Accueil Société « Viol sur mineure » ou « affaire de mœurs » ?

« Viol sur mineure » ou « affaire de mœurs » ?

par Isabelle Germain

Cet été, France Culture consacre une semaine de son émission « Grande traversée » à Roman Polanski. Dans la présentation du cinéaste, il est écrit : « L’affaire de mœurs qui l’avait conduit à quitter les Etats-Unis en 1977 ».  On comprend mieux alors pourquoi la fine fleur du cinéma et de la politique française soutient la star dans sa fuite de la justice américaine. Une « affaire de mœurs », ce n’est pas un « viol sur mineure ».  Et pourtant…

Les faits tels qu’ils sont décrits par la justice américaine et reconnus par Roman Polanski lui-même, sont là : il a fait boire, drogué et eu des relations sexuelles avec une fille de 13 ans. En France, cela s’appelle un viol et un viol est un crime. Polanski a fait 42 jours de prison seulement. La défense inconditionnelle du cinéaste par ses pairs est une pierre supplémentaire apportée à la déculpabilisation des violeurs et à la culpabilisation des victimes. Elle l’aurait aguichée, sa mère l’aurait poussée dans ses bras, c’est une affaire vieille de 30 ans… Tout a été dit pour effacer la responsabilité du violeur.

Le discours diffusé dans les médias n’était pas éloigné de celui de n’importe quel violeur dans un tribunal. En substance : « Elle m’a provoqué et de toute façon c’est une trainée ou encore j’avais trop envie, elle a eu le tort de se trouver sur mon  passage à ce moment là, ce n’est pas de ma faute ». Il y a quelques années, une publicité pour une friandise disait « quand elle dit non, j’entends oui »…  Après tout cela, ça va être difficile de faire comprendre que quand une femme dit non, c’est non. Encore plus difficile de faire admettre que, si une fillette de 13 ans apeurée ne dit rien, c’est un viol…

A lire aussi dans Libération aujourd’hui l’excellente tribune de Lola Lafon et Peggy Sastre

 

10 commentaires

johan hufnagel 21 juillet 2010 - 08:51

L’article de Lola Lafon et Peggy Sastre est en accès libre sur Slate depuis un mois.
http://bit.ly/bZjJA7 .

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Ptit Ben 21 juillet 2010 - 10:17

Au début de l’article, je pensais qu’a contrario, lorsque la presse veut faire peur ou indigner, elle donne du « fillette » à des adolescentes. Et là, je vois que vous tombez dans le même travers : à 13 ans, on est loin d’être adulte mais on est plus une fillette.

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Isabelle G 21 juillet 2010 - 10:22

@Ptit Ben : so what ?

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Ivoire Plus Clair 21 juillet 2010 - 13:03

Il y a mieux. Sur la chaine d’information BFM la voix off du journaliste parle…
D’attouchements ! ! !

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Ivoire Plus Clair 21 juillet 2010 - 13:24

@Ptit ben

C’est marrant de voir la « justice » s’acharner sur Ribéry et Benzéma accusés d’avoir eu des rapports sexuels avec une mineure PROSTITUEE, donc volontaire celle-la, et même pas droguée…
IL n’y a donc pas viol !
Or, si cela est confirmé, n’oublions pas que le deuxième joueur précité n’avait à l’époque que 18 ans. On est bien loin des trente ans de différence d’âge qui séparait le réalisateur de sa petite victime (BHL parlait d’erreur de jeunesse à 43 ans…sic!).
Petit bénichou, vu que tu m’as l’air calé en la matière; à quel âge cesse-t-on d’appeler une fillette une jeune femme selon toi ?
Si tu défends de telles pratiques, j’ose espérer que tu ne les utilise pas à ton profit…

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Ptit Ben 22 juillet 2010 - 10:05

@ Ivoire Plus Clair
Où ai-je écrit que je défendais de telle pratique ? Relis ce que j’ai écris avant de dire n’importe quoi.
Dire qu’il y a eu viol, détournement de mineur, abus de faiblesse, etc. est exact (du moins de ce que j’en sais), mais parler de fillette est mensongé : c’était une adolescente.
Et ce que je voulais mettre en avant, c’est que les grands médias qui prennent la défense de Polanski use et abuse de ce genre de tournure, dans le but de faire peur et d’indigner d’avantage.
C’est tout.

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agnes.maillard 23 juillet 2010 - 12:59

Je croise pas mal de 12-13 ans dans ma vie quotidienne et la frontière est floue entre enfance et adolescence. Il y en a qui sont très bébés et d’autres qui ressemblent à de jeunes adultes, parfois juste physiquement, ce qui est problématique pour eux, je pense.
Ne pas oublier que l’adolescence est un concept sociologique récent. Avant, il y avait les enfants et les adultes, avec toutes sortes de rites initiatiques sociaux pour marquer le passage d’un statut à l’autre.

L’un de nos problèmes, c’est que le concept d’adolescence a beaucoup retardé l’entrée dans l’âge adulte tout en prolongeant un état intermédiaire assez inconfortable pour les principaux intéressés. Le concept sociologique encore plus flou du « jeune » déborde encore cette classification et infantilise dans leurs droits et comportements de jeunes adultes qui peinent à acquérir leur autonomie sociale.

Donc, quand on réfléchit deux minutes à certaines questions, on se retrouve assez rapidement à dérouler le fil même de notre organisation sociale.

Tout cela n’enlève en rien au fait que notre société a fixé des règles très claires sur la majorité sexuelle et que ces règles ont été enfreintes par Polanski!

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Valérie 26 juillet 2010 - 07:49

France Inter utilisait les mêmes termes, sans jamais prononcer le nom de viol. Dans le même ordre d’idées, s’agissant de Ribery, avant sa mise en examen, les radios ne parlaient que de rapports avec des prostituées « omettant » de préciser qu’il s’agissait d’une mineure.

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Jeanne38 27 juillet 2010 - 14:14

La « fillette » en question se trouvait seule en présence de plusieurs hommes adultes … elle n’était plus vierge (elle était active sexuellement parlant) et cherchait à se faire remarquer dans le schow-bizz … les parents sont au moins aussi coupables que Polanski dans cette histoire !

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Antigone 27 juillet 2010 - 19:32

Jeanne, le comportement des parents, meme s’il est tres critiquable, n’innocente pas Polanski. les euphemismes utilises par la presse pour l’innocenter sont insupportables.

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