Accueil Economie Les femmes cadres et le « complexe de la bonne élève »

Les femmes cadres et le « complexe de la bonne élève »

par Arnaud Bihel

75% des « femmes privilégiées » interrogées par le réseau EPWN se disent insatisfaites de leur rémunération. Mais la moitié d’entre elles admet ne pas négocier d’augmentation.


 

Pour voir leur salaire augmenter comme celui des hommes, les femmes en entreprise doivent compter sur elles-mêmes. C’est ce que souligne le réseau européen de femmes cadres et entrepreneures EPWN dans une enquête auprès de ses membres, dont les résultats ont été publiés lundi 4 novembre.

Elles sont plus de 800 à y avoir répondu – « des femmes bien dotées, de par leur formation et leur profil professionnel », et dont la moitié de celles qui vivent en couples ont un salaire le plus élevé que leur conjoint.

« Pas préparées pour une négociation salariale »

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Pour autant, ce sont aussi des femmes qui se disent mal à l’aise dans leur environnement de travail : 75% ne sont pas satisfaites de leur rémunération. Et elles ne sont que 37% à penser que les femmes et les hommes sont traités de façon égale dans leur entreprise. Ce pourcentage tombe même à 29% en France.

Mais, comme le remarque amèrement l’étude, bien que ces femmes se montrent insatisfaites de leur salaire, « elles demeurent globalement passives sur cette question » : seule la moitié des répondantes ont entrepris des initiatives personnelles pour négocier leur salaire. Elles admettent d’ailleurs « éprouver des difficultés à demander une augmentation, ne se sentent pas préparées pour une négociation salariale et pensent que c’est plus difficile pour une femme que pour un homme. »

« Comprendre que les augmentations de salaire ne sont pas attribuées au mérite »

Pour les auteures de l’étude, il s’agit là du « complexe de la bonne élève » : « je travaille bien à l’école, je fais bien mon travail dans mon entreprise, j’attends qu’on remarque ces efforts et qu’on m’en félicite par une augmentation. » Mais si la méritocratie a encore un sens dans le cadre scolaire, elle est absente du cadre professionnel, souligne l’étude. Et l’EPWN de lancer ce pavé : « N’est-il pas temps pour les femmes de se réveiller? Comprendre que les augmentations de salaire ne sont pas attribuées au mérite. »

Un constat à développer, car l’EPWN ne manque pas de le remarquer : si la situation apparaît ainsi défavorable aux « femmes privilégiées » qui ont répondu à cette étude, « que penser de la situation des femmes qui n’ont pas eu la même chance de développement scolaire et professionnel ? »

Ironique équilibre

Comme le montre le graphique ci-dessous, issue de l’enquête EPWN, le seul domaine pour lequel les femmes se sentent légèrement mieux considérées que les hommes est celui de l’équilibre vie professionnelle / vie privée.

Une ironie que ne manque pas de souligner l’étude : « le seul point où les femmes expriment ressentir un support de la part des organisations est dans le domaine de l’équilibre de vie – leur permettant de continuer à assurer leur double journée ! Implicitement cette position contribue à empêcher les hommes de s’engager davantage dans leurs vies domestiques et familiales. »

 

EPWN

 

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6 commentaires

FPC 6 novembre 2013 - 12:19

Quelle différence fait l’étude entre « gestion de carrière » et « management de carrière » ? Je trouve étrange ces deux items.

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Lili 6 novembre 2013 - 13:53

Ca me rappelle une récente réunion où un homme en responsabilité nous (80% de femmes) dit : « dans les quelques années à venir, le secteur va changer de paradigme, et de génération. il y a des places à prendre pour les femmes dans la quarantaine. Mesdames, allez-y, vous serez bienvenues, mais on ne viendra pas vous chercher !!

Concernant les femmes moins privilégiées, il y a quand même un moindre biais individuel, même si la tendance à l’individualisation progresse. Les rémunérations des non-cadres se font plus par négociation entre syndicats et direction, moins par démarche individuelle.

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laurence 11 novembre 2013 - 14:01

Comme je le démontre dans le livre du même nom, sous-titré « ou Comment demander de l’argent à son patron sans le fâcher… », toute la construction de notre « identité de genre », c’est-à-dire cette transmission culturelle, qui traverse les générations, de ce qu’est le rôle d’une « vraie femme » s’oppose à ce que nous nous battions pour notre salaire:
les filles apprennent à investir la dimension de la relation qui implique écoute de l’autre, modestie, ainsi que la dimension du don (forcément gratuit),
– quand les garçons apprennent à investir la dimension du statut associée au pouvoir et à l’argent.
Nous fonctionnons donc encore bien souvent comme si « la femme donnait la vie et l’homme la gagnait ».

Et à un âge où leur identité est fragile, garçons et filles se rassurent en s’opposant sur leurs caractéristiques et en rejetant celles de l’autre groupe. Ces caractéristiques qui rassurent dans l’enfance, parce qu’elles sont précieuses, deviennent alors « nos valeurs ».
Intériorisées sur un mode inconscient, elles sont toujours actives à l’âge adulte. Elles créent ainsi cette difficulté pour les femmes à afficher des compétences dites « masculines ».

La négociation salariale en reste une, même pour des femmes commerciales aguerries dans la négociation. C’est ce qui est intéressant dans l’étude EPWN, c’est de prouver tout cela avec des chiffres. Prouver que ce n’est pas une moindre compétence dans le domaine financier. L’intervention de Laurence Bachmann chez EPWN pointait le manque de légitimité que les femmes ressentent encore à occuper ce territoire masculin que reste l’entreprise.

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Eric 11 novembre 2013 - 22:34

« ainsi que la dimension du don (forcément gratuit), »

En biologie on apprend (avec raison) que la gratuité n’existe pas. Il n’y a que des relations de réciprocité (et les organismes qui ne sont pas capables de budgéter correctement sont voués à la disparition).

Sinon les Anglais disent: « Cheap is the most expensive »

Les femmes savent parfaitement se vendre, simplement elles sont plus à l’aise pour vendre leur travail sexuel/procréatif que leur travail économique.

Et les transactions donnent assez rarement lieu à une monétisation explicite.

Les femmes donnent gratuitement et sans compter, mais uniquement à ceux qui ont prouvé qu’ils avaient largement de quoi payer.

http://www.youtube.com/watch?v=0iyeUcFKRv4

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isabelle germain 12 novembre 2013 - 05:00

[quote name= »Eric »]

Bon Eric, il faut aller jouer ailleurs maintenant…

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laurence 12 novembre 2013 - 10:13

Merci Isabelle de réagir ainsi. J’en ai la nausée. Comme quand j’ai entendu l’un des responsables de Causeur déclarer sur BFMTV qu’il ne pouvait pas savoir si une prostituée était sous contrainte ou non. Quand il était au supermarché disait-il, il ne pouvait pas savoir en achetant de la viande s’il elle était avariée ou non…

Voila le type de violence à laquelle les femmes s’affrontent quand elles ne sont pas protégées par des lois. Je reviens de Genève où j’ai animé un atelier sur la négociation salariale pour les femmes. Jamais je n’avais entendu autant d’histoires tordues dans lesquelles des femmes étaient piégées… La Suisse n’a aucune loi sur l’égalité salariale et l’opinion publique est sous influence d’une extrême droite puissante hostile au travail des femmes. Les Eric s’en donnent à coeur joie!

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