Le formatage des esprits par le marketing genré continue. Cette semaine : un magazine de cuisine pour mecs et un stylo rose pour boss girly.
La bonne nouvelle, c’est le « bad buzz ». En ce début de semaine, la marque de surligneur Stabilo a annoncé avec force communiqués de presse, la sortie de son « boss au féminin » rose. Fichtre ! Le feutre-des-boss-qui-surlignent ne s’adressait donc qu’aux hommes jusqu’ici… La marque raconte désormais que, pour être « boss » aussi, les femmes ne doivent pas moins en rester féminines. Et tortiller du surligneur (emballé avec de la résille !) pour surligner rose. Dans Tout à l’égo, Sophie Gourion spécialiste de la critique du marketing genré taille en pièce la marque et demande : « après la résille, aura-t-on droit à un Stabilo en string ?» Et elle n’est pas la seule à ironiser. Très vite, sur les réseaux sociaux et même dans aufeminin.com la marque passe un sale quart d’heure. Preuve que la tolérance au sexisme ordinaire commence à reculer ? A tous petits pas.
La virilité par la bidoche
Le même jour, CB news nous apprend qu’un « magazine de cuisine masculin » va s’installer dans nos kiosques à la fin du mois de mars. Il s’appelle « Beef ». C’est la version française d’un magazine lancé par le groupe allemand Grüner & Jahr en 2009. Ambiance ranch, barbecue, muscle, sang. La virilité par la bidoche. CB news, qui l’a lu, décrit : « Dans son édito de présentation du magazine, Alexandre Zalewski, le rédacteur en chef, n’hésite pas à appeler les hommes à ‘reprendre la place laissée libre en cuisine. Nous pourrons ainsi réaffirmer nos valeurs et redonner à la viande rouge, aux féculents, aux matières grasses toute la place qu’ils méritent’. »
Désormais donc, les rayons magazines de cuisine offriront une parabole du sexisme ordinaire. D’un côté, une foultitude de titres associés à des féminins dans lesquels de grands chefs expliquent à la ménagère comment régaler toute la famille – Au détour de ces journaux les injonctions à l’adresse des femmes ne sont pas minces : préserver sa ligne, faire manger des légumes aux enfants mais savoir leur faire plaisir aussi tout en satisfaisant monsieur et en épatant les invités.
Et d’un autre côté, Beef adresse un tout autre message subliminal : puisque les femmes cuisineraient moins, les hommes s’en chargeraient mais en s’occupant seulement d’eux-mêmes. C’est le même schéma que pour la presse masculine versus la presse féminine. Dans la presse masculine, monsieur trouve avant tout des idées pour se faire plaisir et s’il parle de femmes c’est pour voter pour la plus belle poitrine, paire de fesses… Tandis que la presse féminine dit plutôt aux femmes comment faire pour plaire. A elles le souci des autres, à eux le plaisir personnel. Surlignez en rose !
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