Accueil International Députée « Basic Instinct » : misogynie et classisme au Parlement Britannique

Députée « Basic Instinct » : misogynie et classisme au Parlement Britannique

par Isabelle Germain

Dans le tabloïd britannique Mail on Sunday, des parlementaires accusent la n°2 du Parti travailliste, Angela Rayner, d’utiliser la tactique « basic instinct » pour troubler le Premier ministre. Sexiste et classiste dénonce la députée.

Le Mail on Sunday du dimanche 24 avril, a dépassé les bornes de ce que peuvent se permettre les tabloïds (nom donné à la presse de boulevard -ou de caniveau) anglaise. A sa Une, ce titre : « Des tories accusent Angela Rayner d’utiliser la stratégie Basic Instinct pour déconcentrer Boris. » Avec deux photos : une de la députée, assise à la Chambre des communes, jambes croisées, et une de Sharon Stone dans Basic Instinct, le film des années 90 dans lequel l’actrice entend perturber des enquêteurs en prenant des poses sexy.

De quoi détruire l’image d’une parlementaire qui ne cesse de gagner en popularité. Le parti travailliste dont elle est la numéro 2 progresse. Des sondages affirment que si des élections avaient lieu aujourd’hui, près de 40 % des Britanniques voteraient pour le parti travailliste contre un peu plus de 30 % pour les Conservateurs.

Angela Rayner voit dans cette stratégie des conservateurs une tentative pour sauver leur peau. Farouche adversaire de Boris Johnson, elle a critiqué le Premier ministre et ses soirées arrosées du 10 Downing Street, alors que la population était en confinement, et elle ne cesse de demander la démission du Premier ministre.

L’attaque portée par le Mail on Sunday à Angela Rayner viendrait de députés du parti conservateur cités de façon anonyme par Glen Owen rédacteur en chef politique du journal anglais : « Elle sait qu’elle ne peut pas concurrencer les qualités d’orateur acquises par Boris à l’Oxford Union, mais elle a d’autres talents – qu’il n’a pas », prétend un député, cité.

Autre attaque : Elle ne serait qu’une « grand-mère socialiste qui a quitté l’école à 16 ans, enceinte, et n’a d’autre formation que celle d’aide-soignante ».

Soutien de Boris Johnson

L’attaque du tabloïd est tellement basse que même son adversaire s’en est indigné. « Même si je ne suis pas d’accord avec Angela Rayner sur presque tous les sujets politiques, je la respecte en tant que parlementaire et déplore la misogynie dirigée anonymement contre elle aujourd’hui », a déclaré Boris Johnson sur Twitter au milieu d’une avalanche de messages de soutien.

Une enquête de l’Autorité de contrôle des médias et du Parlement lui-même aurait été déclenchée et il serait question de retirer à l’auteur de l’article son passe d’accès à la chambre des Communes.

Angela Rayner s’inquiète de l’impact de tels propos misogynes et classistes sur les femmes qui lui ressemblent. Interviewée par le Guardian, elle met en garde contre ce traitement médiatique pétri de misogynie et de classisme qui peut décourager les femmes de réussir leur carrière.

« Ils parlent de mon passé parce que j’ai eu un enfant quand j’étais jeune, comme pour dire que j’ai des mœurs légères. Ces insinuations sont offensantes pour les personnes qui ont la même origine sociale que moi » déclare-t-elle. Elle ne veut pas que ces personnes « pensent qu’elles ne valent rien parce qu’elles parlent avec un accent ou qu’elles ont eu des enfants quand elles étaient jeunes, ou qu’elles sont peut-être mères célibataires… Ces personnes ne doivent pas avoir honte de ce qu’elles sont. » C’est pourtant ce que leur suggère l’article. Angela Rayner se dit au contraire fière lorsque des femmes qui ont une origine sociale proche de la sienne lui disent qu’elle les inspire.

Sur l’aspect misogyne, la députée a répondu aux interviews télévisés habillée en pantalon, pour que l’attention se focalise sur ce qu’elle avait à dire, en l’occurrence que personne ne devait dire aux femmes comment elles devaient s’habiller. Elle se dit  « fière » de son parcours et veut que l’article ne dissuade « quiconque, avec un parcours comme le mien qui aspire à participer à la vie publique ».

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