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Les diplômées des grandes écoles, plus précaires que les diplômés

par La rédaction
HEC_h150

Château HEC, Jouy-en-Josas

Taux d’emploi, type de contrat, salaire : à tout niveau, mieux vaut être un homme qu’une femme quand on sort d’une grande école d’ingénieur ou de management, selon la dernière enquête de la Conférence des Grandes Écoles.


 

« Il faut noter que les disparités hommes/femmes persistent », constate Bernard Ramanantsoa, Directeur Général d’HEC Paris, en introduction de l’enquête annuelle sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômé(e)s, dont la Conférence des Grandes Écoles vient de dévoiler la dernière édition.

Premier constat : les études d’ingénieurs restent « extrêmement sexuées » : la proportion de femmes n’y est que de 28%. En revanche, la mixité est aujourd’hui de mise dans les écoles de management. Les femmes représentent 50% des diplômés. Mais l’égalité s’arrête là.

« Précarité plus élevée de l’emploi des femmes »

Car dès la sortie de l’école de management, le taux d’emploi des femmes est inférieur à celui des hommes. Il est de 3 points de moins pour la promotion 2011 comme pour la promotion 2010. L’écart est plus important encore pour les ingénieures.

Plus souvent en recherche d’emploi que les hommes, les femmes ont également moins de chance de décrocher un CDI. L’écart s’élève à 15 points chez les ingénieurs, 10 points chez les managers. Elles sont également plus fréquemment en intérim l’année suivant la sortie de l’école.

GrandesEcoles

« L’ensemble suggère une précarité plus élevée de l’emploi des femmes », résume l’enquête. Les hommes, managers ou ingénieurs, ont aussi plus souvent un statut de cadre. Là encore l’écart est d’une dizaine de points.

Salaires et choix de carrière

Au-delà du statut, les écarts de salaires sont déjà sensibles dès l’entrée en emploi. Pour environ 30 000 euros de salaire annuel en moyenne, les ingénieurs gagnent de l’ordre de 10% de plus que les ingénieures. L’écart est un peu moindre dans le management.

N’en tirons pas de conclusions trop hâtives, souligne Olivier Rollot, rédacteur en chef du « Monde Étudiant » : « Si ces différentiels sont si importants en début de carrière c’est d’abord parce que les choix de carrière restent très sexués et que les hommes choisissent plus que les femmes les secteurs les plus rémunérateurs ». Reste que, chez les ingénieurs comme chez les managers, l’écart salarial se creuse quand on prend en compte les primes. Dans la fonction publique d’État aussi, un récent rapport relevait que les primes sont « systématiquement inférieures pour les femmes » .

L’enquête souligne par ailleurs que les hommes se tournent davantage vers le privé. Les ingénieures, notamment, ont plus souvent tendance à travailler comme salariées de l’État ou d’une collectivité territoriale, d’une entreprise publique ou d’une structure associative. Par ailleurs, les managers hommes sont les plus « entreprenants », constate l’enquête : « 3,9% d’entre eux exercent comme non-salariés, chef d’entreprise, indépendant ou profession libérale. Ils sont 3 fois plus nombreux que les femmes managers et les ingénieurs hommes, et presque dix fois plus que les ingénieures. »

 


Conférence encore très masculine

C’est tout à l’honneur de la Conférence des Grandes Écoles de détailler d’intégrer l’angle du genre dans chacun des volets de son enquête. Car l’institution a elle même encore bien du travail à faire pour aboutir à l’égalité femmes/hommes… Son Bureau ne compte que 2 femmes sur 14 membres. Son Conseil d’orientation stratégique est 100% masculin. Et il n,’y a qu’une directrice (présentée comme « directeur ») parmi les 17 écoles représentées dans son Conseil d’Administration : Florence Darmon, à la tête de l’École supérieure des travaux publics (ESTP)

 

 

 

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12 commentaires

12 commentaires

Berenice 22 juin 2012 - 20:41

« 3,9% d’entre eux exercent comme non-salariés, chef d’entreprise, indépendant ou profession libérale. Ils sont 3 fois plus nombreux que les femmes managers et les ingénieurs hommes, et presque dix fois plus que les ingénieures. »
C’est mignon les pourcentages hors contexte comme ça, c’est proportionnel? Non parce que si il n’y a que 28% de femmes chez les ingénieurs…

