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Où est le communautarisme ?

par Isabelle Germain

tous communautaristesMinorités visibles, homos, femmes… Lorsque ces groupes luttent contre les discriminations dont ils sont l’objet, la tentation est grande de leur reprocher une forme de communautarisme. Seul l’homme blanc hétéro échappe à ce phénomène. Et si le communautarisme n’était pas là où on croit ? 


  

Il en va aujourd’hui du communautarisme, des logiques de réseaux et des lobbys, comme du prix de l’immobilier ou des vacances des Français. Les médias en font régulièrement leur une. Devenu la marotte des hebdos, L’Express, Marianne et Le Nouvel Observateur en tête, ce sujet vendeur permet d’évoquer, à mots feutrés, le pouvoir de quelques communautés et groupes d’intérêts dont les membres se coopteraient afin de décrocher les postes clés avec, en ligne de mire, le désir de prendre le pouvoir. À la lecture de ces articles, beaucoup peuvent légitimement se dire, « je suis exclu de ces communautés donc je ne pourrais jamais bénéficier des mêmes avantages. » 

Femmes, minorités visibles, homos, tous communautaires ! 

Le phénomène n’est pas nouveau. Autrefois juifs, Auvergnats et Bretons étaient suspectés de dérive communautariste, aujourd’hui, avec les gays et les minorités visibles, les cibles bougent mais la logique reste la même. Au départ, chacun comprend l’intérêt de vouloir se protéger des discriminations éventuelles et de lutter contre. L’objectif semble louable. Mais très vite la quête d’entraide et de solidarité, la « face lumineuse » comme la nomme Le Nouvel Observateur, laisse la place à la « part d’ombre : privilèges, passe-droits et copinage. ». Une fois que la population en question devient plus visible, un doute survient alors, et si elle n’agissait que pour ses seuls intérêts faisant fi des valeurs universelles qui fondent notre société, en particulier celles de liberté et d’égalité. Les gays seraient ainsi passés de la défense de la diversité et de la légitime lutte contre les discriminations, à une « dérive communautaire, du noyautage du ministère des Affaires étrangères à leur position monopolistique dans le milieu de la mode » qui, selon l’hebdo de gauche « peut irriter ». Noyautage, position monopolistique, comparses, fonctionnement secret, cercle souterrain, milieu, tous les poncifs sont repris dans l’article du magazine. Un témoin, anonyme, décrit « le mode de vie du gay parisien qui a du pouvoir » : vernissages, Opéra, défilés de mode, la salle de gym chic, ou réunion à Matignon. « Ca crée des liens, une sympathie.», À l’instar d’Alain Piriou, ancien responsable associatif aujourd’hui consultant autour des questions de non-discrimination et de promotion de la diversité, certains y voient une forme de stigmatisation de quelques populations composées d’êtres à part, défendant leurs seuls intérêts et des droits spécifiques. « En réalité, à laisser entendre que le pouvoir serait sous leur influence, ces réseaux contribuent à alimenter une homophobie aux allures d’antisémitisme (« ils ont tout, et nous rien ») et à accréditer l’idée d’une spécificité homosexuelle qui justifierait la discrimination », argumente-t-il dans son blog. Autre exemple : revendiquer une place plus juste du rôle des femmes dans l’histoire serait aussi synonyme de dérive communautariste, comme le soulignait une étude réalisée par le Conseil économique et social en 2004. Une grande communauté puisque composée de 52 % de la population française !

