La « journée internationale des hommes » a-t-elle un sens ?

par Arnaud Bihel

IMDCette journée vise à mettre en avant les inégalités et préjugés que vivent aussi les hommes. Objectif louable en matière d’égalité, mais les positions sont parfois tendancieuses.


 

Le 19 novembre est la « Journée internationale des hommes ». Si cette journée apparue en 1999 (et qui n’est pas une journée officielle de l’ONU comme l’est la journée mondiale des toilettes ce même 19 novembre) passe relativement inaperçue en France, elle fait débat dans le monde anglophone. « Chaque jour de l’année est une journée internationale des hommes, car jour après jour, d’un pays à l’autre, les hommes sont bien plus nombreux que les femmes à exercer le pouvoir », rappelle l’auteur Oscar Rickett dans The Guardian.

Ses promoteurs jurent qu’il s’agit de mettre en avant les domaines où les inégalités entre femmes et hommes frappent ces derniers, et de lutter globalement pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le poids des stéréotypes

« Même si les femmes sont plus fréquemment victimes de discriminations – généralement plus graves – fondées sur le sexe et subissent quotidiennement le sexisme qui les considère comme étant inférieures à un autre sexe, les hommes en sont également victimes », souligne Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes en Belgique.

Cet institut officiel de l’Etat belge rappelle ainsi que « dans les métiers connotés comme étant « féminins », les hommes se voient régulièrement refuser un poste en raison de leur sexe » ; que « des hommes désireux de prendre leur congé de paternité ou parental sont confrontés à des discriminations allant des brimades des collègues, à la menace de licenciement, en passant par le refus de promotion ou l’accumulation du travail » ; ou que même si les hommes victimes de violences sont bien moins nombreux que les femmes, ils osent moins déposer plainte, « en raison du poids des stéréotypes dans notre société qui condamnent les hommes à être forts, dominants, et à souffrir en silence », explique Michel Pasteel.

Anti-féminisme

Mais les arguments sur la page officielle de cette journée peuvent laisser circonspect, comme la référence au « sacrifice » dont l’homme doit faire preuve. Les organisateurs de l’opération ne s’épargnent pas non plus les stéréotypes sexués, que la journée est censée dénoncer. « Des recherches irréfutables montrent que les mères sont prévenantes, douces, réconfortantes, protectrices et émotionnelles. Les pères ont tendance à encourager la compétition, l’engagement, la prise de risque », peut-on ainsi lire dans le communiqué de presse de la journée internationale des hommes 2012. Et son coordonnateur au Royaume-Uni ne manque pas de s’attaquer au « féminisme » en général, comme le souligne la comédienne Ava Vidal dans The Telegraph.

Dans tous les cas, cette journée a forcément au moins un effet positif, note la féministe Jane Martinson dans The Guardian : « Pointer du doigt les discriminations contre les hommes permet de souligner qu’elles sont bien pires pour les femmes ».

 

Un (mauvais) signe d’égalité pour finir : cette journée n’échappe pas aux récupérations commerciales dignes des pires opérations « journée de la femme », comme dans ce centre de beauté

 

Partager cet article

17 commentaires

Hoministe 19 novembre 2013 - 14:29

Les défenseurs de cette journée ne sont pour la plupart aucunement anti-féministes !

Répondre
Prune 19 novembre 2013 - 14:41

Ben voyons, hoministe étant le nom avec lequel les masculinistes ce sont rebaptisés vu que le précédent commençait vraiment à trainer trop de casseroles, vous n’avez aucune crédibilité, la dénégation est grossière.

