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Karine Berger, femme alibi?

par Isabelle Germain

Karine_BergerSeule femme pressentie pour le nouvel état major du PS, Karine Berger est présentée comme un alibi par des médias… qui entretiennent d’un côté ce qu’ils dénoncent de l’autre.


 

«Un petit point de faiblesse», c’est l’euphémisme choisi par Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture et proche du Président de la République, sur BFMTV, pour répondre aux critiques concernant l’absence de parité dans la direction du Parti Socialiste qui se dessine. Le futur numéro un, Harlem Désir, serait secondé par Guillaume Bachelay. Aux postes clés, trésorerie et secrétariat aux élections, pas de changement : respectivement Régis Juanico et Christophe Borgel... Au dernier moment semble-t-il, les organisateurs de la succession de Martine Aubry ont voulu éviter la boulette : une direction sans femme. Dans un parti qui multiplie les déclarations sur la parité, ça fait mauvais genre. A donc été sollicitée in extrémis Karine Berger dont le Figaro souligne qu’elle « sera en charge de la communication du PS mais encadrée par deux hommes: Olivier Faure et David Assouline. » La plupart des journaux la présentent comme une proche de Pierre Moscovici sans autre forme de procès… Et contribuent ainsi à accréditer l’idée de femme alibi. Ici par exemple l’Express consacre un article à « la relève », les deux nouveaux hommes forts du parti sont abondamment portraitisés, elle moins longuement.

L’inconcevable accession des femmes au pouvoir

Karine Berger a pourtant l’étoffe d’une responsable politique de haut niveau. Nous l’avions invitée à notre colloque du mois de mars dernier sur « le sexe de l’économie » et nous avons eu plusieurs fois l’occasion de parler de cette économiste chevronnée (voir ci-dessous) qui a conseillé François Hollande pendant sa campagne, députée, Polytechnicienne, diplômée de l’Ensae et de Sciences po Paris et co-auteure avec Valérie Rabault de « les trente glorieuses sont devant nous ».
Pour illustrer les blocages des femmes dans l’accession au pouvoir, elle nous avait raconté une anecdote très significative à propos de son livre : « Le premier chapitre est une fiction. Nous racontons la France en 2040. Et nous avions décidé qu’il y aurait une femme Présidente de la république, une femme à la tête de la Banque centrale européenne et une femme ministre des Finances. Le manuscrit est relu par plusieurs personnes. Et toutes nous ont dit que l’on ne pouvait pas mettre autant de femmes en responsabilité, parce que cela décrédibilisait l’histoire. Nous avons cédé et transformé la Présidente de la Banque centrale européenne en Président pour ne pas avoir à passer notre temps à argumenter sur cette partie du livre. » … Il faudra encore du temps pour décoincer l’imaginaire collectif et accepter l’idée qu’une femme au pouvoir n’est ni un alibi, ni une incongruité…

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5 commentaires

Maryse 16 septembre 2012 - 06:54

… On est pas très loin de l’époque où les femmes devaient prendre un nom d’homme pour être prises au sérieux finalement…

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Montetino 16 septembre 2012 - 16:32

Les femmes essayent, tout le temps, et il y a toujours une bonne raison de les virer. Une seule solution : un parti féministe.

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hic 16 septembre 2012 - 17:40

« Montetino »
Une seule solution : un parti féministe.

Assez d’accord avec vous; il en existe un en Suède, et, je l’ai appris récemment, il y avait eu également un parti féministe qui s’était présenté aux elections dans les années 70-80 en france..

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Smith 17 septembre 2012 - 09:39

Pas sûr qu’il faille mettre « les trente glorieuses sont devant nous » à son crédit ; )

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Viviane M 18 septembre 2012 - 06:47

Jamais, on explique qu’un homme d’un courant particulier à l’intérieur d’un parti est un alibi parce que le courant n’était pas représenté, y compris quand le CV et les compétences sont plus faibles que celui et celles de Karine Berger.

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