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Grand prix de la mixité : discours et actes

par Isabelle Germain

Presque 10 ans après la loi sur les quotas, le milieu de la finance se montre à la fois volontaire et circonspect. Ambiance lors de la remise des prix « de la mixité »

Si Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, n’a pas hésité à dire que les entreprises méritent un « peut mieux faire » sur les questions d’égalité entre femmes et hommes, c’est dans une ambiance un peu retenue que l’Institut du capitalisme responsable (ICR) et Ethics & Boards ont décerné des Grands prix prudemment appelés prix de la « mixité » dans le cadre feutré du Forum financier international de Paris Europlace le 10 juillet dernier.

Les organisatrices de ce prix ne sont pas dupes.  Caroline de La Marnierre, présidente de l’ICR et Floriane de Saint Pierre, présidente d’Ethics & Boards se réjouissent de voir que la France, grâce à la loi Copé-Zimmermann (qui a introduit les quotas dans les Conseils d’administration) est championne avec 45 % de femmes dans les Conseils d’administration (CA) des entreprises du CAC 40. Cependant, elles soulignent que dans les comités exécutifs et les comités de direction où la loi n’intervient pas, les femmes ne représentent que  18,2% des effectifs. Et au sein du SBF 120, 32 entreprises comptent moins de 10% de femmes dans leur Comex et 18… aucune !

Mais les discours et débats qui ont émaillé la cérémonie de remise de prix dans le très chic Pavillon Gabriel à Paris étaient inégaux et parfois empreints de ce que la politologue Réjane Senac appelle « l’égalité sous condition ». Certains défenseurs de la mixité tenaient à justifier leur engagement uniquement par la rentabilité et la performance des entreprises laissant ainsi planer un soupçon d’inefficacité chez les femmes qui viendraient rompre l’entre soi masculin. Certains discours n’ont pas vraiment évolué depuis les débuts des discussions de la loi sur les quotas que beaucoup admettaient « en se bouchant le nez. » Sophie de Nadailac, présentée comme « associé-gérant » (sans « e ») chez Lazard a, par exemple, affirmé que dans sa société, l’essentiel sur la question de la mixité était de : «ne pas sacrifier la qualité pour la diversité»… Comme, si depuis qu’on parle des quotas l’idée continuait d’être interprétée à l’envers. Il faut le répéter : les quotas n’ont pas été créés pour placer des incompétentes aux plus hautes postes mais pour éviter que des femmes compétentes ne soient bloquées parce que femmes.

Autre biais dans les discours : l’ode aux supposées « qualités féminines » chantée principalement par des hommes. Ludo Van der Heiden, professeur à l’Insead a par exemple affirmé que les femmes étaient « mieux disposées au fairplay », qualité devenue recherchée en entreprise. Tandis qu’Augustin de Romanet, président de Paris Europlace, a dit boire du petit lait en l’entendant. Il a, de son côté, regretté d’avoir été critiqué lorsqu’il louait les qualités qu’il trouvait spécifiques aux femmes. Ce que les auteures des lois sur les quotas voulaient éviter. Prêter des qualités différentes aux femmes et aux hommes dans des discours essentialistes conduit sur la voix de la «complémentarité ». Le risque de la complémentarité étant de cantonner les femmes à des rôles et fonctions limités à leur supposées qualités.

Et à la question « y-a-t-il une « gender fatigue » -autrement dit faut-il lever le pied parce qu’on parle trop de parité ?- , il s’est trouvé des intervenants pour dire oui. Heureusement, Meka Brunel, Directrice Générale de Gécina, a affirmé qu’il n’y avait pas de fatigue, que la révolution culturelle était en marche et qu’il ne fallait pas l’arrêter, question d’éthique, question d’avenir. « J’ai toujours considéré que a loi Copé-Zimmermann était, non pas une loi d’équilibre mais une loi de survie de l’espèce.» Même si, a-t-elle reconnu avec humour, il y a peut-être une gender fatigue dans son entreprise mais ça n’arrive pas jusqu’à ses oreilles de patronne.

Néanmoins, les lauréats des prix ont montré que la mixité avance :

Les 10 critères pour désigner les lauréats sont répartis en trois rubriques: mixité du Conseil, mixité des instances dirigeantes exécutives et représentativité des femmes dans l’entreprise.

Grand prix de la mixité dans la catégorie CAC 40 : Sodexo. Son CA compte 58 % de femmes et il est présidé par une femme. Et surtout, son Comex compte 35% de femmes (contre dans 18,2% dans les entreprises du CAC 40. Aucune obligation légale n’impose la parité dans cette instance) Elles sont 34 femmes dans le « Top 100 ».

Catégorie SBF 80 : Korian. 40% de femmes au CA, 25% à son comex et 46% dans son Top 100.,

Catégorie des entreprises de moins de 10.000 salariés : Gecina. 50% de femmes au CA, 40 % au comex (contre 25% l’année dernière).

Au niveau européen, pour l’Allemagne, Le prix DAX 30 est remis à Henkel : 37% de femmes au CA présidé par Simone Bagel-Trah. 16,7% de femmes au comex (en Allemagne la moyenne est à 14,2%).

Pour l’Italie, le prix FTSE MIB est décerné à la Poste Italiane. 44,4%, de femmes au CA présidé par une femme, Maria Bianca Farina. 28,6% de femmes au comex (contre 11,4% en moyenne en Italie.)

Et le Grand Prix de la mixité européen est attribué à Unilever.  38,5% de femmes à son CA et 36,4% de femmes au comex.

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