48 heures pour revivre

par Isabelle Germain
2jours christine plenus

© Christine Plenus

On croyait que les frères Dardenne ne sauraient plus nous surprendre. Pourtant Deux jours, une nuit, leur dixième film, réussit à dénoncer les ravages du capitalisme avec simplicité et éloquence. Par Valérie Ganne, toujours sur la Croisette.


 

Il est délicat d’écrire une critique de film au moment du festival de Cannes. Pas seulement à cause du manque de temps et de sommeil, mais aussi parce que chaque film est jugé à l’aune des précédents et de l’attente des suivants. C’est le cas pour Deux jours, une nuit de Luc et Jean Pierre Dardenne, présenté en compétition à Cannes mardi, y récoltant critiques élogieuses et ovation, avant de sortir dans tous les cinémas de France et de Belgique ce mercredi.

Marion Cotillard joue Sandra, mère de famille qui vient de se relever d’une dépression. La veille de sa réintégration, elle apprend qu’un vote des salariés de son entreprise a statué pour son licenciement en échange d’une prime de 1000 euros pour chacun d’entre eux. Son amie réussit à convaincre le patron de procéder à un nouveau vote le lundi matin. Sandra a un week-end pour convaincre une douzaine de personnes de renoncer à leur prime afin qu’elle puisse être réintégrée.

Alors que le temps s’écoule comme dans un sablier, que tombent les refus ou accords de chacun, on comprend que l’enjeu n’est pas que cette femme fragilisée revienne dans son entreprise, mais qu’elle se relève et accepte de se battre au lieu de subir. Elle est épaulée par son mari, joué par Fabrizio Rongione, pilier qui lui donne la force d’aller au bout.

Là où ce film est malin c’est qu’en visitant avec Sandra le temps d’un week-end chacun des salariés de cette PME, en quelques minutes, on découvre la vie de chacun et ses raisons d’accepter ou de refuser. Au hasard d’un terrain de foot, d’une épicerie arabe, d’une laverie automatique, des couloirs d’un HLM, se dessinent des personnalités parfois aussi bouleversantes que Sandra elle-même.

Marion Cotillard, qui orne pourtant des dizaines de panneaux d’affichage de la Croisette dans une nouvelle publicité pour Dior, est ici « dardennisée ». C’est-à-dire que sa garde-robe est composée de deux tee-shirts, et qu’elle montre le meilleur d’elle-même : une fragilité émouvante alliée à une détermination grandissante.

Tout en se renouvelant une fois de plus, Luc et Jean-Pierre Dardenne nous apprennent les bases de leur philosophie cinématographique : le collectif comme rempart à la cruauté de la performance à tout prix, l’importance de l’être plutôt que de l’avoir.

 

Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Pili Groyne, produit par Archipel 35 et Les Films du Fleuve, distribué par Diaphana . Sortie en salles le 21 mai 2014.

 

 

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