Accueil Politique A Paris, les Défenseurs européens des enfants fustigent la « reculade » française

A Paris, les Défenseurs européens des enfants fustigent la « reculade » française

par Arnaud Bihel

Les hasards du calendrier font parfois bien les choses. Une semaine après avoir lancé la résistance contre la dilution de son intitution (voir notre précédent article), la Défenseure des enfants Dominique Versini reçoit à Paris ses homologues européens, à l’occasion de la conférence annuelle du Réseau européen des défenseurs des enfants (ENOC). Un réseau dont la France risque d’être exclue si le projet de loi qui institue un Défenseur des droits, plus générique, va à son terme.


 

« Cette effroyable reculade nous fait perdre beaucoup de temps », s’emporte le délégué wallon aux droits de l’enfant, Bernard De Vos. Car derrière tous les travaux qui occupent les représentants de l’ENOC, de la question des mineurs étrangers isolés à celle des enfants dans les conflits armés, les esprits sont accaparés par la disparition programmée du Défenseur des enfants français.

 

Emily Logan dit avoir ressenti « un énorme choc ». La défenseure des enfants irlandaise, présidente sortante du réseau européen, va, ironie du sort, cèder sa place pour un an à Dominique Versini. Et pourtant, si le projet de loi est adopté en l’état, la France ne pourra plus prétendre être membre à part entière de ce réseau qui regroupe 28 pays d’Europe. L’ENOC exige en effet de la part des Etats des garanties d’indépendance pour le Défenseur des enfants, et la prise en compte de la Convention internationale des droits de l’enfant. Deux points ignorés par le projet de loi français. Emily Logan prévient : « Ceux qui souhaitent affaiblir cette institution devront rendre des comptes ». 

 

« Une campagne de communication absolument incroyable »

 

Dominique Versini, elle, fait les comptes. En une semaine, la pétition pour le maintien d’un Défenseur des enfants indépendant a obtenu 17 000 signatures ; les soutiens affluent, de ses homologues européens, donc, et en France de nombreuses associations, syndicats et partis politiques. Mais « on entend seulement la gauche », déplore Dominique Versini. Elle qui a été nommée par Jacques Chirac se défend d’agir en opposant politique : « Quand je dénonce l’enfermement des enfants étrangers en centre de rétention, ce n’est pas pour critiquer le Gouvernement ; c’est parce que ma mission est de défendre les intérêts supérieurs de l’enfant. Et l’intérêt supérieur de l’enfant, ce n’est pas d’être enfermé derrière des barbelés ».

 

Autre soutien, celui de la première Défenseure des enfants en France, qui l’a précédée à ce poste de 2000 à 2006. Pour Claire Brisset, « ce projet est extrêmement funeste, mais n’oublions pas que ce n’est encore qu’un projet. Le Parlement va avoir son mot à dire ».

 

En attendant le débat législatif, Dominique Versini reconnaît un effet positif à cette polémique : celui de donner une visibilité inattendue à son institution. « C’est une campagne de communication absolument incroyable ». Quant à la communication avec le gouvernement, jusque là interrompue, elle sera rétablie le 8 octobre ; la Défenseure des enfants rencontrera alors la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, celle-là même qui devra défendre devant les parlementaires le projet de loi si controversé.

 

 

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