Accueil Eco & SocialBien-être et richesses « Ethique sur l’étiquette » relance la mobilisation pour les droits humains

« Ethique sur l’étiquette » relance la mobilisation pour les droits humains

par Isabelle Germain

textile1 à 5 % du coût d’un produit textile en grande distribution : c’est la part que représente le salaire de l’ouvrier fabriquant nos vêtements à l’autre bout du monde. Il suffirait d’augmenter de quelques centimes d’euros le prix des produits dans les pays riches pour améliorer le sort de ces salariés. Alors le collectif « Ethique sur l’étiquette » a décidé de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation de l’opinion à l’occasion de la « semaine de la solidarité » qui s’ouvre samedi. Objectif : faire pression sur les distributeurs.


  

« Aujourd’hui, la grande distribution prend en compte les questions environnementales parce que l’opinion y est sensible. Il faut que le citoyen, qui est aussi consommateur, devienne exigeant sur les droits humains » explique Maïté Errecart, présidente du collectif Ethique sur l’étiquette.

En 2003/2004, ce collectif avait déjà mené des campagnes, puis la mobilisation s’est essoufflée. Entre temps, les distributeurs représentés par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) ont évolué  en réalisant notamment des audits chez les fournisseurs.

Mais cela n’a pas suffi. Le « rapport Cash » de la Clean Clothes Campaign est sans appel. L’enquête a été réalisée auprès de  440 travailleurs issus de 30 usines réparties dans quatre pays : Inde, Sri Lanka, Bengladesh et Thaïlande. Et travaillant pour un ou plusieurs de ces cinq distributeurs : Aldi, Carrefour, Lidl, Tesco ou Walmart. Nulle part ces travailleurs de l’habillement ne gagnent des salaires permettant de couvrir leurs besoins de base. Au Sri Lanka par exemple, le salaire moyen est de 33 euros par mois alors qu’il en faut 90 pour faire vivre une famille. Les horaires sont à rallonge, allant jusqu’à 70 heures par semaine, et la liberté syndicale n’existe pas. Le rapport cite des témoignages de salariés devant même renoncer à parler avec leurs collègues de peur de perdre leur travail. 

Fatalité ? 

Maïté Errecart le reconnaît : le sujet est complexe pour les enseignes qu’elle interpelle. « Leurs audits aboutissent souvent aux mêmes conclusions que le rapport de Clean clothes. Mais ces distributeurs invoquent la concurrence qui les pousse à faire appel à des fournisseurs ne respectant pas les clauses sociales. Ils se disent souvent démunis. Si l’usine ferme parce qu’elle n’a plus de commandes, que deviennent les travailleurs ? » C’est souvent la misère ou la prostitution. Et puis les enseignes de distribution connaissent très bien les biais des audits qui ont été réalisés. Tout est maquillé pour que l’usine paraisse être aux normes sociales le jour où l’auditeur arrive. Les fournisseurs eux-mêmes se sentent impuissants : s’ils ne pratiquent pas le dumping social ils perdent des marchés. Bref, personne ne se sent coupable, tout le monde semble subir la situation. 

D’où l’idée de faire pression pour changer les règles du jeu et clarifier la situation. Car aujourd’hui, une forme de schizophrénie a gagné les distributeurs. D’un côté ils prennent des engagements en faveur des droits humains, mais de l’autre, ils développent des pratiques commerciales qui les empêchent de respecter ces engagements. Une de ces pratiques notamment est très cruelle pour les fournisseurs : les enchères inversées. Le principe : les distributeurs passent commande au fournisseur qui fait l’offre au plus bas prix avec les délais de fabrication les plus serrés. A ce fournisseur ensuite de surcharger ses salariés, d’en employer en contrat précaire pour honorer son contrat. Le collectif Ethique sur l’étiquette a rencontré les distributeurs dont certains, comme Carrefour, se disent prêts à faire évoluer le cahier des charges de leurs acheteurs. « Mais d’une façon générale, on sent bien qu’ils ont besoin d’être soumis à la pression de l’opinion pour vraiment évoluer » insiste la présidente du collectif.

 

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« Ethique sur l’étiquette » relance la mobilisation pour les droits humains.

