Après un boycott, et un girlcott, le festival international de la bande dessinée d’Angoulême a trouvé un nouveau patron… ou plutôt deux nouvelles patronnes : Céline Bagot et Marie Parisot. La promesse d’un nouveau souffle inclusif et féministe pour l’édition 2027.

Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) s’est brutalement effondré en 2026. 9ᵉArt+, la société gérante de l’événement depuis 2008, était remise en cause par les acteur.rices du milieu depuis de nombreuses années. La mobilisation, menée en grande partie par les créatrices de bande dessinée, a abouti à un boycott, devenu un girlcott d’ampleur. Mais un flou persistait : qui aurait les épaules pour faire revivre, et réinventer, le rendez-vous incontournable du 9e art depuis 1974 ?
Un girlcott super puissant
Les multiples failles du FIBD fragilisent l’événement depuis des années. Déjà en 2016, les créatrices de bande dessinée dénonçaient le sexisme du milieu de la BD et l’invisibilisation de leur travail lors du festival. Leur mobilisation avait abouti à la création du collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme.
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Dix ans plus tard, c’est la collective girlxcott qui a porté le coup fatal au sexisme structurel. En 2025, une enquête du journal L’Humanité révélait un management toxique au sein de 9ᵉArt+ et dénonçait des logiques commerciales prenant le dessus sur la qualité des propositions culturelles, aggravant la situation de précarité des auteur.rice.s. Mais aussi, et surtout, la révélation de violences sexistes et sexuelles a fait éclater la colère du milieu. Une employée de 9ᵉArt+, surnommée Chloé mais qui a depuis témoigné à visage découvert, affirme avoir été droguée et violée par un prestataire lors de l’édition 2024. Lorsqu’elle en parle à sa responsable des ressources humaines, on lui conseille de prendre la pilule du lendemain. Quelques jours plus tard, Chloé appelle le délégué général de la société, Franck Bondoux. Ce dernier aurait alors nié toute responsabilité du festival, l’agression étant survenue “en dehors des heures de travail”. Chloé décide finalement de porter plainte pour viol. Résultat : Franck Bondoux la convoque, lui reproche un comportement inadmissible et la licencie pour « faute grave ».
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Suite au boycott et à l’annulation du FIBD, la collective girlxcott organise les « Fêtes interconnectées de la BD » partout en France afin d’imaginer le festival de demain. Avec l’annonce de l’arrivée des nouvelles patronnes du festival, cette utopie pourrait prendre forme…
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L’avenir de la BD est féministe
Le 21 avril 2026, l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), qui regroupe financeurs publics, maisons d’édition et groupe d’auteurs et d’autrices, a mis fin au flou entourant l’avenir du festival. Quatre groupes avaient déposé un dossier pour reprendre la direction de l’événement. C’est finalement le projet porté par Céline Bagot et Marie Parisot, soutenues par le groupe événementiel Morgane (organisateur des Francofolies de la Rochelle et du Printemps de Bourges), qui a été sélectionné par l’ADBDA.
Les deux femmes ont une longue expérience dans le milieu de la bande dessinée. Marie Parisot a occupé le poste de directrice du marketing pour Dargaud, Casterman et Fluide glacial et a même été directrice générale des Humanoïdes associés. Céline Bagot, elle, n’est pas étrangère au FIBD puisqu’elle a été directrice de la communication du festival de 2016 à 2019. Cette dernière a également créé le Pop Women Festival à Reims en 2022. L’originalité de ce festival ? Programmer 80% de femmes et 20% d’hommes. Un pied de nez au manque de parité quasi systématique dans les événements culturels.
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Interrogée par France Inter au lendemain de sa nomination, Céline Bagot précise sa vision pour l’édition 2027 du FIBD : « Notre volonté, c’est vraiment de travailler avec tout le monde ». Elle ajoute : « Pour avoir créé un festival pour lutter contre l’invisibilisation des autrices, je comprends tout à fait ce qu’il s’est passé. On va être hyper attentives à ce que ça ne se reproduise pas et surtout à être dans le dialogue avec la profession ».
Céline Bagot et Marie Parisot s’embarquent pour un mandat de cinq ans. Avec elles, l’espoir d’un festival inclusif porté par la collective girlxcott se concrétise. Mais avant ça, l’édition 2027 dépend encore de l’issue de la procédure judiciaire engagée par 9ᵉArt+.
Pour en savoir plus sur le sexisme dans l’histoire du 9ème art, lire : Bande dessinée : les femmes sortent de leur bulle. Une histoire mixte du 9ème art par Clara Authiat,. Collection ÉgalE à Égal, coéditée par Le Laboratoire de l’égalité et LNN édition. 74 pages, 9 euros
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