Répondre
Marie-Noelle 19 novembre 2013 - 15:33

Ça tombe plutôt bien, puisque c’est également la journée mondiale des toilettes

Répondre
taranis 19 novembre 2013 - 16:31

De quelle inégalités parlent-ils , tout cela n’a qu’un but effacer le travail pour éliminer la discrimination systémique envers les femmes qui ne fait que commencer – comment un siècle et demi de luttes serait-il suffisant pour effacer toute trace de milliers d années de subordination ? Il n y a pas si longtemps, nous n avions pas le droit de vote, pas de contraception, le viol conjugal n était pas un crime et les pères ne demandaient jamais la garde des enfants. Aujourd hui, l objectification et la marchandisation du corps des femmes, les violences institutionnelles, économiques, conjugales, physiques et sexuelles, sont des problèmes majeurs à régler. Le partage plus équitable des tâches, une réelle conciliation travail-famille pour les deux parents et l accession complète des femmes aux instances de pouvoir restent des projets à réaliser. Enfin, il ne faut pas oublier la remise en question constante du droit à l avortement et les obstacles dressés par la droite néolibérale à la réalisation de l équité salariale et au travail des groupes de femmes. Croyez-vous toujours pertinente une Journée de l homme, alors qu on ne penserait jamais, par exemple, célébrer un « Mois des Blancs »

Répondre
09 Aziza 19 novembre 2013 - 17:14

la journée internationale des hommes, c’est tous les jours….si ils subissent quelques discriminations, les pauvres chéris n’ont pas le courage de se battre comme nous l’avons fait depuis des millénaires ?
Allons, encore un effort, camarade, pour être vraiment révolutionnaires…

Répondre
Le Monolecte 19 novembre 2013 - 17:30

Pourquoi pas une journée des esclavagistes (les pauvres, tellement décriés et empêchés de vivre selon leurs vœux!), pendant qu’on y est?

Répondre
Femme 19 novembre 2013 - 21:01

Je trouve la plupart de ces commentaires assez bêtes. Il faut arrêter, surtout dans des pays comme la Belgique ou la France, de continuer à dire que les femmes sont des pauvres créatures qui subissent une torture tous les jours. Je suis une femme, j’ai fait des études d’ingénieur civil, je n’ai jamais eu aucun problème pour quoi que ce soit par rapport à mon sexe.

Je pense que les droits de la femme ont largement bien évolués maintenant. Pourquoi pas une journée de l’homme? Je ne crois pas qu’on fête l’homme tous les jours, l’homme a ses propres soucis, comme la femme en a aussi. Des instituteurs primaires se font traiter de pédophiles juste parce qu’ils aiment s’occuper d’enfants, des pères ne peuvent avoir la garde de leurs enfants car, on ne sait pas pourquoi, la femme serait plus apte à ça.

La femme a voulu l’égalité, il faut maintenant aller dans les deux sens mes chers amies. L’homme a également des droits, et j’entends bien trop de femmes autour de moi retourner vite fait dans les gros clichés d’antan quand ça les arrangent : c’est trop lourd, c’est l’homme qui porte, c’est l’homme qui sort les poubelles, c’est l’homme qui ceci, qui cela. Il n’est pas galant, il ne m’a pas ouvert la porte. Mesdames, si vous voulez l’égalité, la vraie, elle n’est pas possible, car nous ne sommes pas les mêmes. Il faudra un jour l’accepter! Nous sommes COMPLEMENTAIRES

Répondre
imeon 19 novembre 2013 - 22:35

Genre il travaille elle récure ?
ou voyez vous l’égalité dans la complémentarité ??

Répondre
Dominique 19 novembre 2013 - 23:39

La journée de la femme est en réalité la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Il existe également une journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre, alors pourquoi créer une autre journée pour les hommes ? Surtout que les féministes se battent pour que justement la « journée de la femme » comme l’appellent les médias soit bien à propos des droits des femmes et pas des démarches commerciales pour offrir des roses et des manucures aux clientes.
Et pour répondre à « femme », je suis également une femme qui fait des études d’ingenieur et je peux vous assurer que ce monde est rempli de sexistes. À peine deux ans et demi d’études supérieures pour devenir ingénieure et j’ai déjà eu nombre de profs qui ont tenté de me persuader d’arrêter sans me connaître ou sans même daigner jeter un oeil à mon dossier parce que je devrais faire des études plus féminines parce que ce n’est pas fait pour moi, je n’ai aucune chance… J’ai vécu du harcèlement sexuel de la part de certains élèves, faisant des remarques sexuels et posant des questions sur ma vie sexuelle, à voix haute en plein cours, j’ai eu le droit à des mains aux fesses venant d’un encadrant. Sans parler que la plupart des grandes prépas n’ont pas ou très peu de places en internat féminin. Vous avez de la chance de n’avoir subi aucune discrimination, mais ce n’est clairement pas le cas de tout le monde et le sexisme est encore bien présent.

