Accueil Politique & SociétéÉducation Les jeunes débusquent les stéréotypes, les gagnants sont…

Les jeunes débusquent les stéréotypes, les gagnants sont…

par Isabelle Germain

Troisième édition, le concours du CLEMI – CausetteLes Nouvelles NEWS – TV5Monde/Terriennes : les lycéens et collégiens, journalistes en herbe, ont su mettre en évidence la charge symbolique de paroles et d’actes qui peuvent paraître anodins.


 

Les un.e.s ont analysé les graffitis, les autres ont dressé des portraits de femmes et d’hommes qui font tomber les stéréotypes, d’autres ont souligné, en un dessin, l’hypocrisie de certains discours sur la parité ou analysé comment, chaque jour, les médias remettent de l’huile sur le feu… C’est ce que notre jury a retenu des 233 contributions reçues des établissements scolaires de France sous forme d’articles, d’éditos, de reportages illustrés de photos ou de dessins dans le cadre de « la semaine de la presse et des médias dans l’école ». Pour sa troisième édition, le concours du CLEMI (Centre de liaison de l’Enseignement et des Médias d’information), associé au mensuel Causette, à la chaîne internationale francophone TV5Monde, via son site Terriennes et au journal en ligne Les Nouvelles NEWS a de nouveau su trouver des élèves lucides. Il était demandé aux concurrents, lycéens, collégiens, écoliers, de s’interroger sur la prégnance des stéréotypes appliqués aux hommes comme aux femmes, dans les médias, le sport, la mode, l’école, la famille, la politique, la culture, etc. Parmi ces journalistes en herbe, les lauréats sont :

 

Parité ?

Tout d’abord un Prix spécial du jury, dans la catégorie « Collèges », décerné à Pablo Raison, classe de 3ème B au collège Nicolas-Jacques Conté, Sées, 61500 (Ouest de la France)

 parité


 

Toujours pour les collèges :

Remettre de l’huile sur le feu

Premier prix, dans la catégorie « Collèges », décerné au Collège Le Hérapel, classe de 4ème et de 3ème, Cocheren, 57800 (Est de la France)

Contraint de regarder la télévision et Internet pendant les vacances scolaires, torturé par mon prof qui souhaite que j’analyse pubs et émissions variées, je reviens la tête lourde, les yeux explosés par une overdose d’écran… Tout cela pour pointer du doigt les affaires de sexisme dans les médias. Certes, il y a beaucoup d’animatrices juste là pour leur minois, mais on ne va pas jouer les rabat-joies. Avouez que certains ne s’en plaignent pas, c’est d’ailleurs peut être mon cas si j’écoute l’ado lambda qui sommeille en moi !

Non sérieusement, la parité, l’égalité sont des valeurs en vogue, clamées depuis de nombreuses années, mais qu’en est-il réellement ? Prenez de l’huile et de l’eau, jamais vous ne pourrez les mélanger, ni même inverser la tendance, l’huile prend toujours le dessus. Les hommes sont cette huile gluante, ils continuent de dominer la sphère médiatique et c’est bien là le cœur du problème !

Pourtant, certains essayent de faire évoluer les mentalités et réalités. Cela fait déjà un an qu’un collectif « Prenons la Une » s’est créé (mars 2014), exprimant son ras-le-bol de la sous-représentation médiatique des femmes et demandant une égalité professionnelle dans les rédactions. Saviez que sur 10 directeurs de rédaction seulement 3 sont des femmes ? Le constat est simple : honteux, affreux, scandaleux… Les mots ne sont pas assez nombreux.

En 2013, il y eut une grande enquête du CSA pour analyser sur toutes les grilles de programme la place des femmes dans les médias. Plein de chiffres et le résultat est accablant. Deux ans plus tard, rien n’a changé, mes amis et moi ne voyons pas de différence !

On peut se demander à quoi servent toutes ces enquêtes en carton, car en devenant le roi de la zappette, du haut de mes 14 ans, j’ai tout compris.
Ben oui, j’aime les jolies filles  ! Il y a le « Prince de l’amour », où les femmes doivent séduire et sont prêtes à tout, comme dans « Les Anges de la téléréalité » (déjà la numéro 7) à Rio, où les petits bikinis de la villa crèvent l’écran. Les clips des rappeurs tels que Charly Black, Jason Derulo et Snoop Dogg ont tous la même recette, avec gros plan sur les petites culottes des femmes sexy autour d’une piscine ou à plusieurs dans un lit. Les émissions de variété ne relèvent pas le niveau, et même si Victoria Silvstedt, poupée Barbie en grandeur nature, n’anime plus « La Roue de la Fortune » depuis 2011, elle a marqué nos esprits ! Sa candeur me rappelle d’ailleurs la blonde des pubs pour « Marque Repère » de Leclerc.

