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Iran : Nasrin Sotoudeh, militante des droits humains, est sortie de prison

par Rebecca Wolozinsky

Après avoir passé plus de deux ans derrière les barreaux et suivi une grève de la faim, l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh est enfin rentrée chez elle. Et vient d’être testée positive au Covid-19.

« Je vous le dis haut et fort : les prisonnier·es politiques puisent dans votre amitié et votre soutien la force de survivre » a écrit Nasrin Sotoudeh à sa sortie de prison, remerciant ainsi la communauté internationale qui n’a eu de cesse de la soutenir depuis le début de son combat. Après une grève de la faim de 45 jours (stoppée fin septembre), l’avocate lauréate du prix Sakharov du Parlement européen avait été hospitalisée d’urgence, avant d’obtenir sa libération provisoire le 7 novembre dernier. Ainsi que l’a annoncé son mari sur twitter.

Condamnée une première fois en 2010 pour « diffusion de propagande » et « conspiration mettant en danger la sécurité de l’Etat », Nasrin Sotoudeh avait été graciée en 2013 suite au soulèvement international contre son incarcération,.

Mais en 2018, de plus en plus de femmes se révoltent contre le port obligatoire du hijab. Alors qu’elle défend plusieurs de ces jeunes femmes, elle est arrêtée à nouveau au mois de juin de cette même année. L’avocate est alors détenue sous couvert d’une obscure condamnation à 5 ans d’emprisonnement dont elle n’a jamais eu connaissance.  Condamnée le 11 mars 2019 sous 7 chefs d’inculpation, soit au total 38 ans de prison et 148 coups de fouet, elle est déclarée, entre autres, coupable d’« incitation à la corruption et à la prostitution » et d’avoir « commis ouvertement un péché […] en se présentant en public sans hijab ». L’article 134 du code pénal iranien autorise le juge à appliquer une peine plus sévère que la peine obligatoire si l’accusé fait l’objet de plus de 3 chefs d’inculpation. Dans cette affaire, le juge a usé de son pouvoir discrétionnaire pour la condamner à la peine maximale pour chacun des chefs d’inculpation et y a rajouté 4 ans supplémentaires.

Toujours selon le droit applicable en Iran, dès l’âge de 9 ans, les femmes et les filles qui apparaitraient en public sans foulard, risquent entre 10 jours et 2 mois d’emprisonnement, ou une amende. En pratique, le port du foulard est imposé dès l’âge de 7 ans. Il apparaît également que dans la pratique, toute personne qui viendrait défendre le droit de ne pas le porter, risque sa vie.

Aujourd’hui, Nasrin Sotoudeh est de retour chez elle. Mais pour combien de temps ? Mardi, son mari a indiqué sur Facebook qu’elle avait été testée positive au covid-19. Avant sa sortie de prison « elle avait dit que le coronavirus s’était répandu dans son quartier et que nombre de détenues étaient tombées malades », écrit-il sans donner de précisions sur l’état de santé de son épouse.

La communauté internationale reste vigilante. En France, le conseil national des barreaux avait lancé une pétition, dès le 15 juin 2018, demandant la libération immédiate de Nasrin Sotoudeh à l’initiative de sa présidente, Christiane Féral-Schuhl : « Le Conseil national des barreaux et toute la profession exigent la libération de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, défenseure des droits de l’homme, condamnée injustement dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. » Le combat n’est pas encore terminé. Combat personnel, mais surtout le combat que mène l’avocate depuis des années pour la liberté de son peuple et le respect des droits humains. Ses soutiens se montrent heureux mais prudents. Christaine Féral-Schuhl, sur twitter parle de « lueur d’espoir ».

 

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