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Féminicide, l’essor d’un nouveau concept

par La rédaction

A l’approche de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, le terme de « féminicide » fait surface. En France, le père de Cassandre Bouvier, tuée en Argentine l’été dernier, se bat pour faire entrer cette notion dans le droit pénal. Retour sur ce combat, mais aussi sur celui de l’éducation à l’égalité et sur l’implication des hommes, avec Olivia Cattan, présidente de l’association ‘Paroles de femmes’.

 

Les Nouvelles NEWS : ‘Parole de femmes’ soutient Jean-Michel Bouvier pour faire reconnaître dans le droit français la notion de féminicide. Pourquoi cette démarche ?

Olivia Cattan : Il faut soutenir ce père, qui a perdu sa fille dans des conditions terribles. C’est une façon pour lui de conserver la mémoire de sa fille et d’Houria. C’est un combat qui lui semble juste, et que je trouve juste également. Le féminicide a été adopté par plusieurs pays en Amérique du Sud (voir encadré). Je trouve que faire entrer cette notion dans le droit serait très symbolique pour la France, où les chiffres des violences contre les femmes restent trop élevés, qu’il s’agisse de harcèlement, d’agression, de meurtre, de viol… Ce serait aussi une façon de montrer que ces crimes sont particuliers. Quand on tue une femme, qu’on la viole, on s’en prend à son intégrité physique.

Une notion à définir

 

Cassandre Bouvier, 29 ans, et Houria Moumni, 24 ans, ont été violées et tuées en juillet 2011, alors qu’elles effectuaient une randonnée dans le nord de l’Argentine. Le père de Cassandre, Jean-Michel Bouvier (lire son portrait dans Libération), se bat depuis lors pour introduire dans le droit pénal français la notion de féminicide, qu’il définit comme « le fait de battre, violer et assassiner une femme ».

Une notion qui reste difficile à définir. Au Pérou, la ministre de la Femme, Aida Garcia Naranjo, vient d’annoncer que le féminicide sera intégré dans le nouveau code pénal. Mais l’approche est différente : le féminicide serait une circonstance aggravante pour le meurtre d’une femme commis par un conjoint ou ex-conjoint, un partenaire ou un ex-partenaire. Dans le droit français, le mot n’existe pas mais le principe est le même : le fait d’être le ou l’ex conjoint ou concubin est une circonstance aggravante en cas de crime ou de délit.

Selon la ministre péruvienne, 6 autres pays latino-américains – le Chili, le Costa Rica, la Colombie, le Salvador, le Guatemala et le Mexique – ont déjà fait du crime contre les femmes une qualification distincte.

On peut objecter que parler de féminicide est une façon de victimiser les femmes, de les inférioriser…

Bien sûr, nous comprenons ce débat. On ne veut pas victimiser les femmes, cela n’a jamais été notre propos. Mais je suis persuadée qu’il faut une approche spécifique pour faire reculer les violences. Nous plaidons aussi, en recevant les mêmes critiques, pour des tribunaux spécifiques pour juger les violences faites aux femmes. Il y a bien des tribunaux de commerce, des tribunaux pour enfants… parce que ce sont des situations spécifiques pour lesquelles tous les personnels doivent être formés, y compris les juges. Quand vous allez dans un commissariat déposer une plainte pour violence conjugale et que la police n’est même pas au courant de la loi de 2010, on ne peut que constater qu’il y a un problème. Mais bien sûr il ne suffit pas d’un arsenal juridique. La lutte est globale et passe d’abord par la prévention.

‘Paroles de femmes’ mène justement des actions de prévention dans les collèges et lycées. Sentez-vous une évolution des comportements chez les jeunes ?

Pas vraiment, malheureusement. Sur une année, quand nous revenons plusieurs fois dans un établissement, on peut voir que les propos et les comportements changent. Mais il faudrait pouvoir mener partout ce travail de longue haleine. On ne peut que constater une très grande violence entre garçons et filles ; beaucoup d’insultes, du harcèlement, des agressions… Et parfois, même, les filles répondent à la violence par la violence. Elles créent des petits gangs, cela peut alors aller très loin.

J’ai fait, par ailleurs, des interventions en centre de détention, où se trouvent des violeurs qui ont entre 13 et 17 ans. Et ce qui m’a le plus marqué, c’est à quel point ils n’ont pas pris la mesure de ce qu’ils ont fait. Je m’attendais à voir des jeunes très violents, et pas du tout, ce sont des enfants ; des enfants qui pensent que ce qu’ils ont fait n’est pas grave. Il y a toute une éducation à faire.

