Accueil Politique & Société Le confinement préjudiciable aux chercheuses… pas aux chercheurs

Le confinement préjudiciable aux chercheuses… pas aux chercheurs

par Isabelle Germain

Les revues scientifiques déplorent une baisse des propositions de publications de recherches faites par les femmes et enregistrent une hausse des publications proposées par des hommes.

Le tableau publié par quatre chercheuses britanniques dans Vox est éloquent : si la crise du Covid a donné lieu à la publication de davantage de « papers » et recherches en économie, la proportion de femmes signant ces recherches est en net recul. Depuis 2015, le tableau faisait apparaître une légère progression du pourcentage de publications signées par des femmes, franchissant ainsi la barre des 20 %. Et patatras ! Sur la « période Covid » ce chiffre tombe à 12 %. Les chercheuses soulignent aussi que ceux qui publient le plus en cette période sont les chercheurs « séniors », une tranche d’âge dans laquelle la recherche compte moins de femmes. Chez les plus jeunes, les hommes publient un peu moins qu’avant le corona mais la chute des publications est plus dure chez les femmes.

Cependant, l’hypothèse d’un recul des publications qui serait lié à l’âge plus qu’au sexe tombe quand on lit le magazine en ligne The Lily. Un article déplorant la baisse d’activité des chercheuses commence par l’exemple de Einat Lev, sismologue, qui voit son rêve de devenir professeure agrégée s’envoler. Depuis le confinement, elle s’occupe de son enfant à temps plein et ne travaille plus que quatre heures par jour au lieu de dix. Elle ne peut pas publier au rythme qui lui permettrait d’atteindre son rêve. En revanche, elle cite un collègue, père de famille marié à une femme qui gère la maison. En public, il se réjouit de pouvoir travailler davantage grâce au confinement…

Et ces deux exemples dessinent une tendance. Sur Twitter, les éditeurs et éditrices de revues scientifiques l’ont dénoncé. En astrophysique par exemple, il y a peu de femmes parmi les chercheurs et Andy Casey, chercheuse en astrophysique à l’Université Monash a noté une baisse de 50 % de soumission de travaux universitaires  chez les femmes.  Idem, en sciences sociales. La rédactrice en chef ajointe du British Journal for the Philosophy of Science, Elizabeth Hannon, signale sur Twitter, qu’elle a reçu depuis un mois un nombre « négligeable » de propositions d’autrices, « du jamais-vu ». Et ce phénomène s’accompagne même d’une hausse de publications pour les hommes. L’éditeur de la revue Comparative Political Studies, David Samuels,  affirme avoir enregistré 25 % de propositions de plus au mois d’avril par rapport à avril 2019… Mais toutes ces propositions étaient faites par des hommes.

Explications données par ces éditeurs  : les femmes soumettent moins d’articles parce qu’elles assument une plus grande part des responsabilités familiales. « Cela menace de faire dérailler leur carrière dans le monde universitaire » déplore Leslie Gonzales, professeure d’administration de l’éducation à la Michigan State University. Elle espère que les jurys feront un effort et ne verront pas dans les hommes hétéros avec épouse à la maison des génies surpassant leurs collègues féminines aux prises avec les responsabilités familiales.

Les stéréotypes ont la peau dure et risquent d’être renforcés par l’épreuve de la crise sanitaire. Aux yeux des employeurs, avoir des enfants est bon pour la carrière d’un homme qui leur apparaît ainsi responsable et sérieux mais c’est mauvais pour une femme qui leur paraît au contraire moins disponible. Le backlash accompagnant le coronavirus va être très compliqué…

Lire aussi :

MENACES SUR LES FEMMES DANS LE MONDE : MARLÈNE SCHIAPPA ALERTE

NON-PARITÉ DÉCOMPLEXÉE, LE RETOUR

ELLES COUSENT, ILS CAUSENT : SOUS LES MASQUES, LE SEXISME ORDINAIRE

CONFINÉ.E.S ET ÉGAUX EN MÉNAGE ? ÇA ARRIVE !

CONFINÉES, LES FEMMES EN FONT PLUS QUE LES HOMMES… AVEC LE SOURIRE (PRESQUE)

DOMINIQUE MÉDA : « LA RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL EST UNE CONDITION SINE QUA NON DE L’ÉGALITÉ FEMMES/HOMMES »

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire