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Le poison de la misogynie

par Isabelle Germain

jalousie200L’Express raconte « le poison de la jalousie », histoire de remettre les femmes à « leur » place de dominée.


Quand un journal fait un gros titre sur un « drame de la jalousie », c’est le plus souvent pour euphémémiser le crime d’un homme possessif qui n’a pas supporté d’être quitté. Même si les faits sont sordides, les mots sont plus proches de la grandeur des tragédies grecques que de la collection Arlequin.
Quand le mot « jalousie » est plaqué sur une femme, c’est l’image d’un crêpage de chignons qui se dessine. Ça devient quelque chose de tout petit, tout mesquin. Associé au mot poison, arme des femmes faibles et méchantes, le mot jalousie ravive un imaginaire bien éloigné de l’indépendance qui sied aux femmes politiques.

Dans la vraie vie, les deux femmes qui font la Une de L’Express ont des messages politiques, des idées, des parcours solides… Mais l’histoire que raconte l’hebdomadaire à sa Une fait faire un grand bond en arrière à Ségolène Royal et à Valérie Trierweiler.  «  La première est ramenée, sans plus d’égards, à une simple illustration des passions d’alcôve. Quant à la seconde, quoiqu’elle fasse, quoiqu’elle dise, il n’y aura pas prescription », écrit Laurence Rossignol, sénatrice PS, sur son bien nommé blog « ça va mieux en le disant ».

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs

qui_est_le_chefL’Express, qui vire décidément magazine people, ne fait que confirmer son obsession de remettre les femmes à « leur » place de soumises. Des êtres dominés qui ne pourraient exister que par leur attachement à un homme. A la Une de son numéro du 20 juin il posait la question : « Qui est le chef ? », avec une photo du président de la République devançant sa compagne.

Il n’est pas le seul magazine rongé par cette obsession. Pendant la campagne électorale, pour les femmes, dans les médias, c’était « première dame ou invisible ».

marianne200Dans son numéro du 23 au 29 juin, Marianne titrait : « Les grandes jalouses » dans l’histoire. En oubliant que seulement 5% des personnages cités dans les livres d’histoire sont des femmes. Et le plus souvent ce sont des saintes ou des femmes cruelles… L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

Cette façon de réduire les femmes au rang d’accessoire des hommes politiques est non seulement méprisante pour les premières concernées, mais décourageante pour toutes celles qui auraient des velléités d’entrer en politique. Ces messages, répétés à l’envi, assènent que la politique n’est pas leur terrain et qu’il n’y a que des coups à prendre. Très efficace pour constater plus tard, mine contrite de préférence : des femmes, on en voudrait bien en politique, mais elles ne veulent pas… A quand une Une sur « les jaloux? »

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6 commentaires

6 commentaires

Le Monolecte 18 juillet 2012 - 18:33

J’avais aussi été choquée par le traitement de l’affaire et surtout par l’angle très sexiste des critiques, mais bon, on m’avait répondu que je suis trop… féministe : http://blog.monolecte.fr/post/2012/06/13/Faut-il-museler-Valerie-Treiwieler

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AL 18 juillet 2012 - 21:50

L’Express a la ligne édito de son petit boss (il faudrait retirer l’écharpe rouge, là, c’est fini). dans ce qu’on dit de L’Express dans Wikipedia (lu par tout les collégiens/Lycéens en mal de notes de synthèse), une femme disparait sous nos yeux. Restent JJSS (quand même) et rien d’autre que le dir de pub actuel- étonnant raccourci !!!. Très très loin de nous faire le Times, tout de même ! dixit : « Le titre est fondé en 1953 par Jean-Jacques Servan-Schreiber, comme supplément politique du journal libéral Les Échos. Ce journal fut très critique à l’encontre de la SFIO et du socialisme, et son anticommunisme racinaire à partir des années 1960 l’incline inéluctablement vers l’option centriste (sic). Depuis, le journal se rapproche d’une formule plus proche de celle d’un « Times », ce qui implique que L’Express, selon Christophe Barbier, le directeur de la rédaction, n’est aujourd’hui « ni de droite ni de gauche, il est au-dessus de la mêlée »… Françoise, ces jours, ces heures, ces nuits pour caler ce canard… invisibles ???

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isabelle germain 19 juillet 2012 - 07:06

« Le Monolecte »
J’avais aussi été choquée par le traitement de l’affaire et surtout par l’angle très sexiste des critiques, mais bon, on m’avait répondu que je suis trop… féministe : http://blog.monolecte.fr/post/2012/06/13/Faut-il-museler-Valerie-Treiwieler

La critique du sexisme des médias est un exercice périlleux… Nous devons être un peu masochistes

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Co 20 juillet 2012 - 08:22

« isabelle germain »

« Le Monolecte »
J’avais aussi été choquée par le traitement de l’affaire et surtout par l’angle très sexiste des critiques, mais bon, on m’avait répondu que je suis trop… féministe : http://blog.monolecte.fr/post/2012/06/13/Faut-il-museler-Valerie-Treiwieler

La critique du sexisme des médias est un exercice périlleux… Nous devons être un peu masochistes

Très intéressante l’analyse!! Merci!

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Lili 20 juillet 2012 - 09:51

« Ces messages, répétés à l’envi assènent que la politique n’est pas leur terrain et qu’il n’y a que des coups à prendre. « 

Effectivement le traitement politique des femmes est particulièrement machiste.

Mais les hommes politiques aussi, n’ont que des coups à y prendre. Il faut un tempérament particulier, même pour un homme, pour se lancer, et je le constate autour de moi, l’engagement en politique n’est pas forcément le fait des hommes les plus passionnés ou les plus imaginatifs, mais de ceux qui, en plus d’être passionnés et imaginatifs, aiment le combat, loyal ou pas. Certains lâchent l’affaire quand ça devient trop « coup bas », et au final même parmi les hommes, ceux qui restent sont les plus aptes et les moins choqués pour faire face à cette guerre permanente qu’est la politique.

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rivi 20 juillet 2012 - 16:50

Mme Wiggins et Mme Froom se crêpent le chignon sur Twitter alors que leurs époux respectifs, qui font partie de la même équipe et qui occupent les deux premières places du classement général de l’épreuve, affichent une unité de façade.

http://thelede.blogs.nytimes.com/2012/07/12/tour-de-france-tension-simmers-on-twitter/

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