Une nouvelle campagne lancée par votre association à l’approche de la journée internationale contre les violences faites aux femmes implique justement les hommes…

Bien sûr, il faut répéter que n’est pas qu’une affaire de femmes. Il y a beaucoup d’hommes qui s’investissent dans les associations. La moitié des membres de ‘Paroles de femmes’ sont des hommes. A l’inverse, d’ailleurs, certaines femmes n’ont rien à faire du droit des femmes, sont même misogynes. C’est n’est pas une question de guerre des sexes, de vouloir placer les femmes au dessus des hommes : c’est une question d’égalité des droits. Les femmes méritent le même salaire que les hommes, et elles méritent qu’on respecte leur intégrité.

 

 

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33 commentaires

33 commentaires

Sophie Maréchal 23 novembre 2011 - 18:31

Je comprends le combat pour la reconnaissance du caractère aggravant des crimes sexuels touchant des femmes, mais créer une catégorie spéciale comme féminicide, là j’ai du mal à suivre. Et après, on va créer le terme d’arabicide pour souligner le caractère particulier des meurtres d’arabes ? Africanicide pour les crimes qui visent les africain ? etc.. Le terme d’homicide veut dire ce qu’il veut dire, tuer un être humain.

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soso 23 novembre 2011 - 19:04

la dèfinition de la civilisation

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De profundis 23 novembre 2011 - 19:06

Sophie, les féminicides sont des crimes particuliers qui correspondent à un phénomène social : la domination masculine. On zigouille les filles intra utéro ou à la naissance dans des pays comme l’Inde. Une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les 1,5 jours en France. Après le tremblement de terre en Haïti, les femmes lâchées hors de leur domicile ont été violées et tuées… On parle de crime raciste par exemple car il est provoqué par un climat général de racisme, pourquoi ne pas parler de crime sexiste provoqué par le mépris généralisé des femmes ?…

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Ninhursag 24 novembre 2011 - 08:39

Il est grand temps de se pencher sur le fléau qu’est la pornograhie, à laquelle les jeunes accèdent de plus en plus tôt. C’est l’école de la haine des femmes, là où les gamins apprennent que frapper une femme, la violer donne beaucoup de plaisir au bourreau et à sa victime. Comment expliquer que des gamins qui sont à peine pubères aient de telles pulsions de violence sexuelles si ce n’est parce qu’ils ont subi un véritable « lavage de cerveau » en visualisant des documents pornographiques d’une grande violence et cruauté, cela annihilant certaines zones de leur cerveau. Il y a des études en cours sur le sujet, principalement aux USA. Qu’attend on en France pour faire de même ? Est-ce que l’on va laisser l’industrie de la pornographie continuer ses ravages ? Il faut réagir. Que les politiques se penchent sur la question. Que des études soient faites afin de prouver que la pornographie est loin d’être innofensive.

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Lora 24 novembre 2011 - 10:19

Tout à fait d’accord avec vous Ninhursag. Si les images étaient sans effet sur les spectateurs, les publicitaires se donneraient-ils tant de mal?

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Seb. 24 novembre 2011 - 15:44

@De profondis, comme Sophie ne ne voit pas quel serait l’intérêt juridique d’une telle notion. Tuer un être humain est suffisamment grave pour qu’il n’y ait pas lieu de distinguer entre hommes et femmes, blanc, noir, arabe… musulman, juif, catholique… Ensuite, si le but est de sanctionner un mobile meurtrier particulier, fondé sur une volonté discriminatoire, cela existe déjà a travers le système des circonstances aggravantes. Si votre souhait est tout autre… eh bien je suis contre. Il n’y a aucune raison que tuer une femme soit plus puni que tuer un homme. Nous sommes, hommes et femmes, des citoyens égaux devant la loi, que la loi doit protéger de la même manière. Par ailleurs, une telle mesure serait encore d’une efficacité limitée dans la mesure où peu de criminels ouvrent leur code pénal avant de passer à l’acte. On aussi sait très bien que pour les crimes, dès lors que le mobile économique n’est pas le mobile principal, que l’augmentation de la répression n’a plus d’effet dissuasif.
Concernant l’article, je suis un peu mal à l’aise par rapport à la description des jeunes violeurs en centre de détention. Déjà en soit s’attendre à voir des « jeunes violent » atteste d’une méconnaissance du phénomène criminel en général, et du viol en particulier. Et, les violeurs, mineurs comme majeurs, ont chacun un degré propre conscience de la gravité de leur acte, qu’ils avouent ou extériorisent ensuite plus ou moins… mais tous les jeunes violeurs n’ont pas, à l’origine, le même degré de conscience de leurs actes, et en détention, cela dépend encore du travail qu’il ont effectué sur eux même. Donc, il serait intéressant d’éviter de propager des contre-vérités sous prétexte d’en dénoncer d’autres.

