Accueil Politique & SociétéÉducation L’éducation à la sexualité est « inégalitaire »… quand elle existe

L’éducation à la sexualité est « inégalitaire »… quand elle existe

par Marina Fabre
L'exposition Zizi Sexuel

L’exposition Zizi Sexuel

Le Haut Conseil à l’Égalité rend sa copie sur l’état de l’éducation à la sexualité en France et les résultats ne sont pas bons : un quart des écoles ne respectent pas la loi. A quinze ans, une fille sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris.


 

Éducation à la sexualité, où en est-on ? Dix mois après le lancement de l’étude du Haut Conseil à l’Égalité femme homme (HCEfh), chargé d’évaluer les dispositifs existants, c’est l’heure de la mise au point. « Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de répondre à tou.te.s les jeunes par des informations objectives, sans jugement ni stéréotype », rappelle Danielle Bousquet, dans son rapport de 136 pages remis mercredi 15 juin à la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, et à la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem.

Un rappel nécessaire au vu du bilan alarmant sur l’état de l’éducation à la sexualité en France : 25% des écoles interrogées par le HCEfh – 3 000 établissements publics et privés – ont admis n’avoir mis en place aucune action en la matière, malgré la loi qui les y oblige. En cause : un déficit de formation des enseignants sur le sujet, « un manque de moyens financiers, de disponibilité du personnel et la difficile gestion des emplois du temps », note le HCE.

« Seule une toute petite minorité » des 12 millions d’élèves ont bénéficié de séances annuelles d’éducation à la sexualité, alors que la loi en instaure 3 par an. Une application législative « parcellaire » et « inégale » sur le territoire, estime le HCE. En l’absence d’informations, les jeunes se tournent vers ce qu’ils connaissent le plus : internet. Mais les informations sont parfois erronés et pas vraiment adaptées au public.

« Une fille sur 4 âgée de 15 ans ne sait pas qu’elle a un clitoris »

Et forcément, cela a des conséquences directes sur la connaissance des élèves : une fille sur 4 âgée de 15 ans ne sait pas qu’elle a un clitoris. Pire, 84% des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors que 53% savent représenter le sexe… masculin. Un tabou sociétal autour de la sexualité féminine qui se répercute donc dans l’éducation à la sexualité, mais également les manuels scolaires, comme le notaient Les Nouvelles NEWS il y a quelques jours. Le clitoris est soit « oublié », soit « systématiquement mal représenté », expliquait Odile Fillod, chercheuse indépendante, et créatrice d’un clitoris en 3D.

Autre constat du HCEfh : la sexualité des jeunes est « profondément marquée par les rôles de sexe », rapellant ici la « double injonction » qui pèse sur les jeunes filles « de devoir se montrer désirables mais respectables ». Des stéréotypes dont souffrent également les garçons avec la valorisation d’une « norme de virilité », notamment une « appétence supposée naturelle pour la sexualité, associée à un « besoin sexuel ».

Toucher les jeunes via internet et la télévision

Les recommandations du HCE sont très nombreuses et s’articulent autour de trois grand thèmes : la promotion de l’égalité filles-garçons, la santé sexuelle et la réduction des risques, et enfin l’insertion socio-économique facilitée.

Il invite à « penser l’éducation à la sexualité dans un objectif d’égalité femmes-hommes et d’épanouissement personnel ». Pour cela, il préconise un état des lieux, via une « enquête nationale sur les comportements, les sources d’informations et les représentations des jeunes en matière de sexualité ». Une dimension nationale, insiste le HCE, notamment sur le pilotage des politiques en la matière. Il propose la création d’un.e délégué.e à l’éducation à l’égalité et à la sexualité, à temps plein, dans chaque académie : une manière de s’assurer de la « concrétisation des missions ».

Autre souhait : investir internet, source d’informations principales des jeunes. Cela permettrait une « information facile d’accès, gratuite, anonyme et discrète », note le HCE qui évoque également l’idée « d’applications mobiles gratuites ». Deux recommandations que va d’ailleurs mettre en place la région Île-de-France ; Valérie Pécresse ayant annoncé la veille la création d’un iPass contraception, un portail numérique rassemblant toutes les informations nécessaires aux jeunes Francilien.ne.s sur, prioritairement, la contraception.

Dans la même veine, le HCE se tourne vers la radio, le cinéma et la télévision qui ont « toujours joué un rôle sur l’éducation à la sexualité des adolescent.e.s », mais qui aujourd’hui manquent « cruellement » de contenus. Prenant exemple sur les pays nordiques, le Haut Conseil recommande la création de programmes pédagogiques à la télévision et à la radio, sur un ton décomplexé et humoristique. Le but : libérer la parole et informer « de façon massive les jeunes ».

 

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09 Aziza 16 juin 2016 - 11:07

Cette lacune est une véritable honte. Car ce que l’on peut enseigner aussi dans des cours d’éducation à une sexualité responsable, en même temps que la réalité et le fonctionnement des organes sexuels de chaque sexe, c’est le respect entre les sexes. Je l’ai fait avec des collègues(une médecin, un éducateur)…..au Canada, voici déjà plus de 40 ans! un groupe de j filles, un groupe de j garçons, puis les 2 ensemble. Au début , en mixte, les échanges étaient violents verbalement….puis , chacun et chacune a fait l’effort de dialoguer. Beaucoup de stéréotypes, mis en question peu à peu. séances demandant beaucoup d’énergie(on était jeunes!)Alors, le « manque de formation » derrière lequel s’abritent les enseignants français me pose question: sont ils ignorants sur leur propre sexualité d’adulte? leur propre corps? ne peuvent ils aussi se faire aider d’un médecin ou infirmière pour la partie « biologie »? Ce n’est pas si compliqué à mettre en place. et cela éviterait tant de malentendus, de drames, de grossesses adolescentes.

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