Bon, j’avoue, heureusement certaines femmes ont une image plus valorisante et présentent des émissions intéressantes. Prenons l’exemple des « Maternelles » sur France 5… Ah oui mais je note un problème : cette omniprésence féminine, puisque seul un chroniqueur est un homme (engagez-lui un copain, je suis sûr qu’il sera heureux), comme si les questions d’éducation étaient exclusivement réservées aux femmes !!
Par contre, cette pénurie masculine ne se fait pas ressentir dans les émissions telle que « Téléfoot », « Auto moto » sur TF1, ou encore « Turbo » sur M6 ! La chaîne sportive, l’Equipe21, a cinq chroniqueurs pour chaque émission et deux femmes à chaque fois. Allez, un petit effort, on va peut-être réussir à l’atteindre cette parité !

Sans vouloir remettre de l’huile sur le feu, c’est odieux ! Les mentalités ne sont pas prêtes d’évoluer et les médias ne font que de les renforcer. Raz-le-bol de ces nénés et fessiers de la femme objet qui encombrent les grilles télé à longueur de journée  !

BOUCHELAGHEM Naëlle, CANTIN Yoann, DE SOUSA Chris, DE SOUSA Mégane, FAYS Matthieu, FLAUSSE Coralie, HAENSCH Perrine, KIEFFER Laurine, MAZOUZ Rémy, 3ème, MEYER Charlotte, OZEL Eray, PIAZZA Julien, STEPHANI Lorry


 

Côté Lycées, le jury était très partagé et a décidé de remettre deux prix.

LA PREUVE QUE SI !

Premier prix, ex æquo, dans la catégorie « Lycées », décerné au Lycée Professionnel Voltaire,  classe de seconde bac pro, Wingles, 62410 (Nord de la France) – extraits

Une femme ne peut pas gérer un lycée

La preuve que si !

Madame Pruvost est la proviseure de notre lycée Voltaire. Notre planète Voltaire est uniquement gérée par des Voltairettes : Notre proviseure, notre proviseure adjointe, nos deux CPE et chefs de travaux tertiaire et industriel !

Lors de notre l’interview, notre proviseure nous a paru touchée et heureuse d’aborder ce sujet qui lui tient tout particulièrement à coeur.
On l’appelle « femme orchestre » car, en tant que cheffe d’établissement, elle doit tout gérer.

La preuve que si
Médilène, seule élèvE de tous les ateliers industriels ; Monsieur Wallart, seul secrétaire de direction ; et Madame Pruvost, proviseure du Lycée voltaire. Lycée professionnel Voltaire de Wingles

Une femme ne peut pas être chef(e ) dans le secteur industriel

La preuve que si !

Madame Dambrain est la chef de travaux du secteur industriel de notre planète Voltaire.
En France, 90% des chefs de travaux industriel sont des hommes…
Pour elle, une fille qui choisit de faire une formation dans l’industriel doit faire plus d’efforts car nous sommes toutes « formatées » dès la naissance à jouer à la poupée etc… et sommes donc menées à être dirigées vers certains types de métiers.
Elle est une femme chef de travaux, et comme elle le dit : « cela ne m’empêche pas de le rester ».

Une fille ne peut pas devenir électrotechnicienne

La preuve que si !

Médilène est la seule élèvE de tous les ateliers industriels de notre planète Voltaire…
Elle ne vit pas mal le fait d’être la seule fille de tous les ateliers, elle ne se « prend pas la tête avec ça ». Très à l’aise avec elle même, elle sait ce qu’elle veut faire et ne se préoccupe pas de ce que peuvent bien penser tous les hommes qui l’entourent.

Un homme ne peut pas être secrétaire

La preuve que si !

Monsieur Wallart est le seul secrétaire de direction parmi toutes les secrétaires de direction…
Selon lui un homme est tout à fait capable de taper un courrier, répondre au téléphone … Toutes les activités liées au métier de secrétaire peuvent être effectuées sans aucun problème par tout être humain, c’est uniquement une question de volonté et de travail.
« Le métier de secrétaire est loin d’être dévalorisant pour un homme vis à vis de ses collègues, et il faut faire passer ce message. »


Quand le mobilier lycéen devient le support de graffitis sexistes et homophobes

Premier prix, ex æquo, dans la catégorie « Lycées », décerné au lycée Ango, classe de 1ère ES, à Dieppe, 76200 (Nord-Ouest de la France)

Aujourd’hui, dans les lycées : les couloirs, les toilettes, les tables, les bureaux… les insultes se propagent. Celles-ci ne cessent d’envahir chaque jour un peu plus ces lieux, si fréquentés par les lycéens, mais aussi les profs, le personnel des établissements, dont la plupart d’entre eux restent indifférents.

