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IVG, débat toujours vif en Europe

par Arnaud Bihel

Le site internet officiel d’information sur l’IVG est en ligne, à la veille de la journée internationale pour la dépénalisation de l’avortement, samedi 28 juin. L’occasion d’un tour d’horizon des débats politiques sur la question, de l’Irlande à l’Espagne en passant par la Lituanie.


 

Annoncé deux semaines plus tôt, le site officiel d’information sur l’IVG est en ligne, vendredi 27 septembre, à la veille de la Journée internationale pour la dépénalisation de l’avortement.

Ce site internet, ivg.gouv.fr, proposera « une information neutre et de qualité sur l’IVG », selon les mots du ministère des Droits des femmes. « Il vient en réponse à la prolifération d’informations souvent trompeuses et culpabilisantes pour les femmes sur la question de l’IVG. »

En France, cette année a été marquée par plusieurs annonces positives : le gouvernement décidait, en mars, de revaloriser l’acte pour les établissements. Une mesure attendue depuis plusieurs années qui s’ajoute au remboursement à 100% pour les patientes. Et en septembre le Sénat a adopté un amendement visant à étendre le délit d’entrave. Reste que le nombre d’établissements pratiquant l’IVG continue de baisser.

 

Cette journée internationale pour la dépénalisation de l’avortement, c’est aussi l’occasion de faire le point sur le droit à l’IVG ailleurs dans le monde. Pour observer l’état des législations sur la planète, cette carte interactive réalisée par le « Center for reproductive rights ».

Et la question aura agité de nombreux pays européens en 2013. Et notamment l’Irlande. Avec Malte, où avorter est interdit en toutes circonstances, et la Pologne (voir plus bas) l’Irlande reste un des pays de l’Union européenne où l’accès à l’avortement est le plus limité. Mais elle vient d’évoluer, légèrement. Le 30 juillet, le président irlandais a signé la loi précédemment votée par le Parlement, qui autorise l’IVG uniquement lorsque la vie de la femme enceinte est en danger. Une première dans un pays où avorter était jusque-là illégal en toutes circonstances. Mais le texte reste trop restrictif aux yeux des défenseurs du droit à disposer de son corps (Voir : IVG en Irlande : avancée et déception). Et la loi ne devrait pas être effective avant trois mois, le temps de régler des détails opérationnels, a-t-on appris cette semaine.

Dans d’autres pays européens, au contraire, cette année aura été marquée par des tentatives de rendre la loi plus restrictive.

 

En Espagne, le gouvernement doit présenter avant la fin du mois d’octobre son projet de loi qui revient sur la légalisation votée en 2010 par le précédent gouvernement. L’IVG, pourrait n’être autorisée qu’en cas de viol, de malformations fœtales ou de « traumatisme psychologique » pour la mère, médicalement prouvé.

En Lituanie, le Parlement a soutenu, en juin, une proposition de loi similaire. Le texte, aujourd’hui entre les mains de commissions parlementaires, prévoit de limiter le droit à l’avortement aux cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère. Pour l’heure, il est autorisé en toutes circonstances jusqu’à 12 semaines.

En Pologne, l’IVG n’est déjà autorisé qu’en cas de danger pour la vie de la mère, si la grossesse résulte d’un viol ou d’inceste ou en cas de malformation sévère du fœtus. Une proposition de loi visant à supprimer ce dernier cas a été portée le 26 septembre devant la Chambre basse du Parlement. Les élus polonais devraient toutefois la rejeter.

Au-delà des lois, d’autres menaces planent sur les conditions d’accès.

En Belgique, de moins en moins de médecins répondent à la demande d’IVG, s’alarme le Planning familial.

En Italie, 70% à 85% des gynécologues refusent de pratiquer des avortements au nom de la clause de conscience. Maria Novell de Luca, journaliste pour La Repubblica, estime que 40 à 50 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays.

Le Luxembourg, depuis une réforme de la loi en 2012, ne soumet plus l’IVG à des conditions médicales. Mais « la loi considère encore l’IVG comme une faute », dénonce le Planning familial.

 

Ailleurs dans le monde, le débat est vif au Chili. La loi chilienne interdit l’IVG en toutes circonstances, mais plusieurs organisations se sont mobilisées, ces derniers temps, pour lever les restrictions. La candidate et favorite pour la présidentielle de novembre, Michelle Bachelet, s’y est engagée.

On ne peut clore cet état des lieux (non exhaustif) sans dire un mot des États-Unis, où les élus du parti républicain continuent leur lutte contre l’accès à l’avortement. Le Sénat du Texas a ainsi adopté en juillet une loi qui interdit l’IVG après 20 semaines de grossesse et fixe des normes plus strictes pour les établissements pratiquant l’avortement. Désormais, 27 États, soit plus de la moitié du pays, disposent de lois du même acabit, renforçant les contraintes administratives pour les établissements, dans le but de restreindre les possibilités d’accès à l’IVG.

A noter que la sénatrice démocrate Wendy Davis, qui s’était fait remarquer avec un discours de près de 11h debout pour bloquer ce texte, devrait briguer le poste de gouverneur du Texas. Elle l’annoncera le 3 octobre.

 

2 commentaires

Eric 28 septembre 2013 - 13:05

La propagande est toujours « neutre ».

Les sites mis en cause par NVB cultivent eux aussi cette posture de bienveillante « neutralité ». La clef d’une campagne de propagande réussie, c’est d’avoir l’air neutre et désintéressé. Faut que ça fasse gouvernemental. Le mieux étant d’avoir les tampons officiels à portée de main sur son bureau.

Un politique qui se déclare « neutre » est un clown, si je puis m’exprimer en toute impartialité. Ou alors il a la conviction qu’il s’adresse à un public d’imbéciles, en l’occurrence les femmes.

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taranis 7 octobre 2013 - 12:24

[quote name= »Eric »]La propagande est toujours « neutre ».

En janvier dernier, l’IVG est rendue gratuite pour toutes les femmes. En mars les tarifs des actes pour mettre fin au désengagement des praticiens étaient revalorisés. Enfin la loi Égalité femmes-hommes a étendue le délit d’entrave à l’IVG aux empêchements exercés contre des personnes cherchant a s’informer sur l’IVG. Les sites web culpabilisants et trompeurs sur lesquels bien des femmes sont tombées profilèrent. Ils n’affirment pas frontalement leur opposition à l’avortement. Mais insidieusement, ils usent de méthodes inacceptables pour nier aux femmes leur droit à disposer de leur corps. Aujourd’hui, avec ce nouveau site, c’est un pas de plus vers la garantie réelle de ce qui est non pas une faveur ou une tolérance, mais un droit. Les termes de propagande ou de partialité que vous manipulez sont tout le contraire de ce droit : Les droits sexuels et reproductifs des femmes sont inaliénables et universels. Parmi ceux-ci, le droit à l’avortement est fondamental, pour toutes les filles et les femmes de la planète. La reconnaissance au sein de l’ONU du droit à l’avortement comme droit universel et inaliénable.

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