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Lili 24 novembre 2011 - 19:41

Des tribunaux pour les femmes… 😡
Tant qu’a faire je propose qu’on revienne aux écoles de filles. Ainsi la violence entre les sexes à l’école diminuera…
J’aime bien tous ces gens qui pensent qu’économiser l’effort de traiter les femmes à l’égal des hommes en créant des structures « spécial pour elles » ça fait avancer… Quelle combativité !!! lol

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Lora 26 novembre 2011 - 08:35

« Seb. »
http://www.franceinfo.fr/justice-femmes/le-plus-france-info/le-feminicide-doit-il-vraiment-etre-reconnu-par-le-droit-francais-455745-2011-11-25

Extrait de cet article :

« Faut-il donc songer à inscrire le féminicide dans notre code pénal ? Aux yeux du juriste Antoine Garapon, magistrat et responsable de l’institut des Hautes Etudes sur la Justice, ce n’est pas souhaitable. La notion est encore floue, anticonstitutionnelle, car elle distingue les hommes et les femmes qui sont pourtant sur un pied d’égalité en droit français.

Ok, mais pourquoi alors existe-il une qualification de crime raciste, qui est aggravante? Les noirs (exemple) et les blancs sont pourtant sur un pied d’égalité en droit français.

Je suis pour qu’il existe une reconnaissance du féminicide, parce qu’il s’agit justement des crimes qui touchent spécifiquement les femmes. Donc, ce serait un signal clair : tuer une femme parce que c’est une femme, c’est un crime + l’expression ultime de la misogynie.
Ca peut faire partie des mesures qui visent à arriver à l’égalité.

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Seb. 26 novembre 2011 - 16:04

@Lora 1
Le racisme est une circonstance aggravante du meurtre, ou de la violence. C’est à dire que pénalement il n’y a pas d’autonomie du crime (ou de la violence) raciste, c’est le crime en lui même et pour lui même qui est puni. La circonstance du racisme est une circonstance aggravante, un mobile particulier, qui permet de punir plus sévèrement que pour crime « ordinaire ». Le fait d’attenter à la vie de son conjoint (concubin ou partenaire) est déjà une circonstance aggravante, donc je ne vois pas ce quel est intérêt de cette notion de féminicide. Il me semble que derrière ce concept, il y a la volonté de rendre le meurtre d’une femme plus grave que le meurtre d’un homme. Et là je dis non, une vie est une vie.

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Seb. 26 novembre 2011 - 16:05

(suite ) @Lora 2
Je suis déjà pas très enthousiaste par toutes ces circonstances aggravantes : meurtre sur mineur de quinze ans, sur ascendant légitime, naturel, ou adoptifs, sur personne vulnérable, sur un magistrat, un juré, un avocat, un officier ministériel ou public, sur un militaire, sur un gendarme, sur un policier, un douanier, sur un agent pénitentiaire ou toute autre personne dépositaire de l’autorité publique, sur un pompier, sur un gardien assermenté d’immeuble, un agent de gardiennage ou de surveillance, sur le conjoint, les descendants, sur tout autre personne vivant habituellement au domicile, sur les agents de transport public ou sur toute autre personne chargée d’une mission de service public, sur un professionnel de santé, sur une victime, témoin ou partie civile d’un procès, en raison de l’appartenance réelle ou supposée de la victime à une ethnie, nation, religion déterminée, en raison de son orientation sexuelle, par des personnes agissant en groupe, par le conjoint, le concubin, le partenaire de la victime.
Au final, si quelqu’un a une envie irrépressible de tuer, mieux vaut pour lui qu’il s’en prenne à un blanc, athée, en bonne santé, qui ne soit ni trop vieux, ni trop jeune, qui ne soit pas fonctionnaire, qui ne travaille pas dans les transport publics ou la santé, la sécurité ou le gardiennage, et avec qui il n’a aucun lien de famille, ni précédent judiciaire. Il risquera moins. C’est une boutade. Plus sérieusement, je trouve qu’il y a quelque chose d’indécent et d’inutile dans cette hiérarchisation des victimes. Pour moi toutes les victimes de meurtre se valent, et lorsque un crime est particulièrement odieux un juge peut tout à fait condamner à la peine maximum. Et c’est inutile car un meurtrier n’est pas dissuadé par ce genre de considération.

