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Développement ne veut pas dire croissance

par La rédaction

Améliorer le bien-être des individus est possible, même sans croissance économique rapide. Dans son vingtième rapport annuel, le PNUD jette un regard novateur sur les évolutions du développement humain et ouvre de nouvelles pistes.

 


 

Dans son rapport 2010, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) se penche longuement, et pour la première fois, sur « l’énigme de la croissance économique et du développement humain ». En analysant 40 ans d’évolution de l’IDH, Indice de développement humain (1), le PNUD constate en effet un lien « extrêmement faible » entre la croissance économique et les progrès réalisés dans le monde en matière d’éducation et de santé (cf tableau ci-dessous).

Ces 40 dernières années, dans l’ensemble, tous les pays du monde ont connu une amélioration de leur IDH. Mais alors que la croissance des revenus a fortement varié d’un pays à l’autre, « les progrès ont été plus homogènes pour la santé et l’éducation ». Et plus rapides dans les pays pauvres que dans les pays riches. Exemple parmi d’autres, le Népal : la croissance économique y est restée modeste mais, grâce à d’importants efforts de politique publique, « les taux bruts de scolarisation sont montés en flèche » et l’écart d’espérance de vie avec la moyenne mondiale s’est réduit de 87%.

La clé de ce paradoxe ? Pour le PNUD, les pays les plus pauvres ont bénéficié des avancées de technologies et de connaissance déjà appliqués dans les pays les plus riches. Ils ont donc pu améliorer leurs systèmes de santé et d’éducation à moindre coût.

Des progrès même sans croissance

De tels résultats ne doivent pas inviter à remettre en cause la notion de croissance, tempère le PNUD. Qui insiste toutefois sur cette notion « essentielle » : « à savoir que le développement humain ne se confond pas avec la croissance économique, et que de gros progrès sont possibles même sans croissance économique rapide ».

« Cela pourrait avoir de profondes répercussions sur les politiques de développement », poursuit le PNUD. En effet, « un pays ne doit pas impérativement attendre d’avoir réglé le délicat problème de la croissance pour s’attaquer à de nombreux autres sur le front de l’éducation et de la santé ». Et c’est là une bonne nouvelle, se réjouit la directrice du rapport.

Jeni Klugman (photo ci-contre) a insisté sur cet autre regard devant quelques acteurs du développement. Au siège de l’OCDE à Paris, le 19 novembre, elle s’étonnait qu’une semaine plus tôt le G20 ait une fois encore accordé sa priorité à la croissance économique. « Je comprends que, dans ce contexte de récession, les pays du G20 s’inquiètent de la croissance, mais je ne pense pas que ce soit l’approche qu’il faut », a lancé Jeni Klugman.

Mais une telle remise en cause a encore du mal à passer. Ainsi pour Pierre Jacquet, économiste en chef à l’Agence française de développement (AFD), « il reste nécessaire de placer les objectifs de croissance au centre des préoccupations ». Une prise de position logique, puisque « soutenir la croissance économique » constitue l’un des objectifs majeurs affichés par l’AFD.

Faut-il alors aller au-delà des mots eux-mêmes ? Car Pierre Jacquet tempère aussitôt : la croissance, oui, « mais en redéfinissant ce qu’on appelle croissance : non pas celle du PIB, mais des moyens disponibles pour le bien-être des individus ».

De nouveaux indices

Et ces moyens, il s’agit avant tout de bien les utiliser. Car le PNUD rappelle également que l’un des plus grands freins au développement humain réside dans les inégalités. Là, les corrélations sont très fortes. Dès lors, le PNUD entend s’inscrire dans l’évolution d’une « époque où l’on explore de nouvelles manières de mesurer le bien-être ». Le rapport 2010 intègre à cet effet trois nouvelles composantes, qui se détachent plus encore des approches monétaires. LIndice de Pauvreté Multidimensionnel (que nous avions détaillé il y a peu) permet ainsi de mieux cerner les composantes de la pauvreté. « L’IDH ajusté aux inégalités » permet également des éclairages nouveaux. Dernier indice novateur : celui d’inégalité de genre. Laquelle « demeure un obstacle majeur au développement humain ».

Autant de mesures complexes, qui restent à affiner, Jeni Kugman le reconnaît. Mais de telles statistiques ne sont pas des chiffres froids. Elles permettent de suggérer différentes options de politiques publiques. Car « la vie des individus peut être améliorée par des moyens qui sont déjà à la disposition de la majorité des pays ».


 


 

 

 

 

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1 commenter

Sylvie G 29 novembre 2010 - 18:04

C’est une tres bonne nouvelle qui doit peut etre, etre temperee par une composante qui s »appelle la dette. Les pays endettes depuis le depart des colonisateurs et le plan d’ajustement structurel plient sous le poids de la dette et ne peuvent guere avoir de depenses publiques. Autre petite remarque, ces difficultes deviennent notre quotidien, aussi, depuis la crise et l’endettement publique !
Sylvie G

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