’en tiennent aujourd’hui officiellement à une réduction de 20%, adoptée en 2009 dans le « paquet Energie-Climat ». Lors des négociations internationales sur le réchauffement climatique, l’Europe avait proposé de l’élever à 30%, à condition que les autres grands pays accélèrent eux aussi leurs efforts. Sans résultat.
Objectifs à la hausse
Mais dans sa feuille de route « pour une économie compétitive à faible intensité de carbone » (ici en anglais), adoptée mardi 8 mars, la Commission européenne recommande de se montrer plus ambitieux : viser un objectif de 25%. Le document, le premier à présenter une vision globale d’une Europe plus verte, estime que « la trajectoire de réduction la moins coûteuse, ou qui présente le meilleur rapport coût-efficacité, impose une réduction de 40 % des émissions de CO2 d’ici à 2030 et de 25 % d’ici à 2020. » Un objectif d’autant plus réalisable que celui de 20% sera atteint sans problème, assure la Commission.
La crise économique, en réduisant l’activité, a facilité la baisse des émissions de GES. Mais elle ne doit pas faire oublier que la crise climatique « n’a pas disparu. En fait, elle est pire que jamais », rappelle la Commissaire européenne à l’action pour le climat, Connie Hedegaard. « Et plus vite nous relèverons ce défi, moins élevé en sera le coût ».
Les associations voient dans cette hausse des exigences une bonne nouvelle, même si elle est insuffisante. Greenpeace voit là la preuve que « le soutien à un objectif de 30% n’a jamais été aussi fort », malgré la pression des lobbies, et appelle l’Union à s’engager sur ce chiffre. « Nous savons déjà qu’une réduction des émissions de 25% ne suffira pas à maintenir en deçà de 2 °C la température globale » juge pour sa part Brook Riley, de l’ONG écologistes Amis de la Terre Europe. « Les décideurs politiques semblent vouloir prendre le risque d’impacts climatiques irréversibles. C’est bien de 40 % de réduction des émissions de GES d’ici à 2020 dont nous avons besoin ».
La consommation baisse difficilement
Volontariste sur les émissions de GES, la Commission se montre plus prudente sur la capacité des Européens à réduire leur consommation énergétique. Là encore, l’objectif est celui d’une réduction de 20% d’ici 2020. Mais dans son « plan pour l’efficacité énergétique » (ici en anglais), publié également le 8 mars, la Commission estime que l’Europe est en passe de n’en remplir que la moitié.
Pour le moment, la Commission se contente d’encourager les Etats membres à renforcer leurs politiques vers davantage de sobriété énergétique, dans les secteurs de l’industrie, des transports, et surtout du bâtiment (qui concentre près de 40% de la consommation d’énergie). Mais attend 2013 pour prendre des mesures contraignantes. Pourtant « il est incontournable de mettre en place un programme de sobriété qui viendra compléter le plan pour l’efficacité énergétique » estime Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre France.
Economie redynamisée
La Commission énumère par ailleurs les avantages de cette transition vers une société à faible intensité de carbone, qui « va véritablement redynamiser l’économie de l’Union européenne ».
En 2030, les importations de pétrole et de gaz devraient être réduites de moitié par rapport à aujourd’hui. Une réduction de 20% de la consommation énergétique permettrait une économie annuelle de 1 000 euros en moyenne par foyer.
Selon la Commission, la vie en vert augure aussi de jours meilleurs sur le front de l’emploi. Ces 5 dernières années, le nombre d’Européens travaillant dans le secteur des énergies renouvelables a plus que doublé, passant de 230 000 à 550 000. Globalement, l’investissement dans une économie à meilleur rendement énergétique – comme dans les énergies renouvelables, les voitures électriques, l’habitat – pourrait permettre la création d’un million et demi d’emplois en Europe, estime le document. Mais « il faudra pour cela, d’une part, investir massivement dans la recherche et le développement, ainsi que dans des infrastructures, et d’autre part, adopter de nouvelles normes. »
Photo : Connie Hedegaard lors de la conférence sur le climat de Cancun, le 29 novembre 2010. © European Union, 2010 | Brussels/Berlaymont
1) Des objectifs de réduction calculés, comme toujours, par rapport aux niveaux de 1990.
