Dans les têtes… et dans les lois

Messages publicitaires, rôles modèles, loi pour la parité… l’alchimie de la marche vers l’égalité des sexes est complexe et nécessite du carburant en permanence.

Avancées ou retour en arrière ? C’est la question que se pose chaque semaine cet édito. Et chaque semaine produit son lot d’avancées et de reculades. Mais une certitude : l’égalité ne se fait pas toute seule. Il faut énormément de forces pour la pousser. La force des lois sans aucun doute. Une étude d’Ethics & Boards montre que les directions exécutives des entreprises restent toujours hostiles aux femmes tandis que les Conseils d’administration se sont féminisés. Explication : une loi impose la parité dans ces conseils d’administration. Pas dans les exécutifs.

Parfois, la loi ne suffit pas. Les lois sur l’égalité professionnelle par exemple n’ont pas encore produit leurs effets. La qualité des textes n’est pas forcément en cause. C’est plutôt un défaut d’acharnement des partenaires sociaux à les faire appliquer qui explique l’immobilisme. Car la question de l’égalité des sexes est perçue comme secondaire. Problème de mentalités.

Il faut donc ajouter d’autres éléments pour que l’alchimie de la marche vers l’égalité opère. Des démarches volontaristes avec des symboles forts et de la communication à grande échelle. Cette semaine Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, a annoncé les nominations de deux femmes à des postes clés de l’économie numérique  : Salwa Toko : présidente du CNNum et Kat Borlongan à la tête de la French Tech. Une façon de rendre les femmes plus visibles et donc plus légitimes dans un monde du numérique qui en a bien besoin.

Autre élément : la communication pour faire évoluer les mentalités. La Fondation des femmes vient de réussir un tour de force : produire un film contre le sexisme et, surtout, le faire diffuser sur de grandes chaînes de télévision à des heures de grande écoute. Les médias ont trop longtemps mis dans les têtes des petits garçons l’idée qu’être un homme, c’est afficher une forme de supériorité… «Tout doux !» dit le film intitulé « tu seras un homme mon fils » qui propose une autre vision de la masculinité.

Mais en face de ce film, les messages subliminaux ou non, sur la supériorité masculine vont bon train. A tel point qu’un backlash, un retour en arrière, est à craindre après le mouvement de libération de la parole des femmes. Une étude de l’ONDRP relève une augmentation sensible des violences contre les femmes au travail. En Angleterre, un recensement des « pires excuses » pour justifier l’absence de femmes au sommet montre à quel point les hommes entendent continuer à dominer et à dire aux femmes ce qu’elles doivent penser. C’est donc loin d’être gagné!

Pour contrer le bruit médiatique des promoteurs de la domination masculine il faut faire encore plus de bruit sur l’égalité. C’est en grattant, petit à petit des postes de pouvoir grâce à des lois et à de bonnes pratiques que les défenseur.se.s de l’égalité pourront en finir avec « la valence différentielle des sexes » selon l’expression de Françoise Héritier.

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