Une étude du Syndicat des Particuliers Employeurs rappelle que l’emploi à domicile demeure un univers essentiellement féminin. S’il répond à des besoins croissants et soutient l’activité économique, son avenir dépend de choix budgétaires majeurs.

Le 6 octobre dernier, le Syndicat des Particuliers Employeurs (SPE) présentait une enquête nationale réalisée par l’Ifop, suivie d’une rencontre avec des responsables politiques organisée par News RSE. Au cœur des échanges : les droits des femmes et le financement du travail à domicile.
« Clé de voûte de l’activité professionnelle des femmes »
Les femmes représentent 91 % des salariés à domicile et 70 % des particuliers employeurs interrogés. Aujourd’hui, des menaces pèsent sur le financement du travail à domicile. Or, si ce financement n’est pas assuré, ce sont, le plus souvent, les femmes qui renoncent à leur emploi pour assurer la garde d’enfants, l’aide aux personnes âgées ou encore l’hygiène du foyer… Et ce sont moins d’emploi d’aides à domicile. Or, moins de femmes en emploi, cela veut dire aussi moins de cotisations sociales, moins de recettes fiscales… Et un taux de natalité en baisse.
« Derrière les heures d’aide, de garde ou d’accompagnement se jouent des enjeux de parentalité, d’autonomie, d’aidance, de vieillissement et d’égalité professionnelle pour les femmes » a rappelé Véronique Davant, présidente du syndicat. « l’emploi à domicile est la clé de voûte de l’activité professionnelle des femmes »
Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, a insisté sur la nécessité de donner davantage de stabilité et de lisibilité aux dispositifs qui accompagnent les familles.
Economie précaire
L’enquête présentée par Jérôme Fourquet, Directeur du Département Opinion de l’Ifop, montre que le secteur reste fragile.15 % des particuliers employeurs ne déclarent pas l’intégralité des heures. Ce travail non déclaré émane souvent des salariés eux-mêmes (54 %), pour qui il s’agit souvent d’une stratégie de survie afin de ne pas dépasser les plafonds des minima sociaux (33 %).
Face à une éventuelle réduction des aides, 50 % des particuliers employeurs déclarent qu’ils pourraient recourir à davantage d’heures non déclarées, tandis que 49 % envisageraient de mettre fin à l’emploi à domicile.
« Pour faire des enfants, il faut avoir confiance »
Et quid de l’appel présidentiel au « réarmement démographique » ? La question de l’aide à la garde d’enfants est- bien sûr centrale. Bérangère Couillard, Présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes ajoute qu’il faut aussi voir les pères s’impliquer davantage dans les responsabilités familiales et l’articulation vie privée, vie professionnelle.
Constance de Pélichy, Députée du Loiret et présidente de la mission d’information sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France, insiste sur la nécessité d’améliorer la stabilité et la lisibilité des dispositifs pour permettre aux familles de se projeter. « Pour faire des enfants, il faut avoir confiance » a-t-elle martelé.
Le co-rapporteur de cette commission, Jeremie Patrier-Leitus, Député du Calvados, de son côté, souligne : « On peut être parents et aidants en même temps. » Il rappelle que « Le travail des femmes a une influence favorable sur la natalité. »
« Une infrastructure de l’égalité »
Frédéric Bizard, économiste et président de l’Institut Santé, va plus loin en qualifiant l’emploi à domicile d’«infrastructure de l’égalité ». Selon lui, l’impact économique du secteur dépasse son simple coût direct : il mesure ce qu’il permet aux familles de produire et de concilier au quotidien.
Une formule reprise par Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes : « Il faut regarder l’emploi à domicile pour ce qu’il est réellement : une infrastructure de nos vies. »
L’arbitrage budgétaire en question
Cette « infrastructure » est pourtant remise en cause lors des débats budgétaires. Le 7 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté un amendement au projet de budget prévoyant de faire passer le taux du crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile (CISAP) de 50 % à 40 % pour le ménage, le jardinage ou le bricolage. Mais la garde d’enfants et l’assistance aux personnes dépendantes restent épargnées.
Les députés à l’origine de cet amendement rappellent que le coût du CISAP s’élève à près de 7 milliards d’euros et s’appuient sur un rapport de la Cour des comptes, indiquant que « 50 % de la dépense fiscale est captée par les 10 % les plus riches ».
Si la question du ciblage des aides est légitime, le fond du problème demeure : aujourd’hui encore, le travail domestique et familial repose majoritairement sur des femmes non rémunérées ou précarisées. La construction d’une politique publique du travail domestique réellement féministe reste à inventer.
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