À la piscine, les violences sexistes et sexuelles se multiplient. Récemment, Virginie Grimaldi a pris la parole pour dénoncer un cas d’exhibition sexuelle dans une piscine à Biarritz. La romancière est depuis la cible d’un tsunami d’insultes sexistes.

Alors que les médias ont récemment découvert le phénomène du « mansplashing » – ces hommes qui prennent toute la place dans les couloirs de nage et qui ne se soucient pas d’éclabousser les autres nageurs et nageuses -, l’écrivaine Virginie Grimaldi dénonce l’exhibitionnisme sexuel dont elle a été témoin dans une piscine à Biarritz.
« J’ai dit au maître-nageur : ce monsieur était en train de se m… »
Les faits remontent au 21 mars dernier, dans la piscine de l’hôtel Sofitel Miramar de Biarritz, comme le révèle le média ICI Pays Basque. Virginie Grimaldi y passait des vacances avec son mari et ses enfants. Dans un post Instagram, datant du 12 avril, la romancière témoigne : « Après une journée à se balader, on a amené les enfants à la piscine de l’hôtel. C’est une piscine chauffée avec des jets massants. [Les enfants] passaient à côté d’un homme dont je ne voyais que le dos. (…) Pendant les vingt secondes nécessaires pour rejoindre mon fils à la nage, je ne l’ai pas quitté des yeux », rapporte-elle, sidérée.
Âgé d’une soixantaine d’années, cet homme est un chef d’entreprise et actionnaire du club de rugby l’Aviron Bayonnais, comme le rapportent plusieurs médias. Virginie Grimaldi se souvient de toute la scène : « Il se trouvait pile en face d’un jet massant, le va-et-vient rapide avec son bras pouvait correspondre au limage d’une pièce. (…) Arrivée à sa hauteur, toujours sidérée, j’ai failli me taire. Je ne voulais pas alerter les enfants et surtout pas gêner cet homme. Le pauvre, j’ai pensé. Il va avoir honte. J’ai détourné le regard, pour ne pas le mettre mal à l’aise. Et puis la colère a pris le dessus ».
Elle interpelle alors l’homme : « Monsieur, qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? Vous n’allez pas bien ». Il aurait alors « nié mollement et expliqué qu’il regardait tout simplement un match de rugby [sur son téléphone, placé face à lui] ». La romancière ajoute : « Le maître-nageur est arrivé au moment où il sortait, son short ouvert flottant sur ses hanches. (…) J’ai dit au maître-nageur : ce monsieur était en train de se m… ».
Pour que la honte change de camp
L’affaire ne s’arrête pas là. Virginie Grimaldi signale cette exhibition sexuelle au maître nageur, qui lui confie « qu’il avait surpris plusieurs fois ce type à poil dans le sauna, malgré ses demandes de se vêtir ». La romancière a déposé une plainte auprès de la police nationale de Biarritz. Si le mis en cause conteste les faits, le parquet de Bayonne confirme l’ouverture d’une enquête préliminaire pour exhibition sexuelle. Pour rappel : l’exhibition sexuelle dans un lieu public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende.
Mais la prise de parole de Virginie Grimaldi se solde également par une vague d’attaques sexistes à son égard. Sur Facebook, elle expose le « florilège de commentaires ». On peut par exemple lire : « C’est ça la différence homme femme, moi si une dame le fait à côté je vais pas porter plainte », « Elle n’avait qu’à tourner la tête. Il faut arrêter, ou rester chez soi » ou encore « C’est devenu la grande mode de porter plainte aujourd’hui, je suis en train de me demander à qui je pourrais m’en prendre pour avoir un chèque moi aussi ». À cela s’ajoutent les propos sexistes de l’homme mis en cause, qui qualifie la romancière de « folle ». Un refrain, qui commence à être bien connu, pour décrédibiliser la parole de celles qui dénoncent les violences patriarcales.
Dans un second post Instagram, datant du 3 juillet, Virginie Grimaldi ajoute : « Il dit qu’il dispose d’un certificat médical pour prouver qu’il s’adonnait à des exercices pour son arthrose. Version différente de celle qu’il a donnée sur le moment devant trois personnes. J’ai par ailleurs reçu un message m’informant qu’il avait fait les mêmes exercices devant une jeune fille de douze ans ».
« J’ai hésité à donner une suite, admet Virginie Grimaldi. J’ai pensé qu’une plainte était inutile, parole contre parole il ne risque rien. Puis j’ai pensé à l’affaire Pelicot, et à cet autre pervers que je n’ai pas osé dénoncer il y a vingt ans, ce que je regrette encore », confie-t-elle sur Instagram.
Contre l’injonction au silence, la romancière tente de « chasser ce sentiment, mais il me colle aux basques, parce que c’est comme ça qu’on nous élève, nous, les femmes ». Des pensées intrusives, limitantes, inculquées par un système patriarcal, afin de museler la parole des femmes : « Le pauvre, je vais le mettre mal à l’aise. Le pauvre, il avait l’air si gêné. Le pauvre, ça va peut-être détruire sa vie ». Désormais, face aux hommes qui s’accaparent et souillent l’espace public, Virginie Grimaldi brise le silence.
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