De hautes luttes

Ecriture inclusive, résidence alternée des enfants, visibilité des créatrices, éducation à la sexualité… Chaque millimètre vers l’égalité doit être durement gagné.

Il y a à peine trois ans, 140 parlementaires UMP, lançaient un « ultimatum » dans Le Figaro. Le sujet était grave. Ils exigeaient que les député·e·s puissent dire  « Madame le Président » et non « Madame la Présidente ». Au motif, entre autres arguments distrayants, que « madame la Présidente est la femme du Président »… La bataille fut homérique.

Mais aujourd’hui la féminisation de « président » a fini par entrer dans les mœurs. Dans sa circulaire sur l’écriture inclusive, le Premier ministre, ex-UMP, dit non à la nouveauté : non au point milieu, non à l’enterrement de la règle « le masculin l’emporte ». Mais il dit oui à la féminisation des titres et fonctions honnie par les Immortel·le·s et par ses amis d’il y a trois ans.

C’est le même scénario que celui qui a précédé toute avancée des droits des femmes. La résistance des conservateurs a toujours été féroce, qu’il s’agisse du droit de vote des femmes, de contraception, d’IVG, des lois sur la parité en politique ou dans l’économie, d’égalité salariale ou de langage.

Autre bagarre cette semaine : celle menée par certains pères pour que la garde alternée soit l’option privilégiée en cas de divorce. Ces militants refont le coup des papas perchés sur les grues. « Pauvres papas privés de leurs enfants », clament les associations qui militent pour la garde alternée en priorité. Ils apitoient les médias et les parlementaires alors que la réalité est toute autre. Quand la garde alternée est dans l’intérêt de l’enfant, les juges la privilégient. Quand la séparation des parents est, par exemple, expliquée par des violences, ils l’écartent.

Plus discrète, la bataille des images commence à porter ses fruits. Suite à notre article sur sa campagne rétrograde, Créative France nous a signalé avoir « décidé de changer certaines images » pour ne pas montrer seulement des hommes et une paire de fesses de femme dans un film sur la créativité à la française. En d’autres temps, ces communicants auraient traité cette critique par le mépris.

Haute lutte aussi du côté de #JamaisSansElles : certains hommes, qui s’étaient engagés à ne pas participer à des tables rondes 100 % masculines, ont trahi leur engagement. Suite à de gentils rappels, l’un d’eux s’en est excusé publiquement. On avance millimètre par millimètre.

Car les mœurs ne changent pas encore complètement. Le dernier « Eurobaromètre » sur l’égalité de genre montre la persistance de stéréotypes d’un autre temps. Et du côté des violences sexuelles, si (presque) tout le monde chante les louanges de la parole qui se libère, le travail éducatif pour en finir avec ces violences est loin d’être fait. Des initiatives remarquables fleurissent avec de tout petits moyens. Dans les universités Suisses et Belges ou en France avec la campagne de l’association FIT. Mais les grands moyens de l’Éducation nationale ne sont pas mobilisés, comme l’a rappelé le Défenseur des droits. La cause avance, mais à tout petits pas. Alors le 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes, des associations féministes réclament au chef de l’État un vrai plan de lutte et des moyens, comme en Espagne.

 

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