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Lora 26 novembre 2011 - 17:39

@ Seb

« Seb. »
@Lora 1
Le racisme est une circonstance aggravante du meurtre, ou de la violence.

Et le sexisme doit être une circonstance aggravante du meurtre, ou de la violence.
Qu’est ce qui vous choquerait si c’était le cas?

Et le féminicide ne s’appliquerait pas, loin de là, rien qu’au meurtre de femmes par leur (ex) compagnon. Les crimes « d’honneur », les meurtres de prostituées ou d’inconnues…

Il n’y a pas de volonté de rendre les crimes contre les femmes plus graves que ceux contre les hommes, il y a la volonté de rendre visible le système de domination masculine qui permet que des hommes punissent de mort une femme parce qu’elle est une femme et qu’ils pensent qu’elle leur appartient.

Qu’un meurtrier en puissance ne soit pas dissuadé, c’est possible, mais une loi est faite pour dire le droit, pour dire ce qui est éthique, elle a aussi une fonction éducative, elle n’est pas là pas pour faire peur aux futur-e-s contrevenant-e-s.

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Seb. 27 novembre 2011 - 08:34

@Lora 1
Mais le meurtre d’une personne par son conjoint, son concubin, ou partenaire est déjà une circonstance aggravante, quand bien même ce serait un ex conjoint, concubin, ou partenaire.

Par ailleurs, je suis contre les circonstance aggravantes car pour moi un meurtre est un meurtre, une vie est une vie. Je ne crois pas qu’il soit moins grave de tuer une personne pour de l’argent, que de tuer une personne parce qu’elle est irlandaise. Lorsque l’on regarde les circonstances aggravantes au final cela concerne pratiquement la majorité des victimes potentielles. Et pourquoi les commerçants, les artisan, les paysans ou les jardiniers n’auraient pas eux aussi droit à leur circonstance aggravante. Ils valent bien un médecin ou un chauffeur de bus. Le texte qui prévoit la répression du meurtre fait désormais une page, si on continue à ce rythme il en fera 4 ou 5 dans dix ans. Et il y a des tas de gens raciste ou homophobe, ou qui détestent les irlandais, qui ne sont pas pour autant des meurtriers. Il y a des meurtriers qui ne sont ni racistes, ni homophobes, et qui adorent les irlandais. Ce qui va permettre le crime ce n’est pas les préjugés de cette personne à l’égard des gens de couleurs, des homosexuels ou des Irlandais, mais plutôt un mépris de la vie. De la même manière tous les gens aiment l’argent ne tuent pas.

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Seb. 27 novembre 2011 - 08:35

(suite) @Lora 2
Se posera encore d’autres problème, plus techniques. Imaginons que vous ayez des préjugés à l’égard des… Irlandais. Que vous soyez persuadez pour telle ou telle raison que ce soit des gens fourbes, violents et brutaux. Ces préjugés que vous avez à l’égard des Irlandais sont connus de votre entourage. Il se trouve que vos voisins sont Irlandais, et qu’une nuit l’un d’eux s’introduit chez vous pour vous volez pendant votre sommeil. Vous le surprenez, et comme vous avez des tas de préjugés sur les Irlandais vous imaginez le pire, et pour éviter le pire vous saisissez une arme et tuez cet Irlandais. Et bien, en l’espèce les critères de la légitime défense ne sont pas réunies, et vous êtes donc auteur d’un meurtre aggravé. En revanche, si vous vous introduisez la nuit chez votre voisin commerçant pour le volez, qu’il vous surprend et que vous le tuez pour qu’il ne vous dénonce pas, vous n’êtes auteur que d’un meurtre simple.

Les praticiens du droit vous le dirons, la loi a besoin de clarté. Le droit c’est une technique. Cette profusion de textes et de réformes à la suite d’événement, en réaction aux humeurs et à l’actualité du moment, nuisent à cette clarté. Un texte a besoin de temps et de maturation pour être absorbé par les praticiens comme par le corps social, et pour aboutir à sa cohérence. Ces changement continuels, surtout en droit pénal, rendent le droit incertain et aléatoire. Ce n’est plus l’Etat de droit, mais l’Etat de l’aléa juridique permanent.