Répondre
taranis 20 novembre 2013 - 12:26

La situation des femmes a certes fortement progressé au cours de la décennie écoulée. Partout dans le monde. Les bonnes nouvelles s’arrêtent là, car l’inégalité entre hommes et femmes reste tenace. Partout dans le monde, la crise économique et les nombreuses situations de conflit n’y aident pas La Convention sur 1’élimination de toutes les formes de discrimination à 1’égard des femmes a été adoptée le 18 décembre 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce sont les injustices que l’on vit et les frustrations que l’on accumule qui nous poussent à nous identifier au mouvement féministe. Nous nous inspirons des féministes d’expériences et nous les inspirons à notre tour. C’est lorsque nous commençons à se respecter que la lutte prend de l’ampleur et que les discussions s’enflamment. C’est grâce à notre vécu que nous trouvons la force de nous battre. C’est en nous repositionnant face à l’ordre social que nous remettons en question les rapports de pouvoir et que, soudainement, nous provoquons des changements dans la hiérarchie qui nous est imposée. C’est à partir de ce moment que nous devenons solidaires les unes les autres et que nous nous mettons à travailler dans un but politique commun, celui d’être reconnues en tant que personnes au même titre que les hommes

Répondre
taranis 20 novembre 2013 - 12:28

Aujourd’hui, je tente de redéfinir mon rôle au sein d’une société injuste et sexiste envers les femmes. J’essaie de comprendre pourquoi certaines femmes continuent d’exister en fonction de ce que les hommes attendent d’elles. J’essaie de m’adresser aux personnes qui m’écoutent. J’essaie de ne pas minimiser ni étouffer mes besoins en tant que femme et surtout en tant que personne. J’essaie de ne pas dire « oui » lorsque je veux dire « non ». J’essaie de perfectionner mes analyses tout en ne me demandant pas l’impossible. J’essaie d’opter pour la solidarité. Aujourd’hui, j’aspire à un monde plus juste. Je rêve tout en étant consciente de mon utopie…Avec celles et ceux qui voudront bien m’y accompagner, je compte cependant repenser le monde afin d’y trouver des alternatives plus équitables.

Répondre
Lili 21 novembre 2013 - 10:34

« Dominique »
La journée de la femme est en réalité la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Il existe également une journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre, alors pourquoi créer une autre journée pour les hommes ? .

Cette journée des droits de l’Homme (avec une majuscule) devrait s’appeler journée des droits Humains et ne vise pas spécifiquement les hommes. Rien à voir.

Pour ma part je considère que tout progrès dans l’accès des hommes à une vie de famille normale, à un équilibre boulot/perso, à la destruction des stéréotypes dont les hommes sont victimes (essayez donc de gérer votre fils qui aime la poésie au collège, ou qui veut devenir sage-femme ou éducateur de jeunes enfants et qui ramène à la maison un bon gros mélange d’insultes d’élèves, de sourires d’enseignants ou de « bon courage » plus positifs mais qui en disent long…) comme un progrès aussi pour les femmes.
Les suicides au boulot, ce sont les hommes le plus souvent, victimes d’une norme très intégrée de « travaille beaucoup, encaisse en silence, n’en parle à personne. »

Ce que je regrette en effet, c’est que les hommes ont peu conscience de ces stéréotypes (il est vrai qu’ils en tirent plus souvent profit que peine) et se battent beaucoup moins… Espérons que cette journée permette que leur regard change aussi !!

Du reste, faire des hommes des victimes d’injustices, de temps en temps, ça les sort du mythe de l’homme toujours fort et agissant, jamais subissant. Or la réalité, c’est que les hommes subissent parfois aussi, ça fait du bien de le dire.

