Accueil Economie Egalité professionnelle : message reçu, actions à venir peut-être…

Egalité professionnelle : message reçu, actions à venir peut-être…

par Isabelle Germain

Eric Woerth, le ministre du Travail, a visité ce matin le siège de Sodexo, une entreprise parmi les plus exemplaires en matière d’égalité hommes/femmes. Même si la question a été éclipsée par les affaires en cours, le ministre a écouté le diagnostic. Mais ne propose pas encore de solution.


Elles s’excusent !

Les salariées de Sodexo, directrice des ressources humaines en tête, lui ont expliqué une des causes du blocage : les femmes ne demandent pas les promotions et les augmentations… ou avec moins de conviction que les hommes. Un des freins est la perception que nous avons tous de l’ambition professionnelle. Pour un homme, elle est considérée comme légitime. Pour une femme, elle est suspecte. Pour un homme, la réussite, c’est la réussite professionnelle tout court. Pour une femme c’est la réussite familiale avant la réussite professionnelle. Les femmes ont intériorisé ce schéma et se montrent bien moins revendicatrices que les hommes. Elles s’excusent d’avoir de l’ambition, comme dit le ministre. Et en général, reconnaît-il, les dirigeants en profitent bien.
Dans l’entreprise visitée par le ministre, ce sujet est pris très au sérieux : les femmes qui témoignent devant Eric Woerth affirment avoir été poussées à se former. L’une d’entre elles, embauchée comme employée de service il y a 15 ans, est aujourd’hui responsable de site. La direction des ressources humaines refuse d’examiner les promotions proposées par les managers si ces derniers n’inscrivent pas un nombre significatif de femmes parmi les candidats. Résultat : il reste encore des écarts de salaires et une sur représentation des hommes dans les postes de direction, mais elle est bien inférieure à la moyenne nationale. Les écarts de salaire sont encore de 5 % contre près de 20 % dans les autres entreprises.

Conciliation !

Deuxième cause d’inégalités : les difficultés pour concilier vie familiale et vie professionnelle. Le ministre parle crèche d’entreprise, les salariées répondent horaires de travail. Toutes expliquent que l’adaptation des horaires à la vie de famille est la clé de la résorption des inégalités. Pour l’employeur, la crèche d’entreprise est un système compliqué à mettre en place et pas forcément satisfaisant pour les parents et les bébés. Sodexo préfère opter pour les aides à la garde d’enfants via le CESU.

Globalement, le ministre n’a pas avancé beaucoup de solutions pour réduire les inégalités professionnelles. Il évoque, sans trop y croire, l’idée de sanctionner financièrement les entreprises qui ne réalisent pas de rapport de situation comparée entre hommes et femmes.

Eric Woerth a écouté, comme ses prédécesseurs l’avaient fait, mais la loi sur l’égalité professionnelle promise dès l’élection de Nicolas Sarkozy se fait encore attendre.

3 commentaires

Annie B 20 juillet 2010 - 06:27

Le projet de réforme des retraites enterre carrèment la loi qui devait sanctionner les entreprises ne menant pas des négociations professionnelles sur l’égalité salariale. En effet L’article 13 glissé dans le texte de la réforme sur les retraitesde ne concerne pas les retraites mais l’agalité salariale et prévoit seulement des sanctions s’il n’y a pas de rapport sur les inégalités au lieu des sanctions prévues et annoncées sur l’absence de négociations sur l’égalité salariale. Beau tour de passe passe comme le pointe la pétition initiée par le Laboratoire de l’Egalité http://www.laboratoiredelegalite.wordpress.com/petition/

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agnes.maillard 20 juillet 2010 - 12:51

Merci beaucoup pour la précision, Annie, elle est effectivement importante!

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Zoé 22 juillet 2010 - 07:53

C’est parfaitement scandaleux : face à l’enjeu majeur des retraites des femmes, le projet de loi prévoit un dispositif de sanction de l’absence de diagnostic en matière d’égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes(ce rapport est obligatoire pour les toutes les entreprises de + de 50 salariés). Mais pour le gouvernement « compte tenu des moyens plus limités dont les entreprises de moins de 300 salariés disposent pour établir un diagnostic » (!), le projet de loi prévoit que la sanction ne s’applique qu’aux entreprises d’au moins 300 salariés soumises à l’obligation d’établir un rapport de situation comparée. Quand on sait que 2/3 des emplois salariés en France sont dans des entreprises de – de 250 salariés, on comprend à quelle point la question des retraites des femmes et de l’égalité professionnelle passe loooooiiinnnn au-dessus des préoccupations de ce gouvernement !

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