Inégalités record dans les pays riches

par Arnaud Bihel

L’OCDE constate dans un nouveau rapport que les écarts de revenus s’accroissent dangereusement dans les pays développés. La France fait moins pire que les autres, mais la régression est générale.


1% contre 99%. Comme cette image, qui illustre son rapport intitulé « Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenus se creusent« , l’OCDE prend des accents altermondialistes. « Le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays », s’inquiétait son Secrétaire général Angel Gurría, lundi 5 décembre, lors du lancement à Paris de ce rapport. L’organisation économique avertit : les gouvernements doivent agir sans délai pour combattre les inégalités.

L’OCDE constate que, parmi les pays développés qui la composent, le revenu moyen des 10 % les plus riches est aujourd’hui neuf fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. Le fossé qui sépare les riches des pauvres atteint un niveau « record », au plus haut depuis plus d’un quart de siècle

C’est dans les économies émergentes membres de l’organisation, Chili et Mexique, que ce fossé est le plus important, mais il a commencé à se combler. Tandis que dans les pays plus riches et égalitaires, comme l’Allemagne, le Danemark et la Suède, l’écart de revenus s’est creusé : les plus riches y gagnent aujourd’hui 6 fois plus que les plus pauvres, contre 5 fois plus dans les années 1980.

Enrichissement par le haut

Ainsi, dans 17 des 22 pays de l’OCDE étudiés, le coefficient de Gini, qui établit une mesure des inégalités, a empiré durant ces 25 dernières années. La France peut se targuer d’avoir connu une légère progression (voir tableau ci-dessous). « Les inégalités de revenus sont restées stables en France », titre globalement la presse ce lundi. Mais il faut observer la courbe en deux temps : après une baisse dans les années 1990, les inégalités sont reparties à la hausse au cours de la dernière décennie.

En 2008, le niveau de vie moyen des 10% des français les plus riches était d’environ 61 000 € par an, 7 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. Ce ratio était de 8 en 1985, mais il était descendu à 6 en 1995.

Depuis le début des années 1990, la part des richesses perçues par les 1% les plus riches a régulièrement augmenté en France, comme dans tous les pays de l’OCDE : de 8,2% en 1990 à 8,9 en 2006. Cette concentration des richesses reste toutefois bien moins forte que dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis par exemple, la part des revenus allant aux 1% les plus riches est passée de 8 à 17% entre 1974 et 2007. Dans le même temps, celle allant aux 20% du bas de l’échelle sociale s’est réduite, de 7 à 5%.

Défavorisés à l’écart

Pour Angel Gurría, « cette étude balaie l’hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées et qu’un surcroît d’inégalité stimule la mobilité sociale ». Le rapport vient ainsi confirmer ce que le Secrétaire général de l’OCDE exprimait quelques semaines plus tôt, à l’occasion d’une conférence sur les indicateurs de richesse : « Le sentiment qui domine est que la mondialisation et la croissance économique n’ont pas bénéficié à tous les groupes de la société ».

Le constat n’a rien de nouveau, mais semble trop souvent oublié par les décideurs. Selon le rapport, les inégalités croissantes de salaires et de revenus du travail ont été le principal facteur de creusement des inégalités. Car le progrès technologique a davantage profité aux travailleurs très qualifiés qu’aux moins qualifiés. La progression du temps partiel et des emplois faiblement rémunérés a elle aussi creusé l’écart.

Autre facteur d’accroissement des inégalités : l’augmentation des revenus du capital . En France, bien que faible (4%), la part du capital dans le revenu total « a doublé depuis le milieu des années 1980 et est également devenue plus concentrée dans les groupes à haut revenu. » Le 25 novembre, l’INSEE constatait de son côté que les inégalités de patrimoine se sont accrues de 10% entre 2004 et 2010.

Pour un impôt plus redistributif

Pour réduire les inégalités, l’OCDE répète son credo : une meilleure éducation pour de meilleurs emplois. Mais, au-delà, reprend à son compte le message qui a retrouvé du crédit cette année, même chez les premiers concernés : faire payer les plus riches. Le rapport souligne « la nécessité pour les gouvernements de réviser leur fiscalité afin que les plus nantis assument une part équitable de la charge fiscale. »

Car l’un des facteurs du creusement des inégalités a aussi été, ces dernières années, « une baisse des taux d’imposition maximal pour les personnes à revenu élevé », et la France ne fait pas exception.

Si la France semble s’en tirer mieux que les autres pays membres de l’organisation économique, c’est aussi grâce à ses dispositifs de protection sociale. Les dépenses de services publics comme la santé, l’éducation et les soins y représentent 16% du PIB en 2007, au-dessus de la moyenne OCDE (13%). L’organisation estime que la valeur de ces services contribue à réduire les inégalités d’un cinquième. Mais le rapport observe aussi que ces dispositifs de protection, « dans maints pays, ont perdu de leur pouvoir redistributif depuis le milieu des années 1990. »

Là encore, l’INSEE, établissait tout récemment le même constat, relevant qu’en 20 ans en France l’impôt est devenu moins égalitaire et les prestations sociales moins favorables aux 20% les plus pauvres.

Tableau : © OCDE 2011. La valeur de ce coefficient Gini varie entre 0, qui correspond à une « égalité parfaite » (chaque personne reçoit la même fraction des revenus) et 1, qui représente une « inégalité parfaite » (la fraction de la population la plus riche reçoit l’intégralité des revenus).

Image haut de page : © David Rooney, OCDE 2011.


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NR77 8 décembre 2011 - 08:29

Les promesses de la modernité ne sont pas au RV. C’est la fin !

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