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Féminisation des noms de métier : les pionnières mal récompensées

par La rédaction

Féminiser le nom de sa profession sur son CV peut compromettre une embauche indique une étude. Parce que le masculin reste la norme. Mais sur le long terme, l’emploi du féminin est bénéfique…


 

« La féminisation du langage permet de rendre les femmes plus visibles mais, apparemment, ce n’est pas toujours un avantage. » C’est la conclusion d’une étude menée en Pologne sur « les effets secondaires de la parité lexicale » (en anglais).

Dans l’expérience menée par cinq chercheuses, les CV de candidates qui se disaient diarolożka (un nom de métier inventé) ont reçu une moins bonne évaluation que ceux de femmes, et d’hommes, se définissant comme diarolog (le même nom au masculin).

Attention toutefois à ne pas en tirer de conclusions hâtives. Les participants au test chargés d’évaluer les CV n’étaient pas des recruteurs professionnels. Et l’échelle de l’expérience reste modeste.

Les chercheuses soulignent par ailleurs que de précédentes études ont montré que la féminisation des noms de métiers permet de rendre les femmes plus visibles ; de les montrer plus facilement en exemple. D’autres que le caractère générique du masculin « contribue à la perpétuation des stéréotypes de genre et aux processus de discrimination ».

Statu quo culturel

Leur étude vient apporter un contrepoint à ces conclusions. La féminisation des noms de métier « peut avoir un effet secondaire négatif ». Aux yeux des chercheuses, la raison principale est à mettre au compte de la nouveauté : « En polonais, comme dans de nombreuses autres langues, l’usage de noms de métier au masculin par les femmes est courant et bien établi ; les noms au féminin sont encore nouveaux et sonnent donc étrangement. » En France, malgré l’initiative le guide élaboré par le gouvernement en 1999 (1) et la féminisation est loin d’être une évidence (Lire par exemple : L’agent féminine…).

Le langage n’est pas égalitaire, insistent les auteures de l’étude. Au contraire, les femmes qui utilisent la norme, le masculin, « peuvent profiter du fait qu’elles maintiennent le statu quo culturel ».

Ce n’est pas pour autant un appel à ne rien changer. Sur le long terme, expliquent les chercheuses, « plus de noms de métiers au féminin seront créés, plus ils seront fréquemment et systématiquement utilisés, plus ils apparaîtront normaux. Et plus, à long terme, les suffixes féminins auront l’air neutres ».

Et de conclure sans prendre position : « La question est donc de savoir s’il est réaliste d’espérer que la forme féminine, qui n’est pas encore établie, deviendra l’usage. Et, en attendant, de subir les conséquences négatives » de cette situation. La question n’est pas seulement linguistique, elle est aussi socio-politique.

 

 


(1) Voir le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions

 

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12 commentaires

titine 13 février 2013 - 09:21

Voilà, la question se pose pour beaucoup d’entre nous : si je mets « ingénieure » sur mon CV, soit je tombe sur une personne RH qui a pris position pour accepter la féminisation du terme, soit je tombe sur une personne qui est choquée par la terminologie, et qui va forcément se dire « encore une féministe qui va nous enquiquiner avec son salaire ou la garde de ses gosses ». Dans tous les cas, je m’expose ! Mais bon, au moins ce ne sera pas un CV qui passera inaperçu…

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Eric 13 février 2013 - 09:40

Je partage l’opinion de Titine. Ca sonne comme des revendications avant l’heure. On se demande si on ne va pas tomber sur une personne quérulente.

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titine 13 février 2013 - 10:25

« Eric »
Je partage l’opinion de Titine. Ca sonne comme des revendications avant l’heure. On se demande si on ne va pas tomber sur une personne quérulente.

Eric, je ne me plaçais pas du point de vue de la personne qui recrute, mais bien de celui de la personne candidate. La féminisation des termes est déjà très en retard, étant donné que l’on trouve des femmes dans tous les métiers qui n’ont des dénominations que masculines. J’évoquais juste la difficulté de la prise de décision de la candidate puisque les directives gouvernementales sont mal connues et/ou mal suivies et l’exposent donc à des difficultés qui ne dépendent pas d’elle.

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de profundis 13 février 2013 - 11:30

@éric revendications avant l’heure ??? ce serait plutôt après l’heure… ça fait des années que les femmes devraient exiger que l’on féminise tous les métiers, toutes les fonctions et pas seulement secrétaire ou ouvrière. Quand à parler de « quérulence », vous êtes gonflé !

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titine 13 février 2013 - 12:07

eric serait-il « un homme, un vrai », le fameux troll de Causette ? 😉

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Eric 13 février 2013 - 14:31

Le DRH ne porte pas un regard d’historien sur ton CV. Il essaie juste de recruter une personne qui convienne à son poste. Il veut que tu fasses le job sans faire de vagues.

