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Garde des enfants : les pères gagnent du terrain

par La rédaction
Par 白士 李 sur Flickr (CC BY 2.0)

Par 白士 李 sur Flickr (CC BY 2.0)

Les pères des grues de Nantes déforment la réalité. La résidence principale chez la mère concernait 73,5% des enfants en 2010, contre plus de 80% en 2003. « En l’état du droit, la résidence alternée et la résidence principale chez le père se développent, y compris quand la mère s’y oppose » dit le CAS.


 

Descendant de sa grue en traitant les ministres de « bonnes femmes » qui « se foutent toujours de la gueule des papas », l’homme qui protestait à Nantes est aussi descendu du piedestal où certains médias l’avaient placé.

Mais un message tenace s’est immiscé : les pères seraient toujours lésés par une justice trop féminisée quand il s’agit de décider de la garde des enfants.Un message bâti sur du vent.

Le Centre d’analyse stratégiques (CAS) relevait même en octobre dernier dans sa note ‘Désunion et paternité’ que, « en l’état du droit, la résidence alternée et la résidence principale chez le père se développent, y compris quand la mère s’y oppose. »

En hausse : la garde alternée et la garde par les pères

Le CAS évoquait ces chiffres : la résidence principale chez la mère concernait 73,5% des enfants en 2010 contre plus de 80% en 2003. Logiquement, « la résidence alternée est en augmentation depuis la réforme de 2002 : en 2010, elle s’élevait à 16,5% contre 9,9% en 2004. ». Tandis que « presque 10% des enfants résident principalement chez leur père », contre moins de 8% en 2007.

Et si la domiciliation chez la mère reste largement majoritaire, rien de permet d’affirmer que la décision vient des juges, à l’encontre des choix des pères. Sur son blog, le magistrat Michel Huyette donne la parole à une juge des affaires familiales : dans sa juridiction, dans 50% des affaires le divorce est un « consentement mutuel », « ce qui signifie que ce sont les deux parents qui, eux mêmes et ensemble, décident chez qui leur enfant va vivre ».

Et à l’échelle nationale, selon des chiffres du ministère de la Justice sur l’année 2007, la part de la résidence en alternance « s’impose en l’absence de conflit » : elle s’élève alors à 21,5%.

Dans l’autre moitié des dossiers, même en l’absence de consentement mutuel, « les parents sont d’accord sur le lieu de résidence de leur enfant dans environ 87% des cas, étant relevé que majoritairement l’accord entre eux deux aboutit à une résidence au domicile de la mère », note le juge cité par Michel Huyette, qui en conclut : « Il n’y a donc un véritable conflit entre les deux parents à propos du lieu de vie de l’enfant que dans 6,5% des divorces. » Bien davantage que la garde des enfants, le principal conflit, à l’heure du divorce, concerne la pension alimentaire (Lire : Pensions alimentaires : l’autre pomme de discorde des séparations).

« Double assignation »

Comme le relevait le Centre d’analyse stratégiques, « une majorité de pères ne revendiquent pas la résidence principale ou en alternance, par principe, pour des raisons pragmatiques de plus grande disponibilité de la mère, ou par autocensure ».
Des raisons pragmatiques soulignées sur FranceTVinfo par Hélène Poivey-Leclercq, avocate spécialisée dans les affaires familiales : les femmes « s’arrêtent plus souvent de travailler ou sont à temps partiel » et « sont plus disponibles » pour élever leurs enfants. L’égalité hommes-femmes doit aussi passer par le monde professionnel et les modes de garde, souligne l’avocate.

Derrière la question de la garde des enfants, il y a en effet celle, plus globale, de l’inégalité persistante des rôles au sein du couple. D’ailleurs dans les trois quarts des divorces contentieux, c’est l’épouse qui est à l’origine de la demande ; plus investies, les femmes seraient plus souvent déçues du niveau d’engagement de leur mari ou concubin, note le sociologue François de Singly (in Séparée. Vivre l’expérience de la rupture, 2011).

Les pères ne sont d’ailleurs pas forcément responsables. Ils sont aussi eux-mêmes victimes de la « double assignation » des mères et des pères qui prévaut dans le monde du travail. Le CAS, encore, le soulignait : « les entreprises dissuadent encore les stratégies de conciliation travail/famille pour les hommes. L’accès à l’aménagement du temps est moins facile pour les hommes que pour les femmes ». Tandis que la mère est davantage associée à la petite enfance : la résidence chez la mère « perd en puissance à mesure que l’enfant grandit », observait le ministère de la Justice : « Les adolescents résident plus souvent chez leur père que les enfants plus jeunes. »

 
Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS :

Le lobbying des pères en haut des grues

Les pères restent réfractaires au congé parental

La parentalité, toujours déséquilibrée

 

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6 commentaires

hic 20 février 2013 - 17:16

Et encore un article qui cloue le bec à ce ramassis d’idioties que l’on nous sert jusqu’à la lie depuis quelques jours. Bravie.