Des raisons de craindre le communautarisme
 

Pourtant, nul n’ignore la gravité d’une telle accusation en France, pays qui s’est construit sur l’idée d’égalité et où chacun doit se sentir appartenir à une nation. Dans l’article premier de la Constitution de la Cinquième République est spécifié que : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » En conséquence, l’État-nation français, contrairement aux États-Unis et au Royaume-Uni, s’oppose fermement à une reconnaissance de minorités nationales et des populations minoritaires en France. C’est au nom de cette égalité, qu’Elisabeth Badinter protestait il y a une quinzaine d’années contre la parité hommes-femmes en politique qui, disait-elle, était un renoncement à l’égalité citoyenne et la fin de la République française : « Se détourner de l’universel pour entrer dans le différentialisme, même si c’est celui, biologique, des sexes, est extraordinairement dangereux. La menace du communautarisme pèse sur notre société ». Très engagée sur la question, la philosophe écrivait encore récemment à propos des statistiques ethniques : « Obliger quelqu’un à se définir par rapport à son origine, c’est le figer dans une identité. » Certes, un des risques du communautarisme est d’empêcher ou de freiner l’émancipation des individus vis-à-vis de leur communauté d’origine. Mais pourquoi présumer de communautarisme chez une population dans son entier, quelle qu’elle soit ? Cela suppose de la part des minorités visibles par exemple, l’intention d’ethnocentrisme ou de la part des homos celle de sociocentrisme avec comme but avéré de se fermer sur soi, d’envisager la communauté et ses réseaux comme l’unique perspective. Ce qui risquerait en effet de mettre en péril l’homogénéité de la société et remettre en cause les fondements de la nation. 

Pourquoi porter une telle accusation ?

Qui peut aujourd’hui objectivement accuser une population entière de cultiver ce dessein ? Il ne suffit pas d’aligner quelques noms appartenant à telle ou telle prétendue communauté pour démontrer une théorie. Certes, des formes de communautarisme existent, il s’agit en grande partie de groupes minoritaires et extrémistes issus des trois religions monothéistes. C’est là que s’exprime le plus souvent l’idée d’un monde manichéen, avec les bons issus de la communauté à laquelle on appartient, et le reste du monde. Peut-on pour autant amalgamer ces communautarismes jugés dangereux pour l’équilibre de notre société avec les réseaux composés de femmes ou de noirs par exemple ? Ces réseaux fonctionnant plus sur la base d’affinités que sur une l’idée d’appartenance identitaire. Les polytechniciens ou des adhérents du club de boule lyonnaise de Vierzon, ne se cooptent-ils pas dès qu’ils en ont l’occasion ? Il existe d’ailleurs des clubs et cercles depuis des siècles, autrefois exclusivement réservés aux hommes. Aujourd’hui, appartenir à un réseau social via le web ouvre parfois des portes à ceux qui le souhaitent. S’agit-il d’une communauté dont il faudra se méfier ? On peut en douter car finalement, le communautarisme le plus efficace de notre société n’est-il pas plutôt celui exercé par les hommes, blancs, hétéros, issus des milieux les plus favorisés ?

Yves Deloison

 

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9 commentaires

9 commentaires

Eline 4 août 2009 - 10:47

Très bien vu ! J’ai hâte d’en lire plus sur ce communautarisme des hommes blancs, hétéros, issus des milieux favorisés. C’est excellent de mettre le doigt là dessus. C’est la constatation de base, avant même de commencer à parler par exemple des réseaux de femmes dans les entreprises, ou des quotas féminins aux comités de direction du CAC 40. On peut être d’accord avec Elisabeth Badinter sur le plan intellectuel et constitutionnel mais pour autant, il faut être pragmatique!

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AdH 14 août 2009 - 11:58

Tant il est vrai qu’en général, la « pragmatique » de cette mouvance contredit sa base théorique intellectuelle, républicaine et constitutionnelle ! Donc oui, on peut être d’accord avec Elisabeth Badinter et faire preuve de pragmatisme : on est alors en plein dans ce qu’on appelle la malhonnêteté intellectuelle.

Définir les noirs en tant que « communauté » a autant de sens que définir les femmes comme une « minorité sociale » : c’est un non-sens du point de vue scientifique et critique (citoyen ?).

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Jean-Michel 29 octobre 2009 - 09:18

C’est marrant : personne n’a porté plainte quand les hommmes étaient systématiquement choisis quelles que soient leurs compétences. De la timidité ?