Nous nous sommes intéressées aux graffitis se trouvant sur le mobilier scolaire. Voici ce que nous avons trouvé : « Cochonne », « FDP (fils de pute)», « Pute », « Sale pute », « Biatch ? Emilie », « Marie ? branlette » …

graffitis

Des graffitis sur les tables du Lycée Ango à Dieppe. Jeanne Texier, Hélène Debonne, Première ES

Ces graffitis qui incitent au viol

Les femmes sont l’objet de ces insultes écrites, où elles sont systématiquement rabaissées. Le ton soi-disant humoristique n’y changeant rien, pire il vient banaliser l’insulte sexiste. La lycéenne est considérée comme prostituée dès lors qu’elle sympathise avec plusieurs garçons. Elle est considérée comme séductrice, immédiatement traduit par « chasseuse », « chaudasse ». Ces inscriptions sexistes traduisent la domination masculine qui prend place et persiste dans la société. Parfois même, la question de l’accord de la femme ne se pose plus . « Pénétrez Céline », ce graffiti incite explicitement au viol ! Cette inscription est à l’impératif, c’est un ordre qui nie le consentement de la femme. En dessous, une réponse est inscrite par deux élèves différents : « ok » « ok ». La femme est alors réduite à l’image d’objet sexuel où l’homme assouvie ses pulsions librement en niant le caractère du viol. Cela révèle une fois de plus la volonté de supériorité de l’homme, qui souhaite utiliser la femme comme sa soumise. Elle n’est plus pensée comme la propriétaire de sa sexualité et de ses rencontres, alors que l’homme a une totale liberté de conscience à ce propos.

Le boule fait la classe mesdames

De plus, la femme doit répondre à des critères physiques particuliers, ce qui entraîne des complexes. Voulant plaire à la société des hommes, la femme est finalement obligée de prendre soin d’elle, pour éviter la gêne et les remarques. Dans les toilettes des filles voici ce qu’on écrit, en allusion à la chanson du rappeur Soprano : « Le boule fait la classe mesdames ». Le culte du corps devient un réel problème de société, à l’intérieur de laquelle les femmes, et les adolescentes complexées, font de leurs formes, et de leurs défauts une honte. Elles souhaitent donc accéder par tous les moyens à des corps « de rêve » comme les mannequins, qui deviennent symboles de la femme parfaite.

Paul suce les bites noires

Parlons maintenant de la stigmatisation des homosexuels. Depuis le vote de la loi en faveur du mariage pour tous obtenu en mai 2013, les insultes homophobes sont plus remarquées, et plus importantes dans les lycées. Les graffitis homophobes envers les hommes visent à les rabaisser en les mettant dans la catégorie des femmes. Le manque de virilité qu’on leur reproche est donc accentué par ces injures, qui placent l’homme insulté à un rang inférieur aux autres. Cette sexualité est donc considérée par certains comme anormale, stigmatisant avec force les homosexuels. Ces personnes deviennent les victimes principales d’insultes permanentes, banalisées, mais soulignant que l’homosexualité est toujours considérée comme quelque chose de honteux. Les injures comme « PD », « nous sommes PD », sexes masculins dessinés « yeah in my ass » qu’elles soient orales ou écrites, ainsi que les sous-entendus, peuvent créer pour les homosexuels une réelle honte, entraînant le déni de leur sexualité pour certains, ou encore dans certains cas la non-acceptation de soi.
« Paul suce les bites noires ». Ici, à la stigmatisation des homosexuels s’ajoute des propos racistes, faisant référence à la réputation faites aux hommes noirs. Cet étiquetage renforce les stéréotypes, homophobes et racistes.

Pour finir, bien que les élèves soient en majorité les victimes de ces inscriptions, les profs subissent ces injures. « Dupont enculé », la référence à l’homosexualité reste utilisée pour dévaloriser les individus. Ces insultes, devenues banalisées, sont utilisées sans que les élèves se rendent réellement compte de la gravité de leur propos. Toutes ces insultes sont certes négatives, mais vite ignorées par les élèves. Puisque le nombre d’insultes sexistes et homophobes ne cessent de s’accroître, elles deviennent banalisées, pour au final devenir des « blagues ». Cela est perçu comme normal, et les victimes tentent de garder la face avec humour…

 

Voir aussi les gagnant.e.s de l’édition 2014.

 

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