Accueil Politique & SociétéÉducation Femmes de lettres invisibles dans les manuels scolaires

Femmes de lettres invisibles dans les manuels scolaires

par Arnaud Bihel
George Sand256

George Sand par August Charpentier

Moins de 4% d’écrivaines apparaissent dans les manuels scolaires de seconde, observe le Centre Hubertine-Auclert. Sans que soient mises en question les raisons de l’invisibilité des femmes dans la littérature.


 

Seulement 4 manuels scolaires sur 17 évoquent le rôle majeur des femmes qui tenaient salon au Siècle des Lumières. Aucun n’indique que ces salons ont contribué à la création de l’Encyclopédie.

« Les manuels scolaires de Français se conjuguent au masculin ». C’est le constat que dresse le Centre Hubertine-Auclert, dans sa dernière étude annuelle, après avoir observé la place des femmes dans les manuels d’histoire puis de mathématiques.

Les 17 ouvrages analysés pour cette étude ont été écrits à 70% par des femmes. Mais… ils parlent d’hommes, quasi-exclusivement.

Moins de 3% d’écrivaines citées

Sur 12 385 occurrences de personnalités citées dans ces manuels, le Centre Hubertine-Auclert a compté 807 femmes : 6,1%.

C’est pire encore pour les seules écrivaines : des noms d’hommes reviennent 7 141 fois, des noms de femmes 278 fois : 3,7% seulement.

Sur les 254 biographies de personnalités recensées à la fin de ces manuels scolaires, seules 11 sont des biographies de personnalités féminines. Une figure comme Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, mais aussi de nombreuses pièces de théâtre, est totalement absente des ouvrages.

« Jusqu’à quand le masculin va-t-il l’emporter sur le féminin » dans les manuels scolaires ? C’est la question que se posaient les collégiens de la 4ème 4 du Collège Les Bruneaux à Firminy (42), qui ont remporté avec ce texte le concours Causette / Les Nouvelles NEWS en avril dernier :

Manuels scolaires : jusqu’à quand le masculin va-t-il l’emporter sur le féminin ?

Voir aussi leur travail d’étude des manuels sur leur blog.

Et pour renforcer encore ce processus d’invisibilisation, les noms de femmes, quand ils apparaissent, ne sont pas répétés autant que ceux des hommes.

Norme masculine

Il ne s’agit pas de revendiquer la parité, ce serait compliqué au regard de l’histoire littéraire. Mais ces manuels omettent de s’interroger sur les « processus de hiérarchisation et d’exclusion », souligne l’étude (Lire à ce sujet : Femmes de théâtre : « l’histoire d’une disparition »).

Et au-delà des auteurs, si le féminin est présent dans les œuvres étudiées, c’est sous le regard masculin. « Plusieurs images de figures féminines apparaissent régulièrement : la femme icône de beauté, la femme fatale, la femme animale, la femme muse et amante de l’auteur ou de l’artiste. » Par exemple, dans la biographie de Flaubert, Louise Colet est présentée comme sa confidente, sans qu’il soit dit qu’elle était avant tout une poétesse.

Autant de situations qui privent les élèves, très majoritairement des jeunes filles dans les classes littéraires, « de modèles de femmes de génie auxquelles elles peuvent s’identifier », relève l’étude.

Sans compter que le masculin reste la norme grammaticale, l’universel. L’étude observe « l’usage systématique de la désignation ‘la femme’ au lieu de ‘les femmes’. Tandis que « très peu de termes sont féminisés ». A la trappe, les « auteures » (sans parler des autrices), « poétesses » ou « écrivaines ». La création se décline au masculin.

Rares bonnes pratiques

Le tableau n’est tout de même pas complètement noir. Des manuels en viennent à traiter la question des rapports sociaux de sexe et des inégalités qui en découlent. Par exemple, un manuel de seconde professionnelle1propose une page dédiée à George Sand et son combat pour l’éducation des filles. Un autre2, pour évoquer le sexisme dans les médias et le sport, reprend des questions particulièrement stéréotypées posées à la navigatrice Samantha Davies, seule femme à avoir participé à la course du Vendée Globe en 2012. Mais les bonnes pratiques restent minoritaires… 

 

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS

Moins de 5% de femmes dans l’Histoire

Prix Goncourt et Renaudot : encore des hommes, la barbe !

« Il y a si peu de femmes célèbres qu’en 1988 on citait Louise Michel à l’Assemblée ! »

Sam Davies, le poids des questions de Paris Match

DOSSIER – Stéréotypes dans les médias, à l’école, dans les jouets, le sport…

 


1/ Florian Seuzaret, Annie Couderc, Caroline Le Borgne (dir.), Libres Parcours Français seconde Bac Pro, Foucher, 2013.

