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Congé parental : la mauvaise piste du gouvernement

par Arnaud Bihel

HoaRéduire de 3 à 1 an le congé pour un deuxième enfant : le projet est en cours d’arbitrage, à des fins d’économies. Ce serait un mauvais coup porté à la réforme du congé parental tout juste adoptée dans le cadre de la loi pour l’égalité.


 

Le gouvernement envisage une réduction du congé parental pour un deuxième enfant. C’est le journal Les Echos qui l’annonce ce lundi 8 septembre. De fait, rien n’est encore décidé mais les informations dont disposent Les Nouvelles NEWS concordent : de nouvelles règles sont bel et bien en cours d’arbitrage entre le ministère de la Famille, Matignon et l’Elysée.

Selon les dispositions de la nouvelle loi pour l’égalité, les parents d’un premier enfant peuvent bénéficier d’un congé parental d’un an, à partager à égalité entre la mère et le père. A partir du deuxième enfant, sa durée est de 3 ans (dont 6 mois à prendre obligatoirement par le deuxième parent). La piste envisagée par le gouvernement est de réduire à un an la durée de ce congé pour le deuxième enfant. Mais cette réduction ne s’accompagne pas d’une augmentation de l’indemnité, bien au contraire.

La motivation est budgétaire : cela ferait économiser 300 à 400 millions d’euros. Le signal ainsi envoyé ne peut être que négatif. La réforme du congé parental était un important marqueur de la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Et voilà que le gouvernement envisage de bouleverser les décisions longuement discutées par les parlementaires.

La symbolique de la réforme s’écroule

La réforme prévue par la loi pour l’égalité n’était certes pas révolutionnaire. Elle ne proposait pas une augmentation de la prestation liée au congé, qui aurait été de nature à encourager les hommes à s’occuper de leurs enfants (comme c’est le cas de la réforme allemande). Mais elle marquait un progrès concernant le congé parental pris pour un premier enfant : aux 6 mois jusque là dévolus s’ajoutaient 6 mois que peut prendre l’autre parent.

Pour un deuxième ou troisième enfant, le congé était raccourci, mais légèrement : de 3 ans à deux ans et demi. Et ce changement n’avait pas d’incidence si le deuxième parent prenait ses 6 mois. La réforme répondait ainsi à une logique d’égalité : rien n’est perdu si le père prend sa part. Inciter les pères à s’emparer de ce congé, c’était l’objectif de la réforme. Ils sont aujourd’hui moins de 20 000 pères – contre plus de 520 000 mères – à le prendre chaque année.

Mais avec la nouvelle mesure envisagée, la symbolique de la réforme s’écroule. Pour un deuxième enfant, ce sont deux ans de congé parental potentiels qui seraient supprimés, quelle que soit la volonté de partage des parents.

Du grain à moudre pour les prétendus ‘défenseurs de la famille’

Cette réduction de la durée du congé parental pour un deuxième enfant rendrait plus cruciale encore la question de la pénurie de modes de garde. Le gouvernement a certes promis 275 000 places supplémentaires d’ici 2017, mais elles restent à l’état de projet. D’autant que d’autres économies budgétaires menacent cette belle ambition. « Il faudra probablement revoir à la baisse les objectifs, ou créer des places qui coûtent moins cher », alerte ce lundi 8 septembre le président de la CNAF. Aujourd’hui, un quart des jeunes mères interrompent leur activité pour s’occuper de leur enfant.

Ce mauvais signal pour les familles ne manquera pas, en outre, d’être exploité par la frange de la droite dure qui s’attaque régulièrement à la prétendue « familiphobie » du gouvernement. Sans compter que cette piste de réduction du congé parental s’accompagne d’un autre projet : une réduction de la prime de naissance à partir du deuxième enfant.

En avril, le Premier ministre Manuel Valls avait annoncé de nécessaires économies pour la branche « Famille » de la sécurité sociale. Le gouvernement a-t-il encore en vue cette mesure « de gauche », alors envisagée : baisser les plafonds des aides à la garde d’enfants ? C’est ce que proposait la Cour des Comptes en 2012, relevant que ces aides bénéficient principalement aux familles aisées (Voir : Les prestations familiales bénéficient aux plus riches).

 

Voir notre dossier – CONGÉ PARENTAL

Et aussi :

Exclusif : 23% des Français ne comprennent pas les mesures fiscales

Prime au 3ème enfant : un autre débat sur les allocations familiales

 

Photo : l’haltérophile Lennart ‘Hoa Hoa’ Dalgren dans une campagne de communication de la Sécurité sociale suédoise, dans les années 70, incitant les pères à prendre leur congé parental. Via blogs.sweden.se

 

Lennart ‘Hoa-Hoa’ Dahlgren
Lennart ‘Hoa-Hoa’ Dahlgren
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4 commentaires

4 commentaires

Saskia van Rooy 8 septembre 2014 - 13:34

Vous suivez la piste de l’état. Commencez à suivre votre propre piste. Vous réagissez sur les réformettes de l’état. Croyez-vous vraiment que le pouvoir patriarcal veut notre bonheur. Il veut continuer à nous soumettre. Les femmes sont maintenant tenues à faire le travail et le travail inactif ( passif). L’infériorité des femmes est le résultat du systématique de nos lois.

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Fran 8 septembre 2014 - 19:24

Même le gouvernement a entretenu le flou sur ce sujet, mais ce n’est pas le CONGE qui a été réformé (et ce n’est sans doute pas lui qui le sera bientôt dans leur nouvelle économie de bouts de ficelle) mais la durée d’indemnisation. Vous pouvez toujours prendre 3 ans à chaque enfant, mais depuis la dernière loi il y a 6 mois + 6 mois au 1er et 2 ans et demi + 6 mois à partir du 2ème qui sont INDEMNISES.

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Vincent 8 septembre 2014 - 20:52

Si le gouvernement a lancé un ballon d’essai pour tester l’opinion sur ce sujet, il faudrait vraiment que l’opinion réagisse et dise non à une réforme de ce qui a été débattu et voté en bonne et due forme

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Maman en colère 27 septembre 2014 - 20:22

Ce gouvernement qui décide pour nous, pour la plupart des ministres, ils n’ont pas d’enfant ou ne savent même ce que c’est de les élever! (Payer la crèche, être absent lorsqu’ils sont malades et rentrer tard le soir juste pour les coucher) L’égalité homme femme? Mais qu’elle utopie, leur seul objectif est d’économiser de l’argent, pour pouvoir financer l’augmentation du RSA ( pour lequel il suffit juste d’habiter en France depuis 5 ans, pour ne plus rien foutre de sa vie et faire du black, comme font toutes les racailles ou glandeurs de France) ou les quelques 3000 euros minimum que coûte une reconduction d’un immigré à son pays d’origine quand néanmoins, une loi passée inaperçue en décembre 2012 supprime le délit de séjour irrégulier en France, ou encore pour financer cette CMU qui nous coûte un argent considérable et qui bien sur elle, elle ne sera pas reformée! Laissez tranquille ce système qui pour une fois, fonctionne bien, qui permet aux mamans de s’occuper de leurs enfants, de désencombrer les crèches et permet aux remplaçants du poste de la maman, de pouvoir travailler et acquérir une expérience durant cette période! Occupez vous de tout le reste qui effectivement ne fonctionne pas! Quel bande d’incapables! Ils ne font que me conforter dans mon choix, nous n’avons plus rien à perdre, vivement les élections!

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