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Chriss 27 novembre 2011 - 09:10

La circonstance aggravante du « racisme » pour un crime n’a pas pour fonction de hiérarchiser les groupes.

Il peut y avoir des crimes racistes dans un sens comme dans l’autre.

La notion de féminicide, en revanche, pose clairement que la vie d’une femme a plus de poids que celle d’un homme.
Un homme tue une femme= féminicide
Situation inverse=homicide simple.

Si le code pénal introduisait la notion – imaginons – de « négricide », pour punir plus sévèrement les homicides de personnes noires, ça ne passerait pas chez les non-noirs.

L’idée de féminicide est foncièrement sexiste et hiérarchise les individus en fonction de leur appartenance à un sexe.

Une femme tuée par son conjoint n’est pas plus morte que l’homme tué par sa conjointe.

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Seb. 27 novembre 2011 - 10:32

@ Chriss
Je suis d’accord avec vous. Par contre je nuancerai votre affirmation sur le fait que les circonstances aggravantes n’ont pas pour objet de hiérarchiser des groupes. En théorie c’est vrai. Mais si une personne notoirement raciste ou homophobe tue pour une personne de couleur ou homosexuelle pour la voler, on retiendra très certainement la circonstance aggravante quand bien même le mobile ne serait pas le racisme ou l’homophobie. L’histoire du gang des barbares illustre cette hypothèse. La circonstance aggravante a été retenue car la personne avait des préjugés antisémites. Pourtant son mobile n’était pas spécifiquement de s’en prendre aux juifs, son mobile était d’obtenir une rançon.
Le meurtre de son conjoint ou de sa conjointe est une circonstance aggravante, personnellement je ne trouve pas plus choquant qu’on tue son conjoint plutôt que son frère ou sa soeur. Par ailleurs, les textes font du meurtre « par le conjoint, le concubin, ou le partenaire » une circonstance aggravante en soit. Là ce n’est le mobile mais la qualité de l’auteur qui provoque le seuil supérieur de répression. Tuer son concubin ou sa concubine pour de l’argent est donc plus grave que de tuer son frère ou sa soeur pour de l’argent.
Au final, on voit que ces textes conduisent à plein d’hypothèses absurdes et incohérentes. Il est vain de croire que les textes peuvent tout prévoir. Demain probablement que d’autres faits nous choquerons, et qu’on rajoutera encore des circonstances aggravantes, pour les meurtres de blonds, de brun, de roux, de gens à lunettes… ou que sais-je encore. D’ailleurs, on n’aurait sûrement gagné en clarté et en cohérence en parlant de mobiles discriminatoires au lieu de faire une liste. Mais comme je l’ai dit, je ne suis pas convaincu qu’il soit moins grave de tuer quelqu’un car on considère que sa vie vaut moins que celle des autres êtres humains, que de tuer quelqu’un car on considère que sa vie vaut moins que de l’argent. C’est mon point de vu.

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Seb. 27 novembre 2011 - 10:56

(suite) @ Chriss 2
Par ailleurs, certaines circonstances aggravantes hiérarchisent bel et bien les victimes. Tuer un chauffeur de bus est en soit une circonstance aggravante. Donc, au yeux de la loi, il est plus grave de tuer un chauffeur de bus pour lui voler la recette du jour, que de tuer un vendeur.

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Chriss 27 novembre 2011 - 18:54

@Seb
Oui, en fait je suis d’accord avec vous. Je n’aime pas cette idée de « hate crime » à cause de la difficulté à cerner les motifs d’un criminel. Qu’un juif, un noir, un homo, une femme, se fasse tuer pour des motifs crapuleux par une personne extérieure à son groupe, et tout de suite les lobbys identitaires s’emparent du fait divers pour l’exploiter politiquement. C’est détestable.

