Accueil Politique & SociétéÉducation Dans les grandes écoles, l’égalité à petits pas

Dans les grandes écoles, l’égalité à petits pas

par Isabelle Germain

Le baromètre égalité femmes-hommes de la CGE révèle de bonnes intentions. Mais les moyens font souvent défaut pour les traduire en acte

Autour de 10 % d’écarts de salaires entre hommes et femmes dès l’entrée dans la vie active !  Ce n’est pas le principal enseignement du baromètre sur l’égalité femmes-hommes de la Conférence des grandes écoles (CGE). Ce chiffre, noyé au milieu de beaucoup d’autres, est le résultat d’inactions face aux discriminations subies par les femmes.  Dans ce baromètre, les écoles de management ont la palme des inégalités salariales: le salaire moyen des femmes représente 91,9 % de ce que gagnent leurs confrères et c’est encore pire si l’on prend en compte les primes dans le salaire brut moyen : 86,8%. Il y a donc fort à faire pour résorber les inégalités.

Comme chaque année depuis 2013, la CGE commente son baromètre en se réjouissant, avec beaucoup de prudence, de quelques progrès. Cette année : « même si une sous-représentation des étudiantes dans certaines filières et des femmes à certains postes à responsabilités au sein des établissements subsistent, les Grandes écoles sont de plus en plus nombreuses à mener des actions en faveur de l’égalité femmes-hommes » constate le rapport.

Il semblerait cependant que les mobilisations les plus efficaces viennent des étudiant.es plus que des directions des établissements. « Les étudiantes et étudiants accordent une attention croissante à l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations sexistes au travers d’associations qu’ils créent au sein de leurs écoles. Déjà engagée il y a quelques années, cette dynamique a connu une forte accélération depuis le mouvement #Metoo » constate Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE.

Parmi les 216 établissements membres de la CGE en France, 77 ont répondu au questionnaire du baromètre par la voix de leur « référent égalité » ou de leur direction entre juillet et novembre 2020. Ces 77 établissements comptent un.e ou deux, voire trois référent.e.s égalité. Ce qui est une bonne nouvelle. Mais quid des établissements qui n’ont pas répondu ? Et quelle efficacité peuvent avoir ces personnes ? Ces référent.e.s ont d’autres tâches à accomplir et 32 % disent n’avoir aucun temps alloué à réalisation des missions en lien avec l’égalité femmes-hommes. Du bénévolat donc.

De même, 47 % des grandes écoles affirment avoir formalisé une stratégie pour l’égalité femmes-hommes (contre 34 % en 2019) mais seulement 35 % des établissement mesurent l’impact des actions en place faute de ressources. Incantations plus qu’actions.

Côté féminisation des troupes, le baromètre note une amélioration : 33 % d’étudiantes dans les effectifs des écoles d’ingénieurs contre 24 % en 2015. Et dans les écoles de management, c’est 100 % mixte, la mixité étant établie « lorsque la répartition femmes hommes se situe entre 40% et 60% », précise l’étude. Les écoles d’ingénieur restent cependant très genrées avec une surreprésentation des filles dans les filières comme la biologie et une surreprésentation des garçons en informatique avec, pour certaines écoles d’ingénieur, un taux de féminisation de 10 % seulement.

Et l’exemple ne viendra pas d’en haut. Si les femmes représentent 50 % du personnel des grandes écoles… elles sont très minoritaires dans les instances dirigeantes. Seulement un tiers des membres des conseils d’administration (33,3 %) de ces établissements sont des femmes. Pas mieux du côté des comités exécutifs (31 %) et des comités de direction (37,6 %). Dans les comités pédagogiques, c’est un peu mieux mais elles ne sont que 40 % pour décider de ce que les écoles mettront dans le crâne des élèves.

65% des Associations, bureaux de sport ou réseaux divers affirment mener des actions en faveur de l’égalité hommes-femmes mais ils le font de leur propre initiative le plus souvent. Près de la moitié des établissements n’ont aucune charte engageant leurs associations et parmi ceux qui en ont une 70 % abordent la question de l’égalité des sexes.

Enfin la CGE consacre un focus aux dispositions mises en place par les établissements pour lutter contre les Violences Sexistes et Sexuelles. Et les deux tiers des établissements répondants (66,2%) déclarent disposer d’une cellule ou d’une personne contact chargée de traiter les situations de harcèlement sexuel ou de comportements sexistes (contre 46% il y a trois ans.)

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