« N’en tirons pas de conclusions trop hâtives, souligne Olivier Rollot, rédacteur en chef du « Monde Étudiant »:« Si ces différentiels sont si importants en début de carrière c’est d’abord parce que les choix de carrière restent très sexués et que les hommes choisissent plus que les femmes les secteurs les plus rémunérateurs »

Oui, c’est de la faute des femmes, ces cruches qui choisissent EXPRÈS les emplois en CDD et les interims, et qui demande à être moins payées, naturellement… Rien à voir avec une discrimination systémique, juste des choix de carrières idiots à cause des œstrogènes…

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Lili 24 juin 2012 - 00:16

Bérénice je suis désolée mais si les femmes ne choisissent pas exprès les CDD et les intérims et les moindres salaires, il n’empêchent qu’elles choisissent exprès les filières où il y a plus de CDD, d’intérim et des salaires plus bas. Les études statistiques le montrent.

Je bosse dans un secteur où on recrute des bac +5, et où il y a beaucoup de CDD, d’intérim et de salaires bas. Quelque soit le poste, on reçoit 80 % de candidatures féminines. Alors forcément on a aussi 80 % de salariées. Et ça joue dans les chiffres dont parle cet article.

Dans ma famille il y a pas mal d’ingénieurs, écoles de commerces et autres grandes écoles, et c’est un constat : les filles des promos choisissent des filières plus risquées, les options moins lucratives.

Ensuite il y a l’effet « double carrière » : vous rencontrez votre conjoint à l’école, ou en stage voire peu après un premier boulot, comme chacun sait les couples sont statistiquement assez homogènes en terme de statut social, et là il y a des choix qui relèvent plus du sexisme systémique, c’est vrai: madame suit monsieur et donc sa carrière en souffre. C’est de la discrimination.
Mais il y a une part de choix des femmes, désolée.

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Lili 24 juin 2012 - 00:17

Mais il y a une part de choix des femmes, et la bonne question c’est( que faire pour que les hommes choisissent les filières moins lucratives (mais qui ont d’autre avantages sans quoi les femmes ne les choisiraient pas), et que les femmes choisissent les filières plus lucratives.

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THERYCA 25 juin 2012 - 08:13

Dans une certaine mesure, il faut admettre que les femmes choisissent des postes où le stress attendu est moindre. En fait, comme tout le monde, elles n’aiment pas être refusées ; et à côté de cela, elles ont en arrière-pensée qu’elles vont faire des enfants et qu’elles voudront d’abord que leurs enfants ne souffrent pas du désir de réussite à tout crin des parents. Comme les femmes ont une vie intérieure plus riche que les hommes, ce critère pèse beaucoup plus lourd dans leurs choix. Les femmes savent que les hommes ignoreront les besoins affectifs des enfants quand une belle opportunité de carrière se présentera.D’un autre côté, à la décharge des hommes, la pression pour qu’ils fassent face aux besoins matériels de la famille est beaucoup plus lourde sur les épaules des hommes, et beaucoup de femmes adhèrent à cette vieille coutume.

Personnellement, j’ai eu l’intention à un certain moment de ma vie (peut-on appeler cela une carrière ?)j’ai voulu travailler dans l’export France-Japon, je m’y suis frottée mais j’ai très vite abandonné à cause de l’abondance d’hommes sans scrupules qui sévissaient dans le secteur. Impossible de se mêler à de pareilles vies… C’est le refus de collaborer à la corruption qui fait reculer les femmes. Voilà mon expérience et mon avis.

Pour moi, l’éducation anti-sexiste doit commencer pendant la grossesse, dès que la grossesse est connue, et les deux personnes du couple doivent être invités à participer à des ateliers / tables rondes autour de ces questions très très brûlantes.
Theryca

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hic 25 juin 2012 - 10:41

« Comme les femmes ont une vie intérieure plus riche que les hommes. »
Pourquoi dites-vous cela, vous avez mesuré avec un intériomètre?