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Lili 27 novembre 2011 - 19:55

Le droit français (et d’autres pays..) évolue de plus en plus de la notion de punition de la faute à celle de réparation et de reconnaissance du statut de la victime. C’est un fait.
Alors, parce que la société produit des discriminations (racisme, sexisme) dans les personnes et le groupes de personnes, le droit évolue en compensation, en instaurant des circonstances aggravantes lorsque la victime appartient à ce groupe. Je ne suis pas sûre que ce soit bien juste au sens juridique. On va vers une version « morale » de la justice, où on considère que la justice, au delà de sa décision, « éduque » les citoyens : tuer un homme c’est mal, tuer un homme choisi (donc discriminé) en fonctions de critères qui correspondent plus ou moins à un « état de la société », c’est pire. Je trouve qu’on charge la justice de réparer à bon compte ce que la société ne parvient à corriger…

Bref le féminicide, c’est sexiste, c’est considérer que les femmes sont par définition en état de faiblesse, et qu’il faut en tenir compte. Ca ne leur rend pas service…

Ca me rappelle ce bon père de famille « vieille France », tout fier de dire « j’apprends à mes fils qu’en aucun cas on ne frappe une femme, c’est mal, c’est honteux, etc ». Parce que frapper un homme, ça peut ne pas être mal et honteux?

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Ninhursag 28 novembre 2011 - 08:46

Que de mauvaise foi dans certains commentaires…Il n’est pas question de lobbys identitaires quand on parle de féminicides ! Les femmes représentent la moitié de l’humanité. Quand une femme est tuée après s’être fait violer, on est bien dans un crime genré. Ce type de crime malheureusement ne fait qu’augmenter. Les meurtriers qui tuent une femme après l’avoir violé le font justement parce qu’ils l’ont violé. On sait très bien qu’un viol est un acte de domination, de destruction du féminin. Le viol et le meurtre d’une femme sont des actes qui s’attaquent de façon très ciblés au féminin.

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Ninhursag 28 novembre 2011 - 08:49

Ninhursag 2 : introduire la notion de féminicide en droit n’aurait pas comme finalité de rendre le meurtre d’une femme plus grave mais de l’identifier comme tel et de le rendre plus visible, de ne pas le noyer dans la masse.

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Berenice 28 novembre 2011 - 20:01

« Seb. »

Par ailleurs, je suis contre les circonstance aggravantes car pour moi un meurtre est un meurtre, une vie est une vie.

Que pensez-vous de la circonstance aggravante lorsque l’agression sexuelle est commise contre un/e mineur/e?
Pensez-vous qu’il soit là scandaleux de « hiérarchiser » entre elles les agressions? Trouvez-vous cela aberrant?
N’est-on pas dans une société qui discrimine les femmes et fait preuve d’une grande tolérance et indulgence envers les violences faites aux femmes, comme autrefois la société faisait preuve d’une grande tolérance et indulgence envers les violences commises sur les mineurs? Ne pensez-vous pas qu’il faut dénoncer le phénomène social car oui c’est un phénomène social (1 femme meurt tous les 2 jours en France sous les coups de son conjoint, 75000 viols par an).
La manière dont on dénonce un phénomène social est en le nommant : féminicide, en le catégorisant comme un type de crime particulier. Je trouve que c’est une bonne idée, cela évite de noyer cela dans les faits divers, comme s’il s’agissait d’une aberration ponctuelle alors qu’en vérité il s’agit bien d’une expression particulière d’une névrose sociale (domination masculine) de nos sociétés?

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Seb. 30 novembre 2011 - 21:07

@Benerice, le cas du mineur serait particulier dans la mesure où la société a une responsabilité particulière à leur égard. Un enfant n’a pas pas les même droit, il n’a pas les mêmes devoir qu’un adulte. Juridiquement c’est un incapable. Dès lors que le droit ne reconnaît pas le même pouvoir à un enfant d’interagir avec son environnement juridique, il serait un comble qu’en contre partie il ne le protège pas davantage.
Vous voulez hiérarchiser les mobiles de meurtre, pour ma part je n’en connais pas de bon. Les mobiles des meurtriers sont tous mauvais. Vous me citez le nombre de femmes qui décèdent de violences conjugales, pourquoi ne citez vous pas celui des hommes qui décèdent des mêmes raison ? Pour moi une victime n’a pas de sexe. Personne n’a à être placée dans une situation juridique particulière en seul raison de son sexe. C’est simplement aberrant de réclamer un statut juridique sexué.

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Chriss 1 décembre 2011 - 13:43

(suite)Le premier cas est un meurtre avec préméditation, un meurtre de psychopathe.

Le fait qu’un homme pète les plombs quand il se découvre cocu est condamnable, mais doit susciter un minimum de compréhension parce que c’est une réaction prévisible, de la même manière qu’on peut s’attendre à ce qu’un parent réagisse violemment quand son enfant se fait agresser sous ses yeux. Dans les deux cas, il s’agit de défendre sa descendance.

