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L’ESS veut des femmes aux postes de décision

par La rédaction

Si les femmes sont majoritaires dans l’économie sociale et solidaire, elles n’occupent que très peu de postes de décision. Le CNCRESS engage une démarche volontariste.

Les femmes représentent 69 % des salarié.e.s de l’économie sociale et solidaire (ESS) mais elles ne comptent que pour 45 % des membres des conseils d’administration et des bureaux des structures de l’ESS. Elles représentent 54 % des secrétaires mais seulement 37 % des président.e.s. Ce sont quelques uns des chiffres issus d’une enquête en ligne réalisée par l’Observatoire de l’égalité femmes-hommes dans l’ESS du Conseil national des chambres régionales de l’économie sociale et solidaire (CNCRESS) auprès de 1500 structures.

Et « en parallèle de cette enquête, l’Observatoire de l’égalité femmes hommes est allé à la rencontre de mutuelles, associations, coopératives et fédérations afin de prendre note de leurs difficultés mais également de leurs réussites en la matière» précisent Marie-Martine lips, Présidente du CNCRESS et Jérôme Saddier, Président d’ESS France. L’égalité dans les instances de gouvernance est pourtant un objectif formalisé dans ce secteur depuis 2014. C’est l’un des axes de travail prioritaires de la loi du 31 juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire et l’observatoire a réalisé plusieurs piqûres de rappel depuis.

Las ! Si le nombre de présidentes cité plus haut peut paraître relativement élevé, de quel type de présidence est-il question ?51 % de Présidentes dans les coopératives scolaires, 39 % de Présidentes dans les associations, 27 % de Présidentes de fédérations, 13 % de Présidentes dans les mutuelles, et entre 11 et 35 % de Présidentes et directrices dans les banques coopératives. Plus les enjeux de pouvoir et de finance sont élevés, moins la structure a de chance d’être présidée par une femme.

Quelles sont les raisons de cet échec à la féminisation de la gouvernance ? Les personnes interrogées voient une forme de fatalité : « on ne trouve pas de femme », « nous n’avons pas le choix, les représentants des structures sont des hommes », « c’est tout le système qu’il faut changer, à notre niveau nous n’avons pas la main ! »…

L’étude laisse apparaître d’autres raisons. Les profils des femmes et des hommes administrateurs ne sont pas les mêmes en termes d’âge, les administratrices sont en moyenne plus jeunes que les administrateurs, et d’ambition. Les hommes n’hésitent pas à cumuler les mandats, pas les femmes. Ensuite elles « s’auto-censurent » dit l’enquête, cette auto-censure étant liée à une volonté de concilier vie familiale et vie professionnelle et à un sentiment d’illégitimité aux postes de pouvoir. Mais il semblerait qu’on les aide à s’autocensurer. La question « qu’est-ce qui explique qu’il y ait moins de femmes que d’hommes dans les instances de gouvernance de l’ESS ? » est intéressante.  Parmi les réponses citées en premier :  « une tendance des hommes  à ne pas laisser la place »  selon 48 % des femmes et… 33 % des hommes. Et, en second, « l’auto-censure des femmes »  pour 46 % des femmes et 34 % des hommes.

Comment y remédier ? D’abord en organisant le travail de façon à permettre à chacun et à chacune de concilier : horaires de travail et de réunion, prise en charge des modes de garde des enfants… Ensuite, en décomplexant les femmes pour qu’elles cessent de s’auto-censurer et qu’elles se projettent plus facilement dans les postes à responsabilité. Cela passe par le réseautage, le mentorat, la mise en valeur de rôles modèles, des informations pour démystifier ces postes qui leurs semblent inatteignables. Mais aussi « revoir les statuts et les règlements pour favoriser la mixité avec des objectifs chiffrés, encourager des fonctionnements de type co-présidence, objectiver les attendus d’un ou d’une administratrice pour faciliter la projection dans la fonction, rationaliser les temps de réunion et diversifier les thématiques abordées ; charge aux structures de trouver leur propre recette si elles souhaitent aller de l’avant dans ce domaine ! » insistent Marie-Martine lips et Jérôme Saddier.

L’observatoire ne fait aucune impasse sur les obstacles que rencontrent les femmes pour accéder aux postes de décision. Il insiste bien sur les violences sexistes et sexuelles qui « sont une réalité du monde du travail et du monde militant, d’autant plus dans les cercles de pouvoir où il peut servir de rappel à l’ordre pour montrer que les femmes ne sont pas à leur place » Et les chiffres sont lourds : un tiers des administratrices ont été la cible de propos ou comportements sexistes dans le cadre de leur mandat et 13 % cibles de propos ou comportements sexuels…  Et le regard des femmes et des hommes n’est pas le même sur ces comportements : 44 % des administratrices et 32 % des administrateurs ont déjà été témoins de sexisme dans l’exercice de leur mandat. Et ça aussi, il est urgent d’y remédier pour laisser les femmes exprimer leur potentiel à tous les niveaux.

 

 

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