Accueil Economie Inégalités salariales : opération transparence au Royaume-Uni

Inégalités salariales : opération transparence au Royaume-Uni

par Arnaud Bihel

Exit la méthode volontariste, David Cameron serre la vis. Le Premier ministre britannique propose de rendre obligatoire la publication des écarts salariaux entre les sexes pour les entreprises d’au moins 250 employé.e.s. Une idée qui traînait dans les cartons depuis 5 ans.


 Un pas en avant pour l’égalité salariale femmes/hommes ? David Cameron a décidé de prendre à bras le corps le problème et de « combler les écarts genrés de salaires en une génération ». Le Premier ministre britannique, réélu en mai dernier, a fait cette annonce mardi 14 juillet, et s’en est notamment justifié sur son compte Facebook : « De manière générale une femme gagne 80 pence (1,13 euros) quand un homme gagne une livre (1,41 euros). C’est un scandale et je suis déterminé à y mettre fin ».

Principal axe de ce projet de loi : la transparence, via la publication obligatoire des écarts de salaire hommes/femmes dans toutes les grandes entreprises. Le gouvernement britannique prendrait donc le même chemin que Paris. Depuis fin 2012, des sanctions sont prévues en France pour les entreprises de plus de 50 salariés qui n’engageraient pas d’actions sur l’égalité salariale.

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Avant une entrée en vigueur prévue en 2016, une consultation est ouverte, jusqu’en septembre, pour déterminer les détails de cette transparence – et tout particulièrement « quelles informations seront publiées, quand et comment ». Un progrès dans l’absolu, mais « le diable est dans les détails », souligne déjà la Fawcett Society, association féministe : si les règles sont trop peu précises et contraignantes, elles n’auront aucune efficacité.

Un air de déjà-vu

Ce projet reprend en fait celui proposé en 2010 par les Travaillistes (dans « l’article 78 »), juste avant que le Conservateur David Cameron arrive au pouvoir, et resté lettre morte durant les 5 ans de son premier gouvernement. Il prévoyait d’obliger les entreprises de plus de 250 salariés à fournir des données genrées sur les salaires… exactement la même loi que propose aujourd’hui le Premier ministre.

Son précédent gouvernement avait fait le choix de l’auto-régulation, à travers le programme « Penser, Agir, Publier », un échec cuisant : en 2011, plus de 200 entreprises britanniques s’engageaient à fournir un rapport sur les écarts de salaire hommes/femmes. Quatre ans plus tard, elles ne sont que cinq à l’avoir fait.

Face à l’annonce de David Cameron, « ma première pensée a été : ‘cela me dit quelque chose’ », a déclaré Jo Swinson, qui a été ministre des Droits des Femmes (Libéral Démocrate) dans l’ancien gouvernement de coalition, au journal New Statesman « C’était très frustrant, pendant la majeure partie des cinq ans, les Conservateurs ont été opposés au projet de loi sur la publication des écart salariaux genrés (…) Néanmoins il est toujours positif de voir que le Premier ministre et les vieux politiciens en reconnaissent l’importance, pas seulement pour le droit des femmes, mais plus largement pour l’économie du pays », conclut-elle.

Horizons et sommet

Le plan annoncé le 14 juillet s’appuie sur d’autres axes. Le gouvernement avait déjà annoncé une hausse progressive du salaire minimum, « ce qui bénéficiera en priorité aux femmes, qui ont tendance à occuper les emplois les moins bien payés », note David Cameron.

Il entend également élargir les « horizons des filles », aux matières scientifiques notamment. De fait, pour Philippa Oldham, ingénieure et porte parole de Institution of Mechanical Engineers (l’Institution des ingénieurs mécaniques) interviewée par le journal britannique The Guardian, les femmes composent 15% des ingénieurs britanniques et seulement 1% des ingénieurs mécaniques.

Enfin le dernier axe vise à « aider plus de femmes à atteindre le sommet » puisqu’elles ne représentent que 34% des directeurs, managers ou hauts fonctionnaires, alors que 47% des Britanniques en emploi sont des femmes.

David Cameron explique ainsi pourquoi les questions de parité et d’inégalités salariales lui tiennent aujourd’hui à coeur : « Quand mes filles, Nancy et Florence (11 et 4 ans, ndlr), commenceront à travailler, je veux qu’elles regardent les différences de salaires comme nous regardions le fait que les femmes ne pouvaient voter ou travailler :quelque chose d’obsolète et d’injuste que nous avons surmonté, ensemble ». L’histoire ne nous dit pas ce qu’il en aurait été si Cameron n’avait eu que des fils…

 


Selon les statistiques européennes, l’écart de rémunération entre hommes et femmes s’établit au Royaume-Uni à 19,7%, au-dessus de la moyenne européenne (16,4%). Il s’agit là du salaire horaire brut – qui gomme les écarts dus aux différences d’heures travaillées mais intègre encore d’autres discriminations indirectes : celles liées à la nature différente des métiers et des fonctions exercés par les hommes et les femmes (Voir : Les écarts de salaires hommes/femmes décortiqués).

 

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