2/ Chantal Delannoy-Poilve, Sandrine Philippe (dir.), Français Seconde Bac Pro, Belin, 2013.

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

7 commentaires

Patrick Altman 13 novembre 2013 - 09:22

Il est évidemmentt incontestable que les manuels scolaires portent une reproduction des stéréotypes sexuels et l’invisibilité des femmes dans l’histoire, les sciences, la littérature…

Cependant
Les enseignants utilisent relativement peu les manuels scolaires. Ils apportent souvent leurs propres documents. Sur le nombre de pages d’un manuel, peu de pages sont réellement utilisés en classe. L’essentiel des usages reposent sur l’utilisation des exercices.
Quant aux élèves, bien peu d’entre eux regarderont une autre page que celle spécifiée par l’enseignant – Ce qui laisse facilement 75% du contenu d’un manuel totalement inconnu par les élèves.
Je pense donc que les dégats potentiels des manuels scolaires sont plus limités que ce que l’analyse du manuel pourrait porter à croire.
A suivre…
Patrick Altman

Répondre
Eric 13 novembre 2013 - 15:08

Commentaire supprimé. Insultant

Répondre
taranis 13 novembre 2013 - 16:18

[quote name= »Eric »]
Dieu n’a-t-il pas créé l’homme -et non la femme – à son image ? Ève, née de la côte d’Adam, sans filiation directe avec le Tout-Puissant, n’a donc rien à faire dans cette lutte où Adam n’a de cesse que de modifier la Vision de son Père et de la surpasser. La prise de pouvoir suprême. Anaïs Nin a très bien identifié le problème : « Le créateur est un tueur de systèmes, de lois. » Et même de lois divines. Pouvoir et liberté, deux mots bien difficiles à appliquer à l’histoire des femmes. Deux forces que les hommes n’ont jamais été prêts à leur concéder facilement. Si prendre la plume ou un pinceau, c’est affirmer son besoin de faire valoir aux autres sa propre conception du monde, de sortir des carcans éternels, de proposer et même de tenter d’imposer ses vues, comment accepter, fût-ce par l’intermédiaire de l’art, qu’un être démuni de ses droits et minorisé ait de telles prétentions

Répondre
Meg 13 novembre 2013 - 17:24

« Patrick Altman »

Cependant
Les enseignants utilisent relativement peu les manuels scolaires. Ils apportent souvent leurs propres documents. Sur le nombre de pages d’un manuel, peu de pages sont réellement utilisés en classe. L’essentiel des usages reposent sur l’utilisation des exercices.
Quant aux élèves, bien peu d’entre eux regarderont une autre page que celle spécifiée par l’enseignant – Ce qui laisse facilement 75% du contenu d’un manuel totalement inconnu par les élèves.
Je pense donc que les dégats potentiels des manuels scolaires sont plus limités que ce que l’analyse du manuel pourrait porter à croire.
A suivre…
Patrick Altman

Sauf que lorsque j’étais élève, même si les profs ne se servaient pas de tout le manuel, je le feuilletais dans son intégralité et plusieurs fois dans l’année et je portais mon attention en particulier aux illustrations, à leurs légende et aux encarts thématiques. Alors même si les profs font acheter des manuels inutiles puisqu’ils ne se servent presque pas (mais pourquoi acheter des manuels alors?), les élèves les regardent ces manuels et les filles y apprennent le peu de place qu’elles ont et aurons dans la littérature, dans les mathématiques, dans les sciences… donc les dégâts sont bien là et cela que les profs utilisent ces manuels ou pas.

Répondre
Eric 13 novembre 2013 - 22:22

Commentaire supprimé. Insultant

Répondre
Lène 13 novembre 2013 - 23:16

« Eric »
(…)

Il y a plus de grands auteurs fils de paysans illettrés, que de grandes écrivaines nées dans les couches les plus aisées de la population.

Quand on pense que la liberté et le pouvoir se « concèdent », c’est qu’on a une mentalité d’esclave plutôt satisfait de sa condition.

Oh, notre primatoloque égaré! Vraiment égaré, visiblement. Vous savez ce que ce que vous dites n’a strictement aucun sens?
Faites un effort, cette fois-ci le divertissement misogyne était bien médiocre…

Répondre
florence 14 novembre 2013 - 12:39

N’importe quel manuel scolaire en lien avec l’histoire de l’humanité devrait commencer par cet avertissement :
« attention : l’abondance des personnages masculins et l’invisibilité des personnages féminins dans cet ouvrage étant purement réels, toute ressemblance avec une situation de Patriarcat ne saurait être fortuite »

Répondre

Laisser un commentaire