Si l’intitulé donne un genre « je suis féministe et je le revendique » à ton CV et qu’il a encore en tête les dernières news avec les Femen en pleine crise de quérulence à Notre Dame, ou bien des histoires de procès coûteux intentés par des employées pour discrimination ou harcèlement, il va peut-être y réfléchir à deux fois. A CV équivalent il prendra peut-être ta rivale, plus sage dans l’intitulé du poste.

Il faut faire attention à ne pas abuser des points d’exclamation. C’est la ponctuation des quérulents par excellence.

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Eric 13 février 2013 - 14:39

« titine »
eric serait-il « un homme, un vrai », le fameux troll de Causette ? 😉

C’est la deuxième fois qu’on me parle de cet Eric là. Mais non, aucun lien. Ce sont deux virilités distinctes.

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titine 13 février 2013 - 15:45

« Eric »
Le DRH ne porte pas un regard d’historien sur ton CV. Il essaie juste de recruter une personne qui convienne à son poste. Il veut que tu fasses le job sans faire de vagues.

Si l’intitulé donne un genre « je suis féministe et je le revendique » à ton CV et qu’il a encore en tête les dernières news avec les Femen en pleine crise de quérulence à Notre Dame, ou bien des histoires de procès coûteux intentés par des employées pour discrimination ou harcèlement, il va peut-être y réfléchir à deux fois. A CV équivalent il prendra peut-être ta rivale, plus sage dans l’intitulé du poste.

Il faut faire attention à ne pas abuser des points d’exclamation. C’est la ponctuation des quérulents par excellence.

Hé bien, si ce(tte) DRH décide de ne pas m’embaucher pour mieux couvrir les employés harceleurs ou mater du ou de la féministe, je serais ravie d’avoir évité ce calvaire ! Je garde mon CV tel quel, merci eric pour votre aide précieuse.

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marieven 14 février 2013 - 11:00

« titine »

« Eric »
Le DRH ne porte pas un regard d’historien sur ton CV. Il essaie juste de recruter une personne qui convienne à son poste. Il veut que tu fasses le job sans faire de vagues.

Si l’intitulé donne un genre « je suis féministe et je le revendique » à ton CV et qu’il a encore en tête les dernières news avec les Femen en pleine crise de quérulence à Notre Dame, ou bien des histoires de procès coûteux intentés par des employées pour discrimination ou harcèlement, il va peut-être y réfléchir à deux fois. A CV équivalent il prendra peut-être ta rivale, plus sage dans l’intitulé du poste.

Il faut faire attention à ne pas abuser des points d’exclamation. C’est la ponctuation des quérulents par excellence.

Hé bien, si ce(tte) DRH décide de ne pas m’embaucher pour mieux couvrir les employés harceleurs ou mater du ou de la féministe, je serais ravie d’avoir évité ce calvaire ! Je garde mon CV tel quel, merci eric pour votre aide précieuse.

j’aime l’humour de cette réponse au macho de service. Faire peur fait partie de la stratégie pour forcer les femmes à rester à la place que les hommes leur ont assigné.

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hic 14 février 2013 - 12:52

« Eric »

C’est la deuxième fois qu’on me parle de cet Eric là. Mais non, aucun lien. Ce sont deux virilités distinctes.

deux individus peut-être distincts, mais deux virilités distinctes, pas si sûre.

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Lili 16 février 2013 - 11:58

Dans un contexte où les employeurs sont prudents et ont le choix, afficher un féminisme militant par la féminisation d’un métier alors qu’on a un bon CV c’est un suicide professionnel et personnellement je trouve ça inefficace.
Le résultat c’est que les femmes très militantes sont exclues et que les entreprises restent fermées aux évolutions. Un recruteur ne vous connaît pas, c’est normal, et il se fiche de nos idées philosophiques.

Je préfère donc un CV lisse, une embauche, une connaissance mutuelle sur une base professionnelle permettant ensuite d’affirmer tranquillement et avec pédagogie le respect de ses droits ainsi que des convictions plus personnelles qui sont souvent très bien accueillies car resituées dans une personnalité globale.

Les sexistes ne sont pas toujours de mauvais personnages, mais souvent des personnes qui n’ont pas consciences des stéréotypes, ou excessivement prudentes. Avancer plus discrètement permet d’être plus efficace. Et pour ma part cela a toujours bien fonctionné ainsi.

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animo 20 février 2013 - 13:08

Si c’est une femme, qu’elle ose prétendre à un poste, un salaire, plus élevé que LE candidat précédent… et qu’en plus le titre du CV est « docteure » ou » ingénieure »… où allons-nous dans ce monde du travail où surtout il ne fait pas bon faire des vagues ! (humour)
__ surtout que les femmes restent au foyer, chères lectrices songez-y
((car hélas j’entends surtout des inepties concernant le sexe sortir de la bouche des femmes… les hommes préférant en rire grassement entre eux))

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