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La cybersécurité manque de femmes

par La rédaction

Seulement 5% de femmes dans les métiers de la cybersécurité pourtant prometteurs. En cause : l’image du métier et une hostilité larvée.

Le monde du numérique n’attire pas les femmes. Elles ne représentent que 33 % des salarié.es dans cette branche contre 53% toutes branches confondues, selon une enquête réalisée par Syntec Numérique avec l’Opiiec (Observatoire Paritaire des métiers du numérique, de l’ingénierie, des études et du conseil). 33% des effectifs mais plutôt sur les fonctions de support et sous-représentées sur les cœurs de métier. Elles sont davantage employées administratives ou secrétaires qu’ingénieures ou techniciennes (parmi les ingénieurs et cadres d’étude, R&D ou responsables informatiques : 2 salarié.es sur 10 sont des femmes). Il y a 30 ans pourtant, les femmes occupaient environ 30 % des fonctions techniques des métiers du numérique. Cette part a été divisée par deux pour des raisons d’image . Il y a 30 ans, le métier était associée à travail de bureau, voire du secrétariat, et les femmes y étaient bien vues. Aujourd’hui les associations d’images sont différentes, le numérique est perçu comme un truc de geek hommes. Et les métiers du numérique se privent de talents, plus encore quand on entre dans le dur du métier : la cyber sécurité.

« Seulement 5 % des experts cyber sont des femmes » Alors dans The Conversation, Lamiae Benhayoun Professeure Associée à l’Institut Mines Telecom Business School (IMT BS) et Clarisse Ferreira Paulino, Consultante cyber chez Deloitte alertent  sur « L’alarmante sous-représentation des femmes dans les métiers de la cybersécurité »

Une sous-représentation d’autant plus regrettable qu’on n’a jamais autant eu besoin de ces spécialistes. Avec la crise sanitaire et l’augmentation du télétravail, les entreprises on besoin de protection. « Le nombre d’attaques s’est envolé, passant de moins de 5 000 par semaine en février à plus de 200 000 par semaine fin avril 2020 » signalent les auteures. «Aujourd’hui, plus de 4,5 millions de professionnels de cybersécurité sont répartis sur la totalité du globe, soit le double d’il y a 10 ans. D’ailleurs, le taux de chômage dans le secteur était de 0 % l’année dernière, taux qui n’a pas changé depuis 2011. » Et « à l’échelle mondiale, 4,07 millions d’emplois sont vacants et seulement 20 % sont pourvus en France. »

Stéréotypes et mansplaining

Pourquoi si peu de femmes dans ce secteur d’activité plein de promesses ? D’abord, les stéréotypes. Les filles disposent de peu de modèles féminins auxquels elles pourraient s’identifier pour se projeter dans ces métiers. Et puis elles se voient mal affronter ce que l’imaginaire collectif dessine comme cyberattaquant :« un jeune homme en sweat à capuche cloîtré dans sa chambre en train de s’amuser à pirater une multinationale. »  Et du coup, ceux qui doivent les contrer sont supposés leur ressembler un peu : avec des profils très « très technique et purement IT (technologies de l’information). J’ai toujours pensé qu’il fallait être un geek pour réussir dans ce domaine » témoigne une jeune femme.  Et pourtant, les profils sont divers comme le confirme une autre : « J’ai déjà pu échanger avec une personne qui fait du droit, une autre qui fait des tests d’intrusion, etc. Cette diversité de profils me plaît énormément. Elle est d’ailleurs propre à la cybersécurité qui est très complexe ».

Deuxième frein : le mansplaining ou « mecxplication » le fait que des hommes expliquent aux femmes ce qu’elles savent déjà avec un ton condescendant histoire de leur faire comprendre que leur place est ailleurs. Les auteures écrivant dans The conversation appellent ce phénomène plus sobrement : «le manque de confiance dans les compétences des femmes en matière de cybersécurité dont témoigne une experte : « Je me suis retrouvée plusieurs fois dans des situations où mes interlocuteurs décident de m’expliquer des concepts techniques simples juste parce que je suis une femme. »

Une autre : « J’ai déjà été témoin, lors de réunions, de mansplaining où des hommes interrompent des femmes pour reformuler de manière condescendante ce qu’elles viennent de dire. On pourrait penser que ce n’est pas forcément sexiste ou que la personne fait ça avec tout le monde, mais j’ai vraiment eu le sentiment que c’était lié au sexe des personnes ».

Troisième frein : des parcours différents selon le sexe des salariés. «  Certaines formations techniques sont naturellement proposées aux collaborateurs et non aux collaboratrices » remarque l’une « J’ai été poussée vers des sujets de gouvernance/PMO malgré mon background technique. Je n’ai pas eu l’opportunité de prouver ce que je savais faire techniquement qu’au bout d’un an d’expérience » dit une autre

Quatrième frein : la prédominance masculine dans le secteur s’autoentretient. « Je comprends complètement que les femmes ne soient pas attirées par ce domaine d’activité car elles peuvent l’assimiler à un secteur réservé aux hommes » dit un témoin, conscient aussi de discriminations « inconscientes » : « Supposons que demain il y ait un poste ouvert pour un responsable de la sécurité des systèmes d’information. À qui allons-nous penser ? Nous avons malheureusement des préjugés ancrés dans notre inconscient collectif qui nous pousseront à croire que l’homme est symbole d’assurance, de sécurité et d’expérience ».

Du coup, pour éviter d’aller au devant de déconvenues, beaucoup de femmes refusent d’elles-mêmes d’intégrer le domaine de la cybersécurité…

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