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Les patrons vont s’occuper des enfants

par Isabelle Germain

Cherie Blair lors de l'ouverture de l'université d'été du Medef« Place aux enfants » était le thème de la première journée de l’Université d’été du Medef. Dans un cadre presque bucolique, les patrons en sont venus à envisager la « décroissance prospère » et un capitalisme éthique… Preuve que le patronat se féminise un peu à sa tête et dans les têtes. Reste à passer aux actes.


 

Certes, des applaudissements soulagés ont accompagné l’annonce du retour de la croissance par Christine Lagarde, ministre des Finances. Mais à l’université d’été du Medef planait comme une remise en cause de vieilles certitudes. La première journée était consacrée aux enfants, à leur avenir. Et une invitée de choc pour mettre les patrons dans l’ambiance : la juriste anglaise Cherie Blair. Pour ouvrir la manifestation le 2 septembre, elle n’a pas hésité à marteler que les entreprises peu soucieuses du bien-être des salariés parents prennent le risque d’être moins performantes. Et la performance de l’entreprise, aujourd’hui, ne se résume plus à la dernière ligne de son bilan.

Décroissance

« A la recherche des temps nouveaux » selon l’intitulé proustien de la manifestation patronale, les quelques 6000 patrons présents sur le campus d’HEC, pensent éthique, déjeunent bio, pratiquent le covoiturage ou le green cabs (taxis hybrides), le programme des débats – sur papier recyclé – est décoré de feuilles, fleurs ou papillons et un coin réservé à des masseurs et ostéopathes invite à « ré harmoniser » son organisme. Les patrons déclinent leurs conférences comme on effeuille la marguerite : « un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout » pour un thème sur « l’entreprise et nos enfants » et réfléchissent ensemble au sort « de la tulipe au gaz carbonique ». Bref, l’ambiance jeté de pull sur les épaules et grandes enjambées pressées n’est pas de mise.  Il est même question d’envisager la « décroissance », scénario plutôt inquiétant pour des entreprises dont la prospérité repose sur l’extension de la consommation.

Cosmétique patronale ? Le sujet de la décroissance est très sérieux. Il est porté non seulement par des adversaires traditionnels du Medef avec lesquels le syndicat patronal accepte de confronter ses idées, mais aussi par de purs patrons convertis. A la table du débat se trouvent aussi bien le député vert Yves Cochet ou l’agriculteur Pierre Rabhi que le directeur de la gestion financière de la banque néerlandaise Robeco, Hugues Rialan. Un banquier un peu particulier puisqu’il en appelle à la « décroissance prospère »  qui consiste à consommer moins et mieux tout en limitant la croissance démographique… Tout un programme en décalage complet avec les recettes actuelles du business.

Le doute s’installe

Plus tard, dans une table ronde intitulée « le capitalisme sera éthique ou ne sera pas », les intervenants portent de nouveaux coups aux discours « gagner plus » sur lesquels devisait autrefois l’université d’été du Medef. Pierre Bellon, fondateur et président de Sodexo, en appelle à la responsabilité des chefs d’entreprise et plaide pour qu’ils cessent de faire n’importe quoi pour maximiser leurs profits.

Paroles ou changement de culture ? Demain, quand les étudiants d’HEC viendront user leurs fonds de culottes sur ces bancs prêtés aux patrons, que leur apprendra-t-on ? Les professeurs de marketing leur enseigneront-ils toujours l’art de « créer des besoins » pour vendre plus ? L’éthique sera-t-elle juste un concept marketing de plus ? Pour l’instant, la croissance économique reste la préoccupation numéro 1 des décideurs mais le doute s’est installé.

 

6 commentaires

thierry 13 septembre 2009 - 14:34

Paroles ou changement de culture ? Je n’y crois pas une seconde… pour avoir utilisé du « papier recyclé » au travail , et pourtant j’étais enthousiaste, quand on a utilisé 3 feuilles « recyclées »… on s’aperçoit très vite que ca fait « sale »… Deja les cadres ne veulent pas partager les imprimantes et font un foin pour avoir chacun leur imprimante perso (qui coute tres cher en encre)…
Autre remarque : j’ai souvent vu des « patrons  » s’occuper de leurs enfants — ils les emmenent au boulot… et la c’est le merdier car le gosse mal éléve va « prendre » l’ordi d’un/e employé-e sans demander… et souvent , il casse 2 ou 3 trucs… … les gosses de patrons sont souvent les pires !

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anne12 14 septembre 2009 - 14:58

Le titre est-il censé faire rire ou pleurer ? Combien d’hommes ont pris plus d’un mois pour s’occuper de ses enfants en 2008-09 ? … et s’en sont-ils vraiment occupés… ou se sont-ils contenté de jouer avec eux et d’appeler un « nounou » pour les ‘basses besognes’ ?

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julie34 14 septembre 2009 - 15:54

Sur les quelques 6000 patrons présents sur le campus d’HEC, pensent éthique, déjeunent bio … et combien emploient chez des émigrés au black, sous payés ? Combien ont changé de valuer ? son revenus a des velaurs d’humanisme ? .. parce que mangier bio et penser éthique, tout citoyen respactable e fait depuis plus de 10 ans … et sans s’en vanter !

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amelie1 15 septembre 2009 - 12:48

« entreprises peu soucieuses du bien-être des salariés parents « … et les celibataires ? Il est anormal que sous pretexte qu’ils n’aient pas envie d’enfant on leur demande d’etre corvéable a merci, jetables comme des kleenex !

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florence 16 novembre 2009 - 15:36

Personnellement je ne peux pas envisager que l’entreprise aie quelque chose à voir dans le fait de « s’occuper » de mes enfants ». On n’est pas dans le domaine de la gestion mais dans celui de la vie personnelle, non ? alors pourquoi ajouter un élément de dépendance dans la relation à l’entreprise ? Il me semble que dans le monde actuel on n’a vraiment pas besoin de renforcer le déséquilibre des relations entreprises/salariés …

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le grand nettoyage 22 novembre 2009 - 19:07

« travailler, c’est polluer. »

il faut se répéter cela mille fois par jour dans sa tête et le monde changera.

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