Décret pour l’égalité salariale, conciliation

par Isabelle Germain

Une table ronde animée par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a permis d’aboutir à la proposition de publier un nouveau décret pour rendre effectives les sanctions contre les entreprises ne concluant pas d’accords sur l’égalité professionnelle.
Il n’a pas échappé aux syndicats et à l’Observatoire de la parité que le décret d’application de la loi sur les retraites de juillet 2011 est rédigé de telle sorte qu’il est facile pour les entreprises d’échapper aux sanctions.  Najat Vallaud-Belkacem veut réécrire ce décret « très rapidement » pour une mise en place début 2013.

Mais les lois ne suffisent pas (ndlr : six lois sur l’égalité professionnelle depuis 1972, et des écarts de salaire de 27 % ! ) Il a donc été proposé, à l’issue de la table ronde, l’organisation d’expérimentations visant à « accompagner les entreprises dans la mise en œuvre de la loi ». La ministre a annoncé qu’ une négociation spécifique sera ouverte le 21 septembre sur « la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle »

Les trois P : plafond, paroi, plancher,

Une négociation qui devra  s’attaquer aux « trois P » qui conduisent à l’inégalité professionnelle: « P comme plafond de verre : les femmes n’arrivent pas à accéder aux hautes responsabilités comme il le faudrait », « P comme paroi de verre: les femmes sont souvent cantonnées dans un certain nombre de secteurs d’activité » et « P comme plancher scotchant, parce que beaucoup de femmes, du fait du temps partiel, n’ont pas la progression de carrière qui devrait être la leur » a affirmé la ministre à l’AFP.

Le congé parental (un peu) en question

La question de l’articulation des temps de la vie privée et de la vie professionnelle a aussi été abordée.  Et en particulier le congé parental pour lequel une réforme élaborée en 2009 n’a jamais abouti.
Le congé parental est au cœur des politiques d’égalité professionnelles : si l’Etat incite les hommes à en bénéficier autant que les femmes, les employeurs auront moins de préjugés négatifs envers les femmes. Qu’ils embauchent des hommes ou des femmes, ils seront confrontés au « problème. » Aujourd’hui, dans 98 % des cas, ce sont les femmes qui prennent ce congé parental.
Pour l’instant, la ministre envisage pour les femmes de dispenser « des formations à la fin de ce congé », et considère qu’il appartiendra aux partenaires sociaux de « discuter du plus juste partage entre hommes et femmes de ces congés familiaux ».
L’éternel blocage au partage du congé parental entre hommes et femmes est son coût. En augmenter la rémunération pour le rendre incitatif pour les hommes n’est pas neutre. Aujourd’hui, ce congé se résume souvent à un « choix contraint » pour les femmes qui préfèrent renoncer à leur emploi plutôt que de payer un mode de garde… lequel est souvent très difficile à trouver.  En dépit des calculs montrant que le travail des femmes est bon pour l’amélioration des comptes sociaux et en raison d’une faible mobilisation des partenaires sociaux sur le sujet, la question du congé parental fait du sur-place.

Lire aussi dans les nouvelles NEWS

Najat Vallaud-Belkacem, l’égalité et la loi

Entreprises dans le « déni » sur l’égalité femmes/hommes

Egalité professionnelle: encore un délai pour les décrets

Tiens, un nouveau projet de réforme pour le congé parental

Paternité et travail : dix bonnes pratiques pour concilier

Parentalité, égalité : « changer de paradigme »

Politique familiale : bons points et reproches de l’OCDE

Congé de paternité allongé : les partenaires sociaux sont pour

La réforme du congé parental tombe dans les oubliettes

Partager cet article

7 commentaires

Lili 12 juillet 2012 - 08:30

Désolée mais sur le congé parental il y a une part de manque de courage politique. Déjà rendre obligatoire les 11 jours existants pour les hommes serait un premier pas possible. Mais personne n’ose le faire.

Répondre
Lili 12 juillet 2012 - 08:33

Et dommage aussi que l’égalité soit abordée uniquement du point du vue féminin. Les hommes aussi sont cantonnés à certains secteurs professionnels, par ailleurs ils sont plus que les femmes victimes d’échec scolaire en primaire et secondaire, mais ça n’a pas l’air de perturber grand monde.

On veut bien que les femmes deviennent chef, mais un homme assistant maternel, non : fonction trop indigne pour que les hommes y soient abaissés? Ca ne change donc rien sur le regard sexiste porté sur les métiers…

Répondre
marie 12 juillet 2012 - 12:58

il y aura une vraie égalité quand le congé parental sera neutre pour l’employeur qui en engageant un homme ou une femme aura la même probabilité de congé: par exemple un congé de 6 mois, 2 mois obligatoire pour la mère, 2 mois obligatoire pour le père et 2 mois au choix de l’un ou de l’autre. La finlande est sur cette voie.

