Face à la montée du masculinisme, un rapport sénatorial choc intitulé « Mascus : nouvelle offensive contre les femmes » sonne l’alarme. Il recommande d’engager de nouvelles politiques et des stratégies médiatiques couvrant le bruit de la haine misogyne.
Le masculinisme, « est une bataille culturelle et politique contre les femmes. Et il faut répondre à une offensive culturelle et politique par une contre-offensive culturelle et politique » a prévenu Laurence Rossignol mercredi 24 juin, en conclusion de la présentation du rapport intitulé « Mascus : nouvelle offensive contre les femmes ».
Un rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat issu de sept mois de travaux, d’une centaine d’auditions, et d’une analyse des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Près de 300 pages pour « documenter le danger réel que représente cette idéologie pour la démocratie » a souligné la présidente de la délégation Dominique Vérien. Inscrit dans le sillage du rapport « Porno : l’enfer du décor » paru en 2022, ce rapport doit faire face à un fléau du même acabit.
« Un mouvement social et politique »
Mais la bataille politique et culturelle est loin de se jouer à armes égales. Car le masculinisme, qui incite à la violence misogyne et va jusqu’à tuer, enfle, et s’infiltre partout, soutenu par de puissants réseaux sociaux armés d’algorithmes redoutables.
En moins de 10 minutes, par exemple, un adolescent qui s’inscrit sur TikTok voit s’afficher des contenus masculiniste sur son écran, quels que soient les centres d’intérêt qu’il aura signalé en s’inscrivant (pour une adolescente ce sera des contenus « girly »)
Mais « les masculinismes ne sont pas qu’une simple tendance sur les réseaux sociaux, a souligné Olivia Richard (Union centriste). Ils constituent un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique. » Ils s’inscrivent « dans un contexte mondial plus large de backlash, dont les masculinismes sont une manifestation, et qui a pour objectif la remise en cause de droits conquis au prix de décennies de luttes collectives »
Quand les algorithmes fabriquent la haine
Très divers, les mouvements masculinistes ont « longtemps été structurés autour de communautés identifiables », telles les célibataires involontaires (« incels »), qui jugent les femmes responsables de leur célibat. Mais ils « ont progressivement évolué vers un écosystème plus large et plus diffus », notamment en se fondant dans « la culture internet ordinaire », une « socialisation idéologique à bas bruit » dit le rapport.
L’exposition répétée aux discours masculinistes, démultipliée par les algorithmes des plateformes, peut nourrir un sentiment de victimisation masculine, de haine des femmes et déboucher sur des passages à l’acte terroriste. Ces plateformes « orientent progressivement les utilisateurs vers des contenus toujours plus radicaux » diffusés à grande échelle.
Ces masculinistes sont dangereux pour les femmes, pour les jeunes filles et parfois pour eux-mêmes quand ils adhèrent aux injonctions à prendre des produits comme des stéroïdes ou à se taper sur la mâchoire à coup de marteau pour la rendre plus carrée et avoir lair plus virils.
Sexisme systémique et politique
Les rapporteures rappellent que le sexisme est en hausse même s’il prend des formes différentes selon les générations comme le rappelait le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : 17 % des Français âgés de 15 ans et plus, adhèrent aujourd’hui à des formes de sexisme hostile.
Lire : Le baromètre du HCE confirme l’amplification du sexisme
Les masculinistes sont portés par le suprémacisme blanc, souvent en relation avec les sphères du complotisme et de l’extrême droite. Et le conditionnement des masculinistes se compose aussi de tout un sexisme latent qui a encore cours. Les Sénatrices évoquent notamment le milieu politique qui continue de mépriser les femmes à coup de réflexions sexistes. « Je ne suis élue que depuis 2023 et j’en ai déjà beaucoup entendu » témoigne Olivia Richard.
« Réveil des consciences »
Alors les rapporteures appellent à un « réveil des consciences » Elles formulent vingt-quatre recommandations articulées autour de quatre grands axes.
D’abord, faire de la lutte contre le masculinisme un enjeu majeur de politique publique. Le rapport demande une stratégie interministérielle de lutte contre ce mouvement, la mise en œuvre effective des séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) tout au long de la scolarité, et une réelle éducation aux médias.
Ensuite réguler et assainir l’espace numérique : les contenus masculinistes doivent entrer dans l’analyse des « risques systémiques » prévue par le règlement européen sur les services numériques. Il faut aussi contraindre les plateformes à stopper les contenus et les algorithmes qui renforcent le masculinisme.
Troisième axe : repérer et prévenir les trajectoires de radicalisation.
Et enfin réveiller les consciences en mobilisant l’ensemble de la société. Ne jamais banaliser le sexisme, ne rien laisser passer. Laurence Rossignol compte sur la presse pour y parvenir… Tout en sachant que la presse est dépassée par les puissantes plateformes détenues par des masculinistes. La bataille culturelle sera rude. Mais il est urgent de la mener à coup de politiques publiques et de discours médiatiques.
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