« Bérénice je suis désolée mais si les femmes ne choisissent pas exprès les CDD et les intérims et les moindres salaires, il n’empêchent qu’elles choisissent exprès les filières où il y a plus de CDD, d’intérim et des salaires plus bas. Les études statistiques le montrent. « 
Je crois, pour ma part que ce « choix » d’orientation, de la part des femmes tant que de la part des hommes, est grandement influencé par d’autres paramètres que les « préférences personnelles »(ou alors ces « préférences » le sont aussi). C’est aussi pourquoi il faut se méfier du mot « choix », puisque à mon sens, le choix donne une certaine liberté, alors que là, c’est plutôt de conditionnement dont on peut parler (pour les femmes comme pour les hommes, d’ailleurs). C’est, comme souvent un mélange de choix (mais très relatif de mon point de vue) et de conditionnement, voire d’une pincée de contrainte (comme d’autres le soulignent à propos de l’abandon de l’import-export).

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Lilile 25 juin 2012 - 13:48

Je pense comme vous que le « choix » est influencé par l’environnement et l’éducation, et c’était bien le sens de mon deuxième post.

Therycale, votre raisonnement est terrible. Les femmes n’ont pas pas nature une vie intérieure plus riche que celle des hommes. il est possible que l’éducation des hommes les ait poussé à négliger leur vie intérieure (pour certains…), mais cela doit changer et peut changer. D’ailleurs pendant longtemps et aujourd’hui encore le sexisme a aussi pour conséquence qu’on néglige la vie intérieure des femmes.

Idem pour les besoins affectifs des enfants et la vie matérielle : d’abord de nombreux hommes se soucient des besoins affectifs de leurs enfants, et de nombreuses femmes ne souhaitent pas dépendre de leur conjoint pour la vie matérielle du foyer. Tout cela est question d’éducation, de culture, de ce que renvoient les média ou tout simplement du milieu dans lequel vous vivez.

Pour ma part je connais de nombreux hommes qui ont abandonné toute idée de travailler dans le commerce en général pour les mêmes raisons que vous. Vous n’avez pas changé d’idée parce que vous êtes une femme. Mais parce que ce milieu ne vous convenait pas, et il ne convient pas non plus à pas mal d’hommes, et il convient à de plus en plus de femmes.

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Mangalidop 25 juin 2012 - 20:06

Je suis une jeune diplômée de grande école (2008), interrogée dans le cadre de cette enquête, et pas surprise par les résultats car j’ai vu tout cela se dérouler sous mes yeux. Je vous livre mon vécu, particulièrement sur le sujet des rémunérations.

Au stade de la sortie d’école, à 23 ans, le sujet des enfants n’existait pas (sauf pondeuses exceptionnelles). Garçons et filles nous avions la même motivation, nous visions les mêmes postes.

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Mangalido 25 juin 2012 - 20:06

Les meilleures rémunérations se trouvent dans les banques d’affaire et les cabinets de conseil prestigieux. Beaucoup de filles s’intéressaient à ces secteurs malgré la pression, l’énorme charge de travail et les horaires demandés. En stage de fin d’étude il y avait autant de filles que de garçons dans ces banques. Les deux sexes sont autant carriéristes au départ. Pourquoi 2 ans plus tard on ne trouve quasiment plus aucune femme dans ces équipes ? Deux explications me semblent évidentes:
1/ les hommes acceptent plus facilement de subir la pression et les humiliations typiques de ces milieux, et ce dans le but de correspondre à l’image du mâle dominant, friqué et puissant. Les femmes ne pourront jamais atteindre ce prestige social et ont donc moins à gagner. Les inconvénients dépassent les avantages. Elles ont peut-être en effet l’impression de pouvoir exister autrement (contrairement à beaucoup d’hommes).
2/ le harcèlement sexuel qui a lieu sous forme plus ou moins subtile. Dans ces chasses gardées des hommes, en dépit des beaux discours officiels, le fait est que les hommes en place ne VEULENT PAS de collègues féminines. Ils sont bien entre eux, font des team buildings beuveries, se retrouvent pour un match de foot le jeudi, et ne savent que faire d’une femelle. Tout est bon pour les dégoûter: « plaisanteries », pornographie, exclusion des évènements, pas de soutien pour des embauches / promotions. Tout ça sous des airs de gentlemans bien élevés. A partir de là les femmes se demandent pourquoi supporter ça, et vont voir ailleurs.

