Un rapport du HCE dénonce le « cercle vicieux » du sexisme dans le numérique. Dans les médias numériques conçus avec un regard masculin, les hommes sont dominants en nombre et en comportement. Les femmes, bien moins visibles, sont plutôt des bimbos ou dans leur cuisine ou agressées. Rien de nouveau dans les médias.
« La femme invisible dans le numérique : le cercle vicieux du sexisme. » Le rapport du Haut conseil à l’égalité (HCE) remis au gouvernement mardi 7 novembre constate à nouveau, chiffres à l’appui, que ces médias sont à la fois la cause et la conséquence du sexisme ambiant.
Les 100 contenus les plus vus
Comme dans les vieux médias, les femmes sont sous représentées et stéréotypées. Le HCE a analysé les « 100 contenus les plus vus sur YouTube, TikTok et Instagram » et peut affirmer que : « sur Instagram, 68% des contenus propagent des stéréotypes de genre, 27% contiennent des propos à caractère sexuel et 22% des propos à caractère sexiste. Sur YouTube, 24% des contenus contiennent des éléments de violence et seulement 8% des vidéos sont faites par des femmes. Sur TikTok, 61% des vidéos présentent des comportements stéréotypés masculins et 42,5% des séquences d’humour et divertissement contiennent des représentations dégradantes des femmes. »
Sur TikTok, 31 % des contenus seulement semblent être gérés par des femmes ou cogérés par un couple hétérosexuel et seulement 11% par des femmes. Elles ne sont que 36 % à jouer un rôle contre 64 % des hommes… Qui s‘octroient en majorité les premiers rôles notamment dans les vidéos de danses.
Sur Instagram, réseau considéré comme plus féminin, les femmes occupent 44 % des rôles principaux. Mais elles sont sous-représentées dans des rôles professionnels ou dans l’espace public. En revanche, elles sont sur-représentées au sein du foyer ou au milieu de leur famille. 63 % des contenus font la promotion de physiques stéréotypés comme une forte poitrine ou des lèvres pulpeuses. Maman ou bimbo. Les hommes endossent de rôles d’amuseur ou de protecteur ultra-viril. Sur TikTok, les femmes sont le plus souvent réservées ou hystériques. Et la violence se propage : 24 % des contenus de YouTube présentent des éléments de violence verbale -48 %- et physique -39%.
Regard masculin
Ce qui est visible dans ces médias numériques -tout comme dans les vieux médias- est élaboré à partir du regard masculin de ceux qui les dirigent. Dans les coulisses du numérique, les algorithmes qui propulsent les contenus sur le devant de la Toile sont conçus majoritairement par des hommes dirigés très majoritairement par des hommes. « Seulement 29% des effectifs du numérique en France sont des femmes en 2020. On en trouve seulement 16% dans les métiers techniques et 22% dans les postes de direction » indique le HCE. Et le milieu du numérique n’est pas accueillant pour les femmes : « 46% des femmes actives dans la tech ont déjà été victimes de comportements sexistes contre 38 % dans les autres secteurs d’activité »
Le cercle vicieux du sexisme tourne à plein régime. Les modèles proposés aux garçons et ceux proposés aux filles sont très stéréotypés. Et comme chacun et chacune se conforme à ce qu’il ou elle voit dans les médias, on n’en sort pas.
Réduire la fracture numérique
Le HCE fait de très nombreuses propositions pour « réduire la fracture numérique de genre et créer un environnement numérique inclusif. » Il préconise notamment que les plateformes autoévaluent leurs contenus chaque année pour prendre la mesure du problème. Des quotas de 30 % de vidéos créées par des femmes devraient être imposés… Tout en sachant que, si les vidéos de femmes sont des vidéos « bimbo » le problème des stéréotypes ne sera pas résolu.
Le rapport insiste aussi sur la nécessité d’être plus ferme avec les plateformes pour qu’elles suppriment les contenus illicites en appliquant largement cette notion aux contenus sexistes.
Pour orienter davantage de filles vers les métiers du numérique, le rapport conseille« des quotas de filles dans les lycées, ainsi que dans l’enseignement supérieur pour les filières du numérique ». Il propose également de créer système de bonification dans Parcoursup pour les filles qui choisissent les filières numériques. Et bien d’autres recommandations…
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