Répondre
laurence 21 novembre 2013 - 11:13

Et oui, Lili a raison. Suicides, accidents de sante, conduites à risques, les hommes sont plus exposés que les femmes. Certains commencent à vouloir lever le joug des normes masculines qui les contraignent à la violence à leur propre égard. C’est ce que nous avions commencé à aborder lors du dernier colloque InterElles, en donnant la parole à certains de ces hommes:
http://www.interelles.com/le-chemin-des-femmes/la-mixite-pourquoi-resister
Cette parole est nouvelle et très intéressante. Ce sont certains de ces hommes (Didier Duffaut dans ce colloque) qui ont lancé ce projet Happy Men que nous aurions tort de mépriser.

Répondre
taranis 22 novembre 2013 - 13:06

Effectivement avec des objectifs tels la santé des hommes et des garçons, l’amélioration des relations entre les sexes, la promotion de l’égalité entre les sexes, et mettant en lumière des modèles masculins positifs. C’est une occasion pour les hommes de mettre en évidence la discrimination à leur encontre et à célébrer leurs réalisations et leurs contributions, en particulier à la communauté, la famille, le mariage, et les soins des enfants. Donc si on évacue les interprétations masculinistes, antiféministes et/ou victimaires que certain-es en font, nous pourrions rassembler tous et toutes celles et ceux qui rêvent d’en finir avec le sexisme, le patriarcat et le machisme et toutes les injustices et violences qui en découlent. nommons-la par exemple, Journée Internationale de Lutte contre les Violences de Genre. Toutefois n’oublions pas Le 8 mars est depuis 100 ans la journée internationale pour les droits des femmes. « Des droits des femmes », et non pas « de LA femme ». Détail linguistique ? Pas vraiment. Cette journée célèbre non pas une soi-disant essence féminine à force de bouquets de fleurs mais des années de mobilisations pour l’égalité femmes – hommes. Ceux-ci sont constamment remis en cause : 20% de salaire en moins, 80% des travailleurs précaires sont des femmes, 40% d’écart dans les retraites, une femme est violée toutes les 10 minutes et une meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint, des centres d’IVG qui ferment chaque année, etc. Comme quoi, ce ne sont pas les féministes qui sont caricaturales, c’est la condition des femmes qui l’est…. Comparons donc ce qui est comparable, car pour l’instant les organisateurs n’ont pas grands résultats à nous proposer pourtant en tant que dominants il ne reste qu’a s’accomplir.…Mais je suis une optimiste, et toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre. Et de toute façon une femme n’aura jamais un privilège non spécifique que l’homme ne pourrait posséder .

Répondre
jonathan 25 novembre 2013 - 03:16

moi qui suis un jeune homme qui a toujours trouver du bon dans le féministe je creuse un peu la question ce soir sur plusieurs facettes et celle si nest pas reluisente

Répondre
marine 4 janvier 2014 - 19:12

Au dernière nouvelle ce sont les bébés/garçons que l’on peut mutiler sexuellement en toute impunité, ce sont les hommes qui composent 80% des suicides, ce sont eux qui vivent 6 ans de moins, qui composent 95% des morts au travail etc etc.
Donc oui une journée des hommes n’est pas superflue.

Répondre
09 Aziza 25 mars 2014 - 08:41

Tous ces commentaires ne sont pas encourageants, et montrent seulement à quel point les femmes ont intériorisé la domination masculine. La journée des hommes, c’est tous les jours! C’est comme si en Afrique du Sud du temps de l’apartheid, on avait crée une « journée des Blancs! » Quand les hommes subissent des discriminations, c’est en tant qu’êtres humains. Le sexisme est un terme réversible, qui permet de se protéger du réel en disant « oui, oui, les hommes aussi ». C’est le la misogynie qu’il s’agit.
La haine profonde des femmes. Personne , à part l’ex SCUM, ne hait les hommes parce qu’ils sont des hommes!. Celles qui croient que dénoncer les atteintes à la dignité des femmes fait d’elles de « pauvres créatures » se trompent.Pensez vous vraiment qu’Amnesty International fait des « victimes » des gens dont elle dénonce les arrestations ou les molestations? Ce qui arrive aux femmes ne parvient pas à être traité comme n’importe quelle atteinte aux droits humains, m^me par les femmes elles mêmes. Triste.

Répondre

Répondre à Hoministe Annuler la réponse