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Louisele 20 février 2013 - 22:53

Les pères seraient toujours lésés par une justice trop féminisée quand il s’agit de décider de la garde des enfants. Ok, peut-etre…. mais combien demandent effectivement a avoir la garde lors du divorce ???

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de profundis 21 février 2013 - 05:47

et dire que les médias ont voulu nous faire pleurer sur ces hommes possessifs et souvent violents qui instrumentalisent leurs enfants parce qu’ils ne supportent pas d’avoir été plaqués… Les hommes, les pères, les vrais respectent leurs enfants et la mère qui les élève avec eux. Et heureusement, ces hommes sont majoritaires…

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09 Aziza 21 février 2013 - 10:25

Une justice trop féminisée ??? Il est difficile de se faire une opinion, car au contraire, un livre comme « Divorces, séparations, les enfants sont ils bien protégés ? »par J;Félip, et M. Berger, dénonce des décisions de garde alternée aberrantes, appliquées à de trop jeunes enfants, dont les pédopsychiatres interviewés
expliquent les troubles psychiques et de comportement provoqués.
Ces décisions sont à imputer à l’oreille trop complaisante prêtée aux groupes de pères, sans le discernement suffisant.
Quand Valérie Pécresse parle de garde alternée obligatoire dés deux ans et demi, on croit rêver!
C’est tout de même curieux qu’on fasse tout à coup table rase de toutes les découvertes scientifiques et psychanalytiques des deux siècles derniers sur l’enfance, tout cela parce que cela arrange un groupe de pression. Ces découvertes ont été utilisées, avec manipulation CONTRE les femmes pour les persuader de rester au foyer;on veut maintenant les persuader subitement qu’elles ne servent à rien… Le savoir existant est toujours utilisé par les dominants qui le manient à leur guise pour arriver à leurs fins.

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Lili 27 février 2013 - 08:43

Je me permets de partager un article qui me semble plutôt équilibré et bien fait.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/22/defendre-les-peres-sans-attaquer-les-meres_1836980_3232.html

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Eren JABE 12 avril 2013 - 15:19

« Papa, pourquoi les papas ça ne sert à rien ? »

Mon fils sur mes épaules, j’entendis à mon oreille, ce jour-là sa petite voix cristaline me poser cette terrible question.
Ah ! j’aurais bien voulu répondre que les papas ça sert! Oh que oui ! j’aurais tant voulu.
Mais quand vous avez votre fils le samedi après midi toutes les deux semaines et… celà depuis des années, eh bien, je n’ai su que répondre…
Souvent, après l’avoir ramener à 18h, le samedi, je revenais ranger ses jouets éparpillés dans sa chambre.
Je m’asseyais ensuite sur son lit, devenu depuis trop petit; perplexe, j’essayais de comprendre.
Depuis février 2011, il l’a pourtant sa chambre : des photos, témoignages, documents, etc… qui attestent que je fais tout pour être père.
Mais les années passent et son lit, son vélo, tout devient si trop petits : pensez : en cumulant ses heures d’après midi, j’ai mon fils six jours

entiers : comment être père ? Ceux qui me lisent et qui ont des enfants peuvent-il me répondre ?
Et, assis, je souffrais en silence, songeant aux dames-juges, qui changent si souvent que je ne retiens plus leur nom. Pourquoi, ces délais si longs ?
Certes, avec leur turn-over incessant, les dossiers pataugent, mais enfin ! Tant d’année !
En fait, chaque nouvelle dames-juge, en reprenant le dossier constate que le petit n’a de père que sur le papier.
Et, en m’autorisant le samedi ET dimanche, l’enfant sera perturbé. Au surplus, chaque année, ce pseudo-père, faute du temps suffisant, « menacent »

d’abandonner sa « paternité » : c’est là encore preuve de la désinvolture des hommes envers leur progéniture.
Au demeurant, ne paie-t-il pas sa pension rubis sur ongle ? Tout va bien donc, pourquoi changer ?
Pauvre papa de papier confiant en la civilisation et qui ne comprend pas que dans ce monde marchandisé,
l’enfant est un produit comme un autre et qu’on lui loue son propre fils.

S

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