La troisième conférence sur le financement du développement, à Addis Abeba, a débouché sur un « programme d’action »… bien trop favorable aux pays riches et au secteur privé, jugent les ONG.
Les représentants des 193 Etats membres de l’ONU sont parvenus le 16 juillet à un accord, à Addis-Abeba, en Ethiopie, à l’issue de la troisième conférence sur le financement du développement. L’enjeu était en premier lieu de se donner les moyens de financer les objectifs de développement pour les 15 prochaines années, qui seront adoptés lors d’un sommet de l’ONU en septembre. En jeu, des centaines de milliards d’euros par an.
Voir aussi : Objectifs du Millénaire pour le Développement : dernier bilan avant nouveau départ
Le « Programme d’action d’Addis-Abeba » adopté le 16 juillet comporte toute une série d’engagements et constitue « une étape importante dans la construction d’un monde de prospérité et de dignité pour tous », se félicite le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
Les pays les plus riches se sont, entre autres, réengagés à respecter l’objectif de consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide publique au développement (APD). C’était le moindre qu’attendaient les ONG. D’autant que cette promesse n’a jusque là été tenue que par une poignée de pays. La France reste très loin du compte.
ONU Femmes se félicite de son côté de ce que le Programme d’action réaffirme l’importance de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes dans le développement durable. Il prévoit notamment une augmentation des ressources de l’aide publique au développement allouées aux femmes et un soutien accru aux institutions de promotion de l’autonomisation des femmes.
Les pays riches gardent la main
Mais si l’ONU parle d’un accord « historique », voire « révolutionnaire », la plupart des ONG dénoncent un « échec » et des « renoncements ». Pour Christian Reboul, responsable de plaidoyer financement du développement à Oxfam France, présent à Addis-Abeba, l’accord « maintient un statu quo, qui satisfait les Etats les plus riches et le secteur privé ».
L’accord prévoit « une plus grande coopération internationale en matière fiscale pour endiguer l’augmentation des flux financiers illicites », explique l’ONU. Mais derrière ces grands mots, et malgré de vives discussions, les pays développés, parmi lesquels la France, ont bloqué la création d’un organisme inter-gouvernemental, intégré à l’ONU, qui aurait traité des questions fiscales et des flux financiers. Selon Christian Reboul, « les pays en développement perdent chaque année 100 milliards de dollars du fait de l’évasion fiscale transitant par les paradis fiscaux ».
Un tel organisme aurait permis « à tous les pays du monde d’avoir voix au chapitre sur ces enjeux, traités actuellement au sein de ce club de pays riches qu’est l’OCDE », note le CCFD-Terre Solidaire. Même son de cloche du côté du Secours Catholique – Caritas France : « Les pays riches ont refusé toute nouvelle initiative multilatérale pour traiter les enjeux économiques, financiers ou commerciaux qui concernent l’ensemble des pays de la planète, préférant conserver le pouvoir détenu au sein d’espaces restreints comme le G20 ou le FMI. »
« La position de la France est incompréhensible et dangereuse »
Le texte « tourne le dos au multilatéralisme et à une approche universelle des questions de financement », déplore le Secours Catholique. Lucie Watrinet, chargée de plaidoyer Financement du développement au CCFD-Terre Solidaire, interprète également ce blocage des pays riches « comme un rejet du multilatéralisme ». Et y voit un mauvais signe à l’approche d’un autre sommet international, celui sur le climat à Paris à la fin de l’année, où la question du soutien financier aux pays les plus pauvres sera un point crucial : « La position de la France est incompréhensible et dangereuse : comment peut-on avoir pour objectif un accord onusien sur le climat à Paris tout en dénigrant les Nations unies et en assumant que certains sujets ne doivent être traités qu’entre pays riches ? ».
Autre élément de critique : « ce repli des pays riches sur les instances restreintes de pilotage de l’économie s’accompagne d’un appel sans conditions au secteur privé pour financer les besoins gigantesques du développement », note le Secours Catholique. Lucie Watrinet du CCFD -Terre Solidaire dénonce « le tapis rouge déroulé au secteur privé pour financer le développement ». Car « l’appel à la contribution des entreprises n’est accompagné d’aucun encadrement suffisant et contraignant pour s’assurer qu’elles respectent les droits humains et l’environnement et contribuent réellement au développement. »
Photo : ouverture de la conférence d’Addis-Abeba le 13 juillet 2015 © UN Photo/Eskinder Debebe
