Accueil Economie Egalité professionnelle : le revers de l’index

Egalité professionnelle : le revers de l’index

par Isabelle Germain

Quatre salarié.e.s sur cinq pensent que leur employeur ne fait rien ou presque pour l’égalité salariale. Loin d’utiliser l’index de l’égalité pour s’améliorer, certaines entreprises le voient comme un passeport pour ne rien faire.

« La majorité des travailleurs en France (62%) n’ont vu aucun impact de [cet index] sur leur lieu de travail. » Alors que les entreprises de plus de 50 salarié.es doivent publier leur index de l’égalité prévu par une loi de 2018 , une étude réalisée par Glassdoor, révèle que cette loi n’a rien changé… Elle aurait peut-être même contribué à détériorer la situation en laissant planer beaucoup d’illusions.

Dans l’étude menée par Glassdoor auprès de 1000 salarié.es français.es mi-février, 46 % des hommes considèrent que cet index a amélioré la situation pour les femmes, mais les femmes ne sont que 30 % à partager cet avis. A la phrase « mon entreprise fait des efforts pour réduire les écarts de salaire », 25 % des hommes mais seulement 16 % des femmes disent un oui franc. Les perceptions concernant l’égalité professionnelle ne sont d’ailleurs jamais les mêmes chez les hommes et chez les femmes. (lire :DIRECTION D’ENTREPRISE : LES FEMMES DISENT OUI, ILS ENTENDENT NON)

L’index n’a pas aidé les femmes à surmonter leurs réticences à demander. 84% des femmes estiment mériter une augmentation, mais seulement 44% sont confiantes dans leur capacité à la négocier. 44 % des femmes déclarent ne pas être rémunérées équitablement pour leur travail contre 33 % des hommes.

La moitié des femmes (51 %) appréhende de discuter salaire avec leur hiérarchie (contre 44 % des hommes). Glassdoor note aussi que plus d’un salarié sur deux (53 %) est prêt à changer d’emploi pour obtenir une meilleure rémunération dans l’année à venir. « Dans un contexte de chômage au plus bas, où les salariés peuvent être en position de force pour renégocier leurs contrats de travail, la situation est potentiellement dangereuse pour les entreprises » prévient Glassdoor. Et en particulier pour celles qui ont un déficit de femmes aux postes de management.

Boomerang

Mais la question ne semble pas émouvoir beaucoup d’entreprises. L’index de l’égalité, qui avait été conçu pour inscrire les entreprises dans une démarche de progrès pour l’égalité professionnelle, se retourne contre les femmes.

Les critères à remplir pour les entreprises sont tellement faibles qu’il est très facile d’échapper aux sanctions.  Il suffit d’afficher 75 points sur son index pour ne pas avoir à mettre en place un plan d’action (Et les sanctions peuvent tomber seulement si l’entreprise, qui affiche moins de 75 points, n’engage pas de plan d’action.) Dès la création de cet index, la CGT notait : « Il sera possible de ne pas être sanctionné tout en ayant un écart de rémunération de 15% ! » (lire : EGALITÉ PROFESSIONNELLE : L’ART DE L’ESQUIVE SE COMPLIQUE)

Et dès la première édition de cet index, 83 % des entreprises étaient à l’abri avec plus de 75 points. Une majorité se sentaient d’ailleurs « larges » avec près de 100 points. Mais ces entreprises pouvaient avoir tous ces points tout en ayant des écarts de salaires de 10 % à poste et ancienneté égaux. Et en ayant quatre femmes parmi les dix plus hautes rémunérations même si ces femmes avaient les plus faibles rémunérations dans ce groupe de dix (et encore ! ce critère n’apportant que 10 points, elles peuvent ne pas le remplir et avoir 75 points).

Lire : INDEX DE L’ÉGALITÉ : CE N’EST QU’UN DÉBUT

Pour les 17 % de mauvais élèves, il a suffi de peu pour obtenir les 75 points. L’un des critères retenus pour obtenir des points dans cet index est d’augmenter les salariées à leur retour de congé maternité si des augmentations ont été données en leur absence dans leur service. Beaucoup ne le faisaient pas même si c’était une obligation légale depuis 2006, mais n’étaient pas sanctionnés.

La ministre Muriel Pénicaud, a l’origine de cette loi espérait enclencher un cercle vertueux poussant les entreprises à s’améliorer en regardant en face les chiffres des inégalités. Résultat : au lieu de se remettre en question, les entreprises se sentent confortées quand elles obtiennent quelques maigres 75 points qui ne garantissent en rien l’égalité.

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