Le plaidoyer pour la hiérarchisation est recevable dans certaines circonstances exceptionnelles. Par exemple si on se trouve sur le Titanic et qu’il n’y a pas assez de places dans les canots de sauvetage. Dans ces cas-là, les femmes et les enfants passent en priorité.

Mais la justice n’est pas une ressource rare. On n’a jamais renoncé à emprisonner un tueur parce qu’on manquait de places en prison. On doit pouvoir rendre la justice en se souciant uniquement de justice. C’est pas une question de quotas ici.

Vouloir punir plus lourdement les meurtres de femmes par homme que l’inverse, c’est un peu comme si l’on tentait d’imposer l’idée qu’on devrait moins soigner les porteurs du VIH à la peau blanche, au motif que dans le monde, ce sont les noirs qui sont le plus touchés par la maladie.

Un médecin ne raisonne évidemment pas ainsi, ce serait scandaleux. Il a en face de lui un malade du sida – noir ou blanc, il s’en fout -, et en France, tous les malades du sida sont pris en charge aussi sérieusement que possible.

Un juge doit avoir la même neutralité.

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Chriss 1 décembre 2011 - 13:49

« Vous voulez hiérarchiser les mobiles de meurtre, pour ma part je n’en connais pas de bon. »

La justice distingue quand même différentes catégories d’homicide.
Ce n’est pas la même chose de 1) préparer minutieusement l’élimination d’un conjoint pour toucher une assurance et se barrer avec l’amant et 2) trouver la preuve des infidélités de sa femme, péter un câble, la frapper violemment mais sans intention de tuer, mais provoquer un ACV ou un infarctus fatal.

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Seb. 1 décembre 2011 - 22:03

@ Chriss, la préméditation est un moyen et non un mobile. La préméditation transforme le meurtre en assassina, qui est puni plus gravement que le meurtre sans préméditation en ce qu’il révèle davantage l’intention criminelle de l’auteur. Le mobile c’est le pourquoi le l’infraction, la motivation intime de l’auteur, la jalousie, l’argent, le sadisme… Le principe c’est que le droit pénal est indifférent aux mobiles. Il y a des exceptions. La première c’est l’ordre de la loi. On ne puni pas un policier de violer un domicile dans la mesure où il intervient dans un cadre légal, ni à un soldat de tuer dès lors qu’il est dans le cadre de ses fonctions et de sa mission. L’exception la plus connue c’est la légitime défense qui est très encadrée et qui permet à une personne de se protéger en commettant une infraction. Il y a ensuite « le principe de nécessité » qui est relativement proche de la légitime défense, et qui est apparu plus tardivement. Ce principe permet de commettre une infraction pour préserver une valeur plus importante que celle protégée par loi. L’exemple classique est celui de la mère qui vole pour nourrir ses enfants. La différence essentielle avec la légitime défense c’est qu’avec « le principe de nécessité » le péril est moins imminent. Ensuite, on est entré dans le système inverse, fin XXème, avec les circonstances aggravantes qui permettent de prendre en compte les mobiles pour augmenter la répression, alors qu’auparavant on ne les prenait en compte que pour la neutraliser. Mais on arrive à un système arbitraire car on ne peut pas tout prévoir. (à suivre)

Répondre
Seb. 1 décembre 2011 - 22:05

(suite)
Si quelqu’un met une balle dans la tête d’une personne de couleur car elle n’aime pas les personnes de couleur, on est tous d’accord pour dire que le racisme est mal, mais comparativement au meurtre le racisme est un moindre mal. Je préfère avoir faire à une personne raciste, à une personne qui croient profondément que l’humanité se divise en race et que certaines sont supérieures à d’autres, mais qui ne manifeste pas son racisme et qui se comporte normalement avec tout le monde, personne de couleur ou non ; que d’avoir affaire à une personne qui ne soit pas raciste mais qui se comporte violemment avec tout le monde. Je serai davantage choqué par une personne qui tue gratuitement, qui n’a pas de réel mobile, qui tue par plaisir, que par une personne qui tue car elle a des préjugés vis-à-vis de telle ou telle catégorie.

