Accueil Politique & SociétéÉducation Échec en maths : la réforme du lycée creuse les inégalités

Échec en maths : la réforme du lycée creuse les inégalités

par La rédaction

Un bond en arrière de 25 ans ! alertent des associations. La réforme du lycée a entrainé un recul de l’apprentissage des mathématiques. Et les inégalités filles/garçons se creusent à nouveau dans cette discipline qui devient élitiste. 

« Alors que la part des filles en terminale S progressait régulièrement depuis 1994 , la part des filles dans l’enseignement de spécialité mathématiques en terminale est redescendu au-dessous du niveau de 1994, chutant de près de 8 points après 2 ans de mise en place de la réforme. » Les sociétés savantes et associations de mathématiques*  tirent le signal d’alarme dans un communiqué publié notamment sur le site de Femmes et Mathématiques tandis que le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon déplorait sur France Inter qu’en deux années de réformes, on ait «perdu vingt ans d’efforts». 

En cause, la réforme des lycées mise en place en 2019 par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui a rendu l’apprentissage des mathématiques « ultra-élitiste » selon le collectif.

Avec l’ancien système, les filières scientifiques à forte dominance de mathématiques comptaient presque 50 % de filles (48,4 %) en terminale. En 2021, elles n’en comptent plus que 38,6 %. Moins qu’en 1995 !

Depuis la réforme, les lycéen.nes doivent choisir trois spécialités en première et deux en terminale. Et ce sont souvent les mathématiques qui sont abandonnées, surtout par les filles. Au total, près de 40 % des élèves ne font plus de mathématiques en terminale.

Le collectif le déplore : « seulement 25% des filles en 2021 ont un enseignement de mathématiques de plus de 6h hebdomadaires contre 45% avant la réforme ». Et « ce décrochage est encore plus édifiant en Première générale, où près de la moitié des filles abandonne les mathématiques en fin de seconde en 2021, alors qu’elles étaient jusqu’en 2018 environ 83 % à poursuivre un enseignement de mathématiques ».

Ces renoncements, guidés par des biais de genre, se font très tôt dans la scolarité et, « les conséquences de cette rupture sont désastreuses, tant pour l’avenir des filles que pour la formation en mathématiques de l’ensemble des citoyennes et citoyens. » déplorent les sociétés savantes.

Les filles se ferment ainsi très tôt les portes des métiers les plus prestigieux et les mieux rémunérés. Les associations le déplorent, désormais, « les mathématiques peuvent être réservées aux seuls élèves motivés, à un âge où les choix peuvent n’avoir que peu de lien avec l’orientation future. A cet âge, les jeunes gens, et en particulier les filles, sont plus exposées aux biais de toute sorte. Elles auraient besoin de plus de temps pour affermir leur choix. L’effet ultra-élitiste provoqué par l’absence des mathématiques du tronc commun et la restriction des choix disciplinaires en première induisent donc un déséquilibre majeur entre les filles et les garçons que nous avions malheureusement annoncé dès 2018, contre lequel toute la communauté mathématique essaie de lutter depuis de nombreuses années. »

Et le problème est plus large encore. La chute de l’apprentissage des mathématiques a été brutale pour les garçons de terminale aussi. 62 % d’entre eux étaient en terminale S avant la réforme, Ils sont moins de 50 % aujourd’hui. « Le recul des maths au lycée donne des sueurs froides au monde de l’ingénierie et du numérique » titrait l’Usine Nouvelle en fin d’année dernière. Le journal de référence de l’industrie notait « qu’environ 37% des élèves de terminale générale ont choisi la spécialité « mathématiques » à la rentrée 2021 contre 41% en 2020 » et la perspective d’une pénurie de talents suscitait des inquiétudes.


* L’APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public), l’association Femmes et mathématiques, la Société mathématique de France (SMF), l’Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques (UPS), les Irem (Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques) et l’Association pour la recherche en didactique des mathématiques (ARDM).

1 commenter

G 28 janvier 2022 - 23:35

Cette analyse est fausse. En effet, une terminale S n’est pas comparable à une terminale avec spé Maths. Il faut comparer à l’ensemble des combinaisons de spé scientifiques. Y compris la combinaison Physique+SVT, qui comporte 66% de filles. Si on fait cet exercice, scientifiquement rigoureux, on aboutit à…49% de filles.

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