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henry 3 novembre 2009 - 15:44

Malheureusement ce n’est pas en nivellant par le bas qu’on arrive a qqechose de positif : le dessin « burqa » me parait plus que « douteux »! — heureusement aujourd’hui c’est une ecrivainE « sage » qui remporte le Goncourt… une belle image (surtout quand on la compare a B…… , cet auteur qui brille par sa mediocrite)

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Jean Pierre Gythiel 24 novembre 2009 - 14:13

Nous faisons tous partis de communautés (regroupements d’individus) réunis par une même passion,par une religion, par le travail, en association d’anciens, en syndicats etc…) S’agit-il pour autant de communautarisme ? S’en rendre compte c’est déjà être sur ses gardes et accepter d’appartenir à des groupes différents où chacun a le droit de s’exprimer, de contester … Accepter d’êtres différents, c’est cela la démocratie …

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nom 2 mars 2010 - 12:42

Sujet à controverse :

« minorité » => « minorité visible » versus « minorité invisible »

exemple de « minorité » qualifiée de « visible » => « femme »

exemple de « minorité » qualifiée d’ « invisible » => « homosexuel »

Questions :

En quel honneur la « femme » est-elle considérée en tant que « minorité » ?

Au nom de qui ? De quoi ?

Qui voit les choses ainsi ?

Qui a décrété cela ?

D’où viennent-ils ?

Qui sont-ils ?

Leur vision/conception du monde est-elle juste ?

Sont-ils justes ?

Où sont-ils ?

Où se cachent-ils ?

Seraient-ils invisibles ?

DEMANDE REPONSE MERCI

En quel honneur la « femme » est-elle considérée en tant que « minorité » ?

La terminologie utilisée se fonde-t-elle sur des valeurs qualitatives ou quantitatives ?

Que signifie précisément le terme qu’ils emploient : « minorité » ?

Quel est le sens réel de ce terme ? Le sens exact, précis ?

Quelle insinuation ?

L’utilisation de ce terme est-elle juste ?

Quelle vision implicite du monde ce terme sous-tend-il, sous-entend-il ?

Est-ce juste ?

DEMANDE ECLAIRAGE

RAPIDE

MERCI

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humain féminin 10 février 2011 - 09:48

Pour répondre, trés tardivement…
Le terme minorité en sociologie signifie: Les personnes dites minoritaires ne le sont pas d’un point de vue statistique. D’après Didier FASSIN et Eric FASSIN in « De la question sociale à la question raciale », ce qui définit la minorité est l’assujettissement d’un rapport de pouvoir et l’expérience partagée de la discrimination

Par cette définition, les femmes sont bel et bien une minorité.

Ce terme est-il juste? Il dénonce un fait, une réalité. Bien que la loi déclare les citoyens égaux en droits, nous savons que dans la pratiques, certains le sont beaucoup plus que d’autre. Effectivement, ce sont les hommes, blancs, hétéros, de culture judéo-chrétienne, de classe moyenne supérieure, pas trés jeune (typique de notre assemblée nationale). Ceci s’explique par l’histoire

L’égalité de 1789, bien que déclarée, a exclu de facto un certain nombre de personne : les femmes, les indigents (personnes pauvres), les indigènes (territoires colonisés).
Ce régime politique déclaré universel a ainsi écarté la grande majorité de la population. L’égalité a été, dès son origine, imaginée par et pour une minorité de privilégiés . Ceci s’explique par une certaine conception de l’égalité.
– Le principe de l’universalité républicaine : La république étant une et indivisible, les citoyens en son sein ne sont ni sexués ni racisés. Dans cette perspective, le « citoyen français » est un concept, il ne correspond pas à l’image réelle de la population.

– La citoyenneté capacitaire : Pour accéder à la citoyenneté, il fallait faire la preuve de ces pleines capacités mentales et physiques. Selon les philosophes politiques de l’époque, femmes et indigènes ne pouvaient accéder à cette citoyenneté : les premières parce que beaucoup trop soumises à leurs pulsions naturelles, les seconds en raison d’un manque de civilisation.

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09 Aziza 30 septembre 2014 - 16:21

Mme Badinter fait partie de ces personnes qui se déclarent « féministe » pour mieux écraser les femmes…
Il est certain que vu sa notoriété (procurée partiellement par le nom de son mari?? »), son niveau d’études et de diplômes, et ses moyens financiers, elle n’a jamais rencontré concrètement les problèmes de la majorité des femmes: sous-emploi, double journée, harcèlement, etc….Ce qui était aussi le cas de S;de

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09 Aziza 30 septembre 2014 - 16:23

pourquoi le reste de mon commentaire est il passé à la trappe????

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