Répondre
Lili 12 juillet 2012 - 13:27

« marie »
il y aura une vraie égalité quand le congé parental sera neutre pour l’employeur qui en engageant un homme ou une femme aura la même probabilité de congé: par exemple un congé de 6 mois, 2 mois obligatoire pour la mère, 2 mois obligatoire pour le père et 2 mois au choix de l’un ou de l’autre. La finlande est sur cette voie.

Dans votre raisonnement, l’égalité n’est pas « vraie » : il est probable que les deux mois « au choix de l’un ou de l’autre » seront pris par la mère dans 99 % des cas, et donc l’employeur préfèrera toujours embaucher un homme.

Répondre
hic 14 juillet 2012 - 17:02

« Lili »
Les hommes aussi sont cantonnés à certains secteurs professionnels, par ailleurs ils sont plus que les femmes victimes d’échec scolaire en primaire et secondaire, mais ça n’a pas l’air de perturber grand monde.

Par rapport à l’échec scolaire des garçons, il semble que ça n’ai pas encore de répercussions sur les adultes, puisque les écarts de revenus, et l’écart de chômage n’ont quasiment pas ou peu bougé ces dernières années (à croire que le soupçon de compétence attribué aux hommes vaut plus que leurs compétences réelles).
Et, j’ai quand à moi l’impression que les petites filles, sachant à quel point on minore leur performances à l’école, éprouvent le besoin d’en faire plus en quantité de travail. Ce qui expliquerait leurs meilleurs résultats.
Si l’échec scolaire des garçons doit effectivement être combattu, c’est en leur permettant d’avoir une éducation plus ressemblante de celle des filles (et vice et versa d’ailleurs, car certains aspects de l’éducation des garçons sont intéressants, par exemple la prise de parole en public). C’est d’ailleurs tenté dans certaines crèches expérimentales; je serais curieuse de savoir si les performances comparées des filles et des garçons s’équilibrent alors mieux (mais peut-être faudrait-il que l’expérience soit poussée jusqu’au lycée pour évaluer l’impact d’une telle éducation).

Répondre
Lili 16 juillet 2012 - 08:28

« hic »

« Lili »
Les hommes aussi sont cantonnés à certains secteurs professionnels, par ailleurs ils sont plus que les femmes victimes d’échec scolaire en primaire et secondaire, mais ça n’a pas l’air de perturber grand monde.

Par rapport à l’échec scolaire des garçons, il semble que ça n’ai pas encore de répercussions sur les adultes, puisque les écarts de revenus, et l’écart de chômage n’ont quasiment pas ou peu bougé ces dernières années (à croire que le soupçon de compétence attribué aux hommes vaut plus que leurs compétences réelles).

Mais si, ça a des répercussions sur les adultes. Les hommes et les femmes ont de moins en moins de culture générale commune, les femmes se lamentent de se retrouver entre elles dès qu’il est question de littérature, d’histoire, de sociologie, d’engagement associatif et j’en passe, et les hommes continuent de se retrouver entre eux dans les salles de muscu et devant les ordinateurs, ou dans leurs entreprises de techniciens/informaticiens.
Chaque année l’étude sur les pratiques culturelles des français illustre ce fossé qui se creuse.

C’est un peu poussé mais l’idée est là. Tout dans la vie ne se résume pas à ce qu’on gagne à la fin du mois. Avec qui on vit et on travaille, de quoi on peut discuter, ça compte aussi.

Répondre
Catherine THIBAUX 16 juillet 2012 - 12:04

Lire « Orientation scolaire et discrimination » (documentation française) de Françoise HOUILLOT, étude menée à la demande de la « défunte » HALDE pour comprendre les biais de genre qui s’insinuent dans l’orientation des élèves, édifiant!
– puisqu’il est question de rétablir la formation des maitres, commençons donc par y introduire des cours sur les discriminations de genre et nous ferons beaucoup pour le futur au lieu de toujours taper sur les entreprises qui elles gèrent les conséquences d’un orientation scolaire d’un autre âge.
– Et puis cessons de parler de 27% de différence de salaire, on mélange des choux et des carottes, cela discrédite le sujet, matraquons plutôt sur les 9/10% d’écart à compétences et postes égaux, ce qui là est proprement scandaleux.
– pourquoi faire encore un décret ? il y a tout ce qu’il faut (la 1ère loi date de 1972), je suggère de motiver les inspecteurs du travail sur ce sujet, là encore en l’introduisant dans leur cursus de formation et en renforçant leurs moyens d’investigation

Répondre

Laisser un commentaire