Accueil Politique & Société Grande cause nationale, petit budget ?

Grande cause nationale, petit budget ?

par Isabelle Germain

Le budget de l’Etat consacré aux droits des femmes est concerné par les coupes annoncées par le gouvernement. Ces coupes mettraient en péril nombre d’associations œuvrant pour ce qui doit être une grande cause nationale. Elles se mobilisent


.

Les –déjà maigres !- subventions accordées par l’Etat aux associations luttant contre les violences envers les femmes devraient baisser. C’est le JDD qui l’a annoncé dimanche, faisant écho aux inquiétudes de responsables d’associations qui appréhendent des baisses pouvant aller jusqu’à 25 % du budget consacré aux droits des femmes. Partiel démenti du gouvernement par la voix du cabinet de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes : il y aura des baisses comme partout mais pas dans les proportions indiquées, les coupes porteront sur les frais de fonctionnement et, dixit à LCI, « Les associations dont l’objet est l’accueil des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles ne sont pas concernées ».

Beaucoup des associations qui reçoivent des subventions  se consacrent à l’accueil et à la protection des femmes victimes de violence et aucune ne mène grand train. Elles sont déjà « à l’os », étrangler leur budget mettrait leur action en péril.

Marlène Schiappa rappelle que son secrétariat d’Etat est rattaché à Matignon, que la grande cause nationale est financée par l’Elysée et Matignon et que cela devrait mettre d’autres moyens au service de la cause. Sommes-nous devant une page blanche ou pas de page du tout ? Pour l’instant c’est très flou, aucune annonce n’a été faite dans le sens de nouveaux moyens déployés par le Premier ministre.

Ce qui a mis le feu aux poudres est l’interminable attente par les associations de la signature de leur convention pluriannuelle -ce précieux sésame qui leur permet de savoir si elles pourront où non continuer leur activité- et pour certaines, le non versement d’une première tranche de leurs subventions. C’est l’AVFT, Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail, qui a alerté les autres associations. Son budget devait être augmenté pour faire face à un afflux de plaintes consécutives à l’affaire Baupin qui a permis aux femmes de décider de ne plus accepter les violences et le harcèlement. Las, l’AVFT ne sait toujours pas si elle pourra soutenir et accompagner ces femmes dans les éprouvantes démarches juridiques qu’elles devront entreprendre. Idem pour d’autres associations.

Un rapport inédit sur le financement de l’égalité femmes/hommes publié en septembre dernier indiquait que : le budget du ministère des Droits des Femmes consacré au programme d’égalité entre femmes et hommes s’élevait à 26,9 millions d’Euros soit 0,0066 % du budget de l’État. Quant à la politique transversale d’égalité femmes/hommes (tous ministères confondus) elle représentait 221 millions d’Euros soit seulement 0,05% du budget de l’Etat. Ce budget a beau avoir été multiplié par 5 en 10 ans, avec 220 millions d’euros, il reste la plus petite enveloppe du gouvernement. Et encore, nombre d’actions incluses dans cette politique transversale ne méritaient pas vraiment d’y entrer, notaient les auteur.es du rapport.

L’argent est bel et bien le nerf de la guerre contre le sexisme et contre les violences faites aux femmes. Comment lutter contre ce fléau sans argent pour héberger les victimes de ces violences, les protéger de leurs bourreaux, les aider à se réinsérer ? Pour former les personnels de police de justice, les médecins, les travailleurs sociaux… afin qu’ils agissent à temps et cessent, pour certains, de banaliser, d’ignorer ces violences, voire de transformer les victimes en coupables ? Pour éduquer, dès le plus jeune âge à la lutte contre ces violences ? Pour lutter contre une certaine forme de désinformation fatale aux femmes ?… Et ce n’est pas tout. Pour atteindre l’égalité femmes/hommes, il faut faire évoluer les mentalités en agissant sur l’éducation et la culture en soutenant financièrement des œuvres non sexistes.

Pour tirer la sonnette d’alarme, les associations qui le pouvaient se sont réunies ce lundi après-midi. Autour de la table : Le planning Familial, la Fédération nationale solidarité femmes, le collectif féministe contre le viol, la maison des femmes de Paris, le centre Hubertine Auclert, Femmes solidaires et l’AVFT.

L’ex ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol a, dès ce lundi, adressé un courrier à Edouard Philippe intitulé :  « Monsieur le Premier Ministre, épargnez le budget consacré à l’égalité femmes/hommes ». Elle cite également d’autres associations comme le CNIDFF ou le mouvement du nid.

Les associations concernées par les coupes de budgets envisagent au minimum de publier une tribune commune.  « Le gouvernement parle de grande cause nationale, en outre, la lutte contre les violences faites aux femmes est une fonction régalienne de l’Etat » rappelle Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’AVFT. Si l’Etat ne veut plus financer les associations qui assurent cette mission, elles n’excluent pas d’orienter les femmes qui les appellent vers les services du Premier Ministre, comme l’AVFT l’avait fait en 1997 lorsque Lionel Jospin était Premier Ministre.

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS

Droits des femmes : Macron sous surveillance des associations

Marlène Schiappa : “Chaque action gouvernementale doit permettre d’aller vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes”

Sur l’égalité femmes/hommes, Édouard Philippe a tout à prouver

L’égalité des sexes en marche ?

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

1 commenter

1 commenter

09 Aziza 18 juillet 2017 - 12:05

Il ne faut pas avoir la naïveté de croire que la parité approximative du niveau gouvernement va faire changer les choses: sitôt au pouvoir, les femmes chaussent des lunettes masculines. Hélas. A quelques exceptions prés. L’une d’elle vient de disparaître, nous pouvons pleurer.

Répondre

Laisser un commentaire