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Lili 26 juin 2012 - 09:24

« Mangalido »

2/ le harcèlement sexuel qui a lieu sous forme plus ou moins subtile. Dans ces chasses gardées des hommes, en dépit des beaux discours officiels, le fait est que les hommes en place ne VEULENT PAS de collègues féminines. Ils sont bien entre eux, font des team buildings beuveries, se retrouvent pour un match de foot le jeudi, et ne savent que faire d’une femelle. Tout est bon pour les dégoûter: « plaisanteries », pornographie, exclusion des évènements, pas de soutien pour des embauches / promotions. Tout ça sous des airs de gentlemans bien élevés. A partir de là les femmes se demandent pourquoi supporter ça, et vont voir ailleurs.

Votre témoignage est en effet édifiant. Mais aucune de ces filles (et idéalement ces filles rassemblées) ne porte jamais plainte pour discrimination, harcèlement sexuel? N’organise de soirée beuverie féminine (ou autre activité non beuverie), de match de foot entre filles (ou de match de basket ou autre sport « féminisé »)?

Autre question : dans ces fameuses écoles, comment est abordée la question du genre? Puisqu’au départ vous êtes dans les mêmes promos et deux ans plus tard dans des métiers différents, ça veut dire que vos « camarades » de promo vous tuent dès qu’on sort de l’école? Qu’ils ne vous supportent comme étudiantes que pour mieux vous dégager ensuite? Bonne ambiance…

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Mangalidop 26 juin 2012 - 19:34

@Lilile

Personne ne porte plainte pour harcèlement parce que globalement nous savons tous à quel point il est difficile de se plaindre dans ces situations. Une plainte entraînera votre bannissement, à quoi bon gâcher sa vie professionnelle dès le départ ? Et dans ces milieux c’est pire. Autre exemple qui peut aider à comprendre: il y a bien en France des réglementations sur la durée du travail et l’exploitation, comment expliquer que TOUS les stagiaires (payés environ 1500 euros par mois) acceptent sans jamais se plaindre des durées de 15 heures de travail minimum par jour, 7 jours sur 7 ? Idem pour les employés. Ils ont simplement l’espoir d’avoir des compensations, en particulier une carrière fantastique et beaucoup d’argent.

Organiser des évènements féminins ? C’est possible dès lors qu’il y a au moins quelques femmes, donc à partir du moment où un plafond de verre se brise. Ca marche dans certains cabinets de conseil qui ont mis le paquet pour attirer des femmes et faire en sorte qu’elles ne restent pas isolées.

Pour votre deuxième question, les grandes écoles ne traitent pas plus le sujet du genre que les autres. Dans toutes les filières, même à l’université, les femmes réussissent mieux que les hommes, pourtant dès la sortie les hommes montent en puissance très vite pendant que les femmes peinent plus. Mais tout ça se fait très naturellement, en douceur, sans heurt, sans guerre, comme dans tous les domaines de notre société patriarcale, personne ne s’en rend compte sur le moment (sauf quelques féministes).

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Pitouite 28 juin 2012 - 12:06

« THERYCA »
C’est le refus de collaborer à la corruption qui fait reculer les femmes.

En ce qui me concerne, j’adhère.

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fioretta 15 décembre 2012 - 22:18

Je ne vois pas pourquoi vous en faites tout un flan, la réponse est tellement évidente que personne (ou presque) ne l’a énoncée… C’est bien évidemment parce que la carrière des femmes est freinée par la maternité. Pour peu qu’elle veuille allaiter ses enfants, être présente dans les premières années de leur vie, eh bien, adieu ambition, rêves de promotions, et j’en passe, du moins pour un temps.
Les hommes ont leur part de responsabilité dans tout cela, car les femmes ont besoin d’eux pour les aider à ne pas supporter seules ces charges-là. Plus de flexibilité (temps partiel, horaires décents) permettrait aussi aux femmes d’accéder à des postes plus importants, mais tant que les hommes ne leur tendront pas la main, la situation ne changera pas. Ou alors, aux femmes de créer des associations et réseaux d’entraide, au sein-même des entreprises! Mais bon, on en est encore loin…
Je me sens concernée car, maman de deux enfants en bas âge, je ne peux évoluer comme je le souhaiterais. La priorité reste mes enfants, je ne regrette pas mes choix, mais cela n’a pas effacé mes ambitions.

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