1 à 5 % du coût d’un produit textile en grande distribution : c’est la part que représente le salaire de l’ouvrier fabriquant nos vêtements à l’autre bout du monde. Il suffirait d’augmenter de quelques centimes d’euros le prix des produits dans les pays riches pour améliorer le sort de ces salariés. Alors le collectif « Ethique sur l’étiquette http://www.ethique-sur-etiquette.org/ » a décidé de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation de l’opinion à l’occasion de la « semaine de la solidarité » http://www.lasemaine.org/ qui s’ouvre samedi. Objectif : faire pression sur les distributeurs. « Aujourd’hui, la grande distribution prend en compte les questions environnementales parce que l’opinion y est sensible. Il faut que le citoyen, qui est aussi consommateur, devienne exigeant sur les droits humains » explique Maïté Errecart, présidente du collectif éthique sur l’étiquette. En 2003/2004, ce collectif avait déjà mené des campagnes, puis la mobilisation s’est essoufflée. Entre temps, les distributeurs représentés par la Fédération du Commerce et de la distribution http://www.fcd.asso.fr/ ont évolué  en réalisant notamment des audits chez les fournisseurs.

Mais cela n’a pas suffi. Le « rapport Cash » de la Clean Clothes Campaign http://www.cleanclothes.org/ est sans appel. L’enquête a été réalisée auprès de 440 travailleurs issus de 30 usines réparties dans quatre pays : Inde, Sri Lanka, Bengladesh et Thaïlande, et travaillant pour un ou plusieurs de ces cinq distributeurs : Aldi, Carrefour, Lidl, Tesco ou Walmart. Nulle part ces travailleurs de l’habillement ne gagnent des salaires leur permettant de couvrir leurs besoins de base. Au Sri Lanka par exemple, le salaire moyen est de 33 euros par mois alors qu’il en faut 90 pour faire vivre une famille. Les horaires sont à rallonge, allant jusqu’à 70 heures par semaine, et la liberté syndicale n’existe pas. Le rapport cite des témoignages de salariés devant même renoncer à parler avec leurs collègues de peur de perdre leur travail.

Maïté Errecart le reconnaît : le sujet est complexe pour les enseignes qu’elle interpelle. « Les audits qu’ils ont réalisés aboutissent souvent aux mêmes conclusions que le rapport de clean clothes. Mais ces distributeurs invoquent la concurrence qui les pousse à faire appel à des fournisseurs ne respectant pas les clauses sociales. Ils se disent souvent démunis. Si l’usine ferme parce qu’elle n’a plus de commandes, que deviennent les travailleurs ? » C’est souvent la misère ou la prostitution. Et puis les enseignes de distribution connaissent très bien les biais des audits qui ont été réalisés. Tout est maquillé pour que l’usine paraisse être aux normes sociales le jour où l’auditeur arrive. Les fournisseurs eux-mêmes se sentent impuissants : s’ils ne pratiquent pas le dumping social ils perdent des marchés. Bref, personne ne se sent coupable, tout le monde semble subir la situation.

D’où l’idée de faire pression pour changer les règles du jeu et clarifier la situation. Car aujourd’hui, une forme de schizophrénie a gagné les distributeurs. D’un côté ils prennent des engagements en faveur des droits humains, mais de l’autre, ils développent des pratiques commerciales qui les empêchent de respecter ces engagements. Une de ces pratiques notamment est très cruelle pour les fournisseurs : les enchères inversées. Le principe : les distributeurs passent commande au fournisseur qui fait l’offre au plus bas prix avec les délais de fabrication les plus serrés. A ce fournisseur ensuite de surcharger ses salariés, d’en employer en contrat précaire pour honorer son contrat. Le collectif de L’éthique sur l’étiquette a rencontré les distributeurs dont certains, comme Carrefour, se disent prêts à faire évoluer le cahier des charges de leurs acheteurs. « Mais d’une façon générale, on sent bien qu’ils ont besoin d’être soumis à la pression de l’opinion pour vraiment évoluer » insiste la présidente du collectif.

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Catherine. 16 novembre 2009 - 10:30

Un autre moyen de « pression » pourrait venir des consommateurs qui arrêteraient de s’acheter des tonnes de fringues pas cher, garderaient le même budget tout en réduisant le nombre de pièces achetées (et se tourneraient donc vers des enseignes plus onéreuses mais plus « sociales »). Mais c’est peut-être utopique !
Cependant ne vous est-il jamais arrivé, au regard de certains prix de vêtements ou chaussures de vous dire que le prix était tout simplement trop bas pour être « honnête » ?

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