Répondre
Seb. 1 décembre 2011 - 22:21

@ Ninhursag
Le viol précédant le meurtre est une circonstance aggravante du meurtre. Il en est de même des actes de torture et de barbarie. Dans ce cas, cela ne me choque pas. Il s’agit bien de réprimer des faits particuliers et non l’atteinte à une victime particulière. J’encoure la même peine si je viol un homme ou une femme avant de le ou la tuer. L’infraction est la même. L’introduction du féminicide dans notre droit ferai des joyeux parmi les avocats, et je pense que les procureurs seraient plutôt timides à l’employer, car il risque d’y avoir une question prioritaire de constitutionnalité qui annulerai probablement cette infraction. Et dans l’hypothèse invraisemblable où le Conseil constitutionnel n’invaliderai pas une telle loi, reste encore l’hypothèse d’un recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui sanctionnerai très vraisemblablement une telle incrimination car elle ne serait pas conforme à la Convention Européenne des Droits de l’Homme, comme elle ne l’est pas davantage à l’égard de notre constitution.

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Lili 1 décembre 2011 - 23:42

« Chriss »

Le plaidoyer pour la hiérarchisation est recevable dans certaines circonstances exceptionnelles. Par exemple si on se trouve sur le Titanic et qu’il n’y a pas assez de places dans les canots de sauvetage. Dans ces cas-là, les femmes et les enfants passent en priorité.

Excusez moi mais le fait que les femmes passent en priorité dans ces cas là est sexiste. Même si ça obéit à une rationalité anthropologique guidée par l’instinct de survie de lespèce (qui a besoin d’une femme pour faire un enfant, alors qu »un homme peut en « semer » plusieurs simultanément)

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Hostier 29 décembre 2011 - 22:11

Le mot feminicide devrait être utilisé pour ce qui passe en Asie depuis longtemps,en Chine, en Inde ; des millions de femmes manquent, on les tue ou on provoque leur mort par exemple par manque de nourriture, juste après leur naissance ; maintenant,avec le progrès médical, on peut faire des avortements sélectifs, même dans des villages indiens. Les gouvernements reconnaissent le ‘problème’, mais ne font pas grand chose ; les medias internationaux qui se scandalisent si rapidement n’en parlent jamais, sauf en france, Elle et Marie Claire. Pourquoi ce silence des féministes, les pubs sexistes ne tuent pas !

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Jonathan 31 décembre 2011 - 22:56

Exact. Mais ce qui est intéressant est de voir que les féministes ne valent finalement pas mieux que les machistes, vu qu’elles proposent des solutions fascistes pour être reconnues. L’art de combattre une inégalité en provoquant une autre, tout est là.

Certaines féministes radicales sont en train tout simplement de se discréditer elles-mêmes. Laissons-les faire, je ne pense pas qu’elles méritent plus d’attention. Leur donner du crédit revient à laisser glisser leurs extrémismes, et on sait ce que cela finit par donner à la société. On l’a vu avec le nazisme. La domination féminine existe aussi même si elle est plus sophistiquée.

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courroux 16 mars 2012 - 13:44

Afin de reconnaître les féminicides en Droit (depuis 1801 & 1848 feminicide en anglais, féminicidios reconnus en 8 pays ibéroaméricains) et les interdire.
Qui sont toutes « violences sexuelles et sexistes contre les filles et les femmes »
Arrêtez le tabou sur le mot des féminicides. Qui sont en nombre écrasant… l’humanité : http://susaufeminicides.blogspot.com/p/but-blog.html
Commencez le tabou sur la perpétration des féminicides.
Mais pour que cela soit constitutionnel et sans discrimination, il faut voir que la violence sexospécifique est également « androcide » et qu’il faut la condamner sur la même ligne !
http://susaufeminicides.blogspot.com/p/feminicide-lexique.html
http://susaufeminicides.blogspot.com/p/but-blog.html

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christine 16 mars 2012 - 13:48

@Seb – Il s’agit simplement de mettre un mot pour interdire les actes criminels, ainsi de reconnaître les féminicides en Droit (depuis 1801 & 1848 feminicide en anglais.
Autrement dit, toutes « les violences sexuelles et sexistes contre les filles et les femmes »
Arrêtez le tabou sur le mot des féminicides. Qui sont en nombre écrasant… l’humanité : http://susaufeminicides.blogspot.com/p/but-blog.html
Commencez le tabou sur la perpétration des féminicides.
Mais pour que cela soit constitutionnel et sans discrimination, il faut voir que la violence sexospécifique est également « androcide » et qu’il faut la condamner sur la même ligne !
http://susaufeminicides.blogspot.com/p/feminicide-lexique.html
http://susaufeminicides.blogspot.com/p/but-blog.html

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