Accueil MédiasBruits et chuchotements «Elle est tuée», «elle tue…» de l’utilisation sexuée de la forme passive/active

«Elle est tuée», «elle tue…» de l’utilisation sexuée de la forme passive/active

par La rédaction

Les journaux utilisent encore souvent la forme passive pour évoquer des féminicides, et la forme active quand une femme agresse son compagnon. Invisibilisant ainsi la violence machiste. Mais cette tendance semble baisser…

L’autrice du média « preparez_vous_pour_la_bagarre »* a été frappée par deux titres de presse publiés à deux jours d’intervalle. Le premier, qu’elle a repéré sur Europe1 : « Yvelines : une jeune femme de 18 ans égorgée, son conjoint placé en garde à vue ». Le second a été publié par Lyon mag : « Une Lyonnaise poignarde son conjoint dans le hall de gare.» Quand l’homme est accusé d’avoir tué la femme, la forme passive est employée. Quand une femme est accusée de tentative de meurtre, la forme active est utilisée. Et cette différence de traitement n’a rien à voir avec le respect de la présomption d’innocence. Elle est davantage le fruit d’un travers de la presse française qui pratique souvent l’inversion de culpabilité quand il est question de violences machistes.

Lire notre DOSSIER VIOLENCES et en particulier #LESMOTSTUENT 

Cependant, certains journaux commencent à évoluer. Concernant la première information, la formulation, provenant d’une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) a certes été reprise par d’autres journaux qui ont conservé la forme passive comme ici l’Est- Républicain : « Femme de 18 ans tuée d’un coup de couteau à la gorge : son compagnon mis en examen » ou encore Le Figaro. Mais d’autres journaux commencent à appeler un chat un chat et à employer la forme active en parlant du présumé coupable. Le Parisien utilise même le mot « féminicide » : « Féminicide dans les Yvelines : il égorge sa compagne de 19 ans dans l’appartement familial ». La Dépêche garde la forme passive mais contextualise ce que les journaux continuent d’appeler un « fait divers » : « c’est le 83e féminicide depuis le début de l’année en France »

En revanche pour la deuxième information, les journaux adoptent la forme active. Ici Cnews : « elle poignarde… », ou là France Bleu : « Une femme poignarde son compagnon… » 

La qualification des faits par les médias minimise un fait de société auquel la politique ne s’attaque pas suffisamment : la violence machiste.

Lire :  12 PROPOSITIONS DE GENRE ET STATISTIQUES POUR EN FINIR AVEC L’INSÉCURITÉ, par Lucile Peytavin, autrice de Le coût de la virilité.

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* Rose Lamy est l’autrice de Défaire le discours sexiste dans les médias